Loiret : des circuits courts dans les cantines et les Ehpad, une idée qui pourrait aller loin

Pour améliorer et relocaliser l’alimentation des Loirétains, la Département et la Chambre d’agriculture lancent leur PAT, Projet Alimentaire Territorial. Objectifs : obtenir la labellisation de l’État et encourager les cantines des écoles, collèges, lycées et Ehpad (Maisons de retraite) à se fournir en produits locaux. Pas aussi simple qu’il y paraît mais ça n’est pas le bout du monde non plus.


« Savez-vous ce qui se passe quand on donne aux enfants d’une cantine une soupe faite avec des légumes fourni par un agriculteur du Loiret ? Au début, ils n’en veulent pas. Non pas parce que c’est de la soupe. Mais parce que ça n’a pas le même goût qu’une brique industrielle ». L’anecdote est racontée en ne souriant qu’à moitié par Michel Masson, président de la Chambre d’agriculture du Loiret. « Consommer des fraises à Noël ou faire venir des haricots verts du Kenya n’a pas de sens », poursuit-il, pour vanter les mérites futurs du « PAT », Projet Alimentaire Territorial. Réunissant autour de la table des représentants des EPCI (1), Département, Région et Chambre d’agriculture, il souhaite, avec Marc Gaudet président du Loiret, améliorer et développer des circuits courts pour approvisionner les cantines scolaires et celles des Ehpad.

“On voit des jeunes debout devant les food-trucks, c’est quand même dommage !”

Marc Gaudet – Michel Masson – Jean-Jacques Malet

Sur le papier, l’idée est bonne, et en apparence simple à mettre en œuvre. Mais beaucoup de facteurs doivent converger, à commencer par le respect de la saisonnalité des produits, qui doivent aussi être en phase avec le calendrier scolaire (c’est déjà moins simple) ou celui des Ehpad (à priori plus facile, il n’y a pas de vacances scolaires). « La profession agricole est plutôt malmenée, on a tout intérêt à travailler ensemble » explique Marc Gaudet, agriculteur céréalier lui-même dans le Pithiverais. Pour cela, il faut travailler avec les chefs cuisiniers en fonction de leurs menus : pas question, une fois les assiettes devant les convives, de manquer des légumes et des fruits annoncés ! « Nous voulons, par ce PAT, repositionner l’alimentation de proximité, la saisonnalité, le goût », poursuit Michel Masson. « La Région investit beaucoup dans des cuisines, et on voit les jeunes debout devant des food-trucks, c’est quand même dommage », se lamente-t-il. En favorisant le plus possible les producteurs locaux, on diminue aussi drastiquement le gaspillage, en moyenne de 30 % par cantine, parfois plus. « En agriculture, pour avoir assez, il faut produire trop ! Et quand il y en a trop ça fait baisser les cours. Il faut donc ajuster au mieux entre les commandes et ce qui va être consommé », ajoute-t-il encore.

Ce Projet Alimentaire Territorial devrait débarquer dans les assiettes à la rentrée 2020, en attendant la labellisation, le Département et la Chambre d’agriculture ont lancé les affaires dès aujourd’hui : « Il y a des endroits du Loiret où ça se fait déjà, à Lorris notamment un collège travaille avec un groupement de producteurs bio, mais il faut poursuivre le travail d’inventaire, dans les cuisines des établissements scolaires et les Ehpad ». Et tous se défendent d’un « vision passéiste » du vrai goût des bonnes choses : « les collectivités doivent montrer l’exemple » concluent-ils. Histoire de ne pas se planter.

F.Sabourin

(1) Établissements publics de coopération intercommunale

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