Blois : le procureur Frédéric Chevallier invite Muriel Robin 24 heures au TGI

La diffusion, lundi 1er octobre, du téléfilm Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi, avec Muriel Robin dans le rôle-titre a fait prendre la plume au procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier. Dans une tribune publiée dans Le Monde, celui qui était avocat général lors de son procès d’assises en appel en décembre 2015, la dépeint comme « une femme déterminée », refusant de « réduire votre funeste décision à un geste de survie, c’est nier le sens même de votre vie déterminée ». Au micro de nos confrères de France Info mardi 2 octobre en début de soirée, il a par ailleurs invité Muriel Robin à venir 24 h au TGI de Blois, pour voir comment travaillent magistrats et enquêteurs… Mais que cherche, au fond, Frédéric Chevallier ?

Le procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier.

Très médiatisée lors de son deuxième procès aux assises à Blois fin 2015, l’affaire Jacqueline Sauvage a même déclenché une hystérie collective attisée par le « café du commerce que les réseaux sociaux fabriquent et entretiennent à dessein. Pour en faire un enfer ». C’est ainsi que s’exprime dans une tribune au Monde lundi 1er octobre Frédéric Chevallier, procureur de la République de Blois et à l’époque avocat général de ce procès, où il avait requis contre elle 10 ans d’emprisonnement, même peine que lors des premières assises. La cour suivra ses réquisitions et Jacqueline Sauvage avait été de nouveau condamnée. Suscitant l’indignation du public, la décision avait entrainé un vaste mouvement populaire, jusqu’à une pétition qui avait rassemblé 400.000 signatures. Les filles de Jacqueline Sauvage, encouragées par ses avocates Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, avaient demandé une grâce présidentielle à François Hollande, qui l’avait d’abord accordée partiellement, plus totalement fin décembre 2016, entrainant la libération de Jacqueline Sauvage. Une décision jugée « consternante » par l’Union syndicale des magistrats, et pas seulement elle. Frédéric Chevallier avait dû aussi avaler son chapeau. Il vient de lâcher une bombe en envoyant cette tribune au Monde, qu’il est peut-être utile de lire intégralement ici.

La grâce présidentielle : un article désuet de la constitution

C’est peu dire que le sang de Frédéric Chevallier a dû bouillir à l’annonce de la diffusion lundi 1er octobre au soir de Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi, téléfilm où Muriel Robin interprète celle qui a été condamnée pour avoir tué son mari Norbert Marot de trois coups de fusil à pompe dans le dos, après « 47 ans d’enfer » (sic). Le week-end dernier, il a pris la plume, et envoyé une Lettre à Madame Jacqueline Sauvage à Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde, qui a décidé de la publier.

Toute la journée du 2 octobre, nous avons tenté de joindre Frédéric Chevallier. En début d’après-midi, son secrétariat a indiqué qu’il était « en rendez-vous » et a pris note de notre demande. On attend toujours, et pour cause : vers 19h15 nous l’avons incidemment entendu en direct dans les studios de France Info au micro de Nicolas Teillard dans le 17h-20h. « Madame Sauvage est une meurtrière aggravée ; elle a été condamnée à 10 ans de réclusion, elle était d’accord avec le verdict » justifie-t-il. Quand le journaliste de France Info lui demande si ce n’est pas une réponse à la grâce présidentielle accordée par François Hollande, la réponse fuse : « J’ai un respect total pour l’autorité politique. Le président de la République de l’époque n’a pas bafoué la Constitution, l’article 17 le prévoit. Simplement, si je peux me permettre une analyse, cet article 17 dans la Constitution de 1958 date d’un moment où la peine de mort existait, où il n’existait pas d’appel devant une cour d’assises. Aujourd’hui, peut-être qu’il y aurait une réflexion à entamer sur le caractère sans doute désuet de cette disposition constitutionnelle ». Ce droit de grâce jouait e effet un rôle considérable à l’époque où la peine de mort était en vigueur, la grâce présidentielle était une dispense d’exécution au sens propre. Mais désormais, interrogait Maître Éolas le 4 février 2016 ?

“J’invite Muriel Robin”

Muriel Robin, univers carcéral.

« J’ai presque de la peine pour Jacqueline Sauvage. Elle s’est battue depuis son enfance ; c’est une femme très déterminée et le la salue, maintenant on en fait une femme soumise et je suis désolé pour elle. Je le répète, les violences qu’elle a subi sont condamnables et une seule violence aurait suffit à condamner Norbert Marot ». Nicolas Teillard poursuit : « Est-ce à ses avocates et au grand public que vous adressez ? ». « Je pose la question : est-ce un symbole acceptable ? Des Madame Sauvage il en existe plein d’autres évidemment. Elle est cependant devenue, malgré elle, le symbole inadapté d’un fait majeur de société » répond-il. Avant d’ajouter, sachant qu’il va faire le buzz sur des réseaux sociaux qu’il condamne par ailleurs : « J’invite Muriel Robin, elle est mon invitée pendant 24 heures au tribunal de grande instance de Blois pour voir comment travaillent les magistrats et les enquêteurs, au service de la justice ».

Nous voyons bien que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce mouvement qu’on voit grossir sur le web en faveur d’un droit à la légitime défense non simultanée et non proportionnelle pour les femmes battues. En signant cette Lettre, Frédéric Chevalier adresse en quelque sorte un post-scriptum du ministère public à la société toute entière, dans sa dérive sauvage…

F.Sabourin

Commentaires

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  1. C’est bien là où il y a problème.
    Cette femme a été condamnée à deux reprises à 10 ans d’emprisonnement. On bien elle est tombée par deux fois sur des jurys composés majoritairement de personnes étant persuadées qu’un homme est dans son droit en tabassant sa compagne, et que cette dernière doit encaissée sans rien dire, hypothèse que je réfute évidemment, ou bien elle n’est pas la personne que les médias ont bien voulu nous présenter et les relations du couple étaient bien plus complexes qu’on veut bien nous le dire.

    • la justice juge sur des faits et heureusement .
      que le magistrat soit un homme ou les jurés des hommes ou des femmes ne changent rien.
      la violence faite au femmes c’est chaque français qui doit la combattre au quotidien et ne pas se réveiller devant un fiction complétement fausse.

    • aucune preuves de que son marie la battait. et les témoignages, la fiabilité, on peut se poser la question. jamais de plainte ni de l’une ni de l’autre.

  2. Voilà ce que j’ai adressé à Madame Robin et qui n’a pas daigné me répondre :

    Muriel Muriel Robin : “J’ai dit à Yves Rénier: Jacqueline Sauvage, c’est moi !”

    Muriel ! j’espère de tout coeur que non!!! je vous aime je vous suis dans tous vos spectacles qui sont à Paris , mais pour cette fois , je ne comprends pas ce qui vous a pris de prendre cette femme pour exemple de femmes battues , il y en a qui méritent qu’on en parle mais celle-ci pas du tout, Je ne dis pas qu’elle a mérité des coups , ce que je dis c’est que cette femme a laissé cet homme abuser de ses enfants pendant des années sans broncher , là c’était peut-être un cas de légitime défense pour protéger ses enfants , mais quand les juges lui ont reproché de ne pas avoir réagi elle a répondu qu’elle l’avait dans la peau ! n’êtes-vous pas outrée de laisser faire des viols à vos propres enfants et ne rien dire parce que vous l’avez dans la peau ??, ce sont ses termes , je connais bien le dossier et pas vous car je doute que vous vous seriez identifiée à cette femme qui a tiré dans le dos de son sale mec après des années de trempes qu’elle prenait soi-disant alors que personne n’a jamais vu de marque sur elle , d’ailleurs un nombre de magistrats étaient contre cette grâce mais à priori vous n’êtes pas au courant de la véritable histoire . Je suis déçue que vous vous soyez fourvoyer pour cette femme et pas pour des milliers d’autres qui méritaient certainement d’évoquer leur histoire …DOMMAGE!

    • Je partage votre analyse, et il convient de lire les propos du procureur de la République et aussi ceux de Philippe Bilger ou de la présidente du Tribunal de grande instance de Melun, à propos du refus de mise en liberté de l’assassin Jacqueline Sauvage. Les cours d’assises rendent la justice au nom des Français et Madame Sauvage ne doit en aucun cas être présentée comme un exemple et comme une victime, mais comme une coupable. Coupable de n’avoir pas protéger ses enfants, coupable d’un assassinat sans circonstance atténuante, coupable de mensonges répétés et de cupidité. Il faut le répéter. Au premier coup reçu, on doit porter plainte et s’éloigner du conjoint violent. Pas faire semblant pendant 47 ans et tirer dans le dos trois fois avec un fusil à pompe ‘en fermant les yeux” (sic), en se justifiant en disant que c’était lui ou moi. Bien entendu, je ne prends pas fait et cause pour le mari.

    • Bonjour Irmine,
      Je pense que vous avez une vision idéalisée de la situation des femmes battues tout comme It.
      Pour prendre une comparaison simpliste (mais c’est vraiment ça), c’est comme dire à un tétraplégique “Franchement, il bouge pas, il fait aucun effort, moi, à sa place, je me serai bougé” (oui, mais vous n’êtes pas tétraplégique).
      Les femmes battues (pour en avoir côtoyer plusieurs) sont dans une situation d’emprise puissante (sinon, elles ne seraient pas battues d’ailleurs) et elles peuvent parfaitement sembler des femmes fortes à l’extérieur… car le problème survient dans les rapports avec leurs conjoints violents (c’est pour ça d’ailleurs que personne ne le voit autour, la femme battue le cachant comme l’homme). Vous oubliez qu’en dépit du bon sens, il y a aussi bien souvent de l’amour (d’où certaines femmes qui ne veulent même pas porter plainte une fois qu’elle se retrouve au commissariat après qu’un tiers ait réussi à les y emmener).
      Bref, il ne faut pas trouver une solution pour nous dans leur situation mais pour elles dans leur situation. Et c’est un travail de très longue haleine
      (“Donne-moi tes yeux” et “3/8” sont deux films qui rendent assez bien compte du problème de la violence conjugale et du harcèlement, les deux phénomènes se rejoignant par moment).
      PS : pour l’anecdote, l’une de ces femmes qui a réussi à sortir de l’emprise de son mari après 27 ans et a porté l’affaire devant les tribunaux s’est retrouvée avec une responsabilité à 50/50 car il n’y avait qu’un certificat médical (et oui, forcément, une femme sous emprise va pas penser à ces détails… voire les détruire après coup) et qu’elle avait abandonné le domicile conjugal (il aurait fallu qu’elle attende d’être entre la vie et la mort pour que ça marche ?). Forcément, ça incite pas à venir chercher de l’aide…

    • Bravo ! Enfin un commentaire objectif et sensé sur cette affaire qui a suscité un emballement médiatique incontrôlé bien que contestable. Les associations de défense des femmes victimes de violences conjugales se sont fourvoyées en brandissant le cas Jacqueline Sauvage en porte-etendard de leur cause, bien mal représentée par cette femme éminemment ambiguë…

  3. N’a-t-il pas mieux à faire que d’inviter Muriel Robin, M. le Procureur a du temps à perdre ?
    (Muriel Robin n’est pas en cause, j’aime beaucoup cette humoriste-actrice)

    • monsieur le procureur doit faire savoir la vérité. le communautarisme féminin ne doit pas l’occulter.

  4. les médias déforment la réalité à leur bon vouloir avec plein de bon sentiment et sur le terrain, dans les cités sensibles plus personnes.
    heureusement qu’il y a encore des gens comme ce procureur pour dire la vérité et pas un semblant de fiction mélodramatique.
    c’est mieux de regarder son écran et de fermer les yeux sur une femme battus en bas de son immeuble.

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