Orléans : Emmanuel Barbe, « monsieur 80 km/h » a signé les orientations de sécurité routière du Loiret

Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière est venu signer en préfecture du Loiret le document général de Sécurité routière 2018-2022. Cet outil de mobilisation des acteurs locaux s’articule autour de quatre enjeux prioritaires : les jeunes, les seniors, le risque routier professionnel et les substances psycho actives. Quatre autres enjeux sont facultatifs : les deux roues motorisées, la vitesse, les “distracteurs” (1) et la voirie. L’accent est mis sur la prévention, c’est en tout cas ce qui est abondamment martelé.

(de g. à d.) N. Bessone procureur de la République ; E. Barbe délégué interministériel à la Sécurité routière ; JM Falcone préfet du Loiret ; M. Gaudet pdt du Conseil départemental.

On ne saura jamais si le chauffeur d’Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière, a roulé à la vitesse réglementaire mercredi 3 octobre entre 10h30 et midi. Attendu à la préfecture du Loiret par Jean-Marc Falcone à 11h pour participer à la présentation du document général d’orientations de la Sécurité routière du Loiret, son agenda a été quelque peu modifié dans la nuit : le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb démissionnaire, il y avait passation de pouvoirs avec l’intérimaire ministre Édouard Philippe le matin à 9h30 place Beauvau. Or, une fois terminée, il fallait s’extraire du 8e arrondissement de Paris, pour arriver rue de Bourgogne 132 km plus au sud, en comptant les entrées et sorties de ville, jamais une mince affaire. À 12h10, Emmanuel Barbe entrait dans la salle de la préfecture où se déroulait, sans lui donc, la présentation de ce « DGO », en présence des forces de sécurité, association des maires, président du Département du Loiret. Il devait y avoir des gyrophares à l’avant et à l’arrière de sa voiture…

Les délits routiers accaparent 30 % de l’activité pénale du TGI d’Orléans ; 40 % à Montargis

Emmanuel Barbe.

Pour le commun des mortels, il faudra composer avec ces orientations générales de sécurité routière. Quatre enjeux prioritaires en sortent, autant d’axes de travail pour les 4 ans à venir. Dans la ligne de mire : les conduites sous l’emprise de substances psycho actives (alcool, stupéfiants, médicaments) ; les jeunes, aux comportements à risques grandement banalisés ; les seniors et les risques routiers professionnels.

Les chiffres ne sont pas bons : entre 2013 et 2017 (précédent DGO de sécurité routière), le nombre d’accidents mortels a augmenté dans le Loiret. Le taux de gravité de ces accidents est au dessus du taux national. 152 personnes ont perdu la vie sur les routes départementales, représentant 56,9 % du nombre de tués. Pour les premiers mois de 2018, 22 tués sur 35 l’ont été sur ces fameuses routes dont la vitesse a été abaissée, à tire expérimental, de 90 à 80 km/h depuis le 1er juillet. Les 2/3 de ces accidents impliquent des véhicules légers (de tourisme) et des véhicules utilitaires. 61 % des morts ont entre 25 et 44 ans ; 41 % sont des 18-24 ans. Les délits routiers accaparent 30 % de l’activité pénale du TGI d’Orléans et 40 % de celui de Montargis, avec des augmentations en ce qui concerne les conduites sans permis, une « explosion complète des conduites sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants voire les deux en même temps » précise le procureur de la République Nicolas Bessone, et les refus d’obtempérer donnant lieu parfois à des poursuites dangereuses entre la police et les fuyards, voire à des situations où les forces de l’ordre se retrouvent en danger comme on l’a vu récemment à Orléans quartier de l’Argonne.

L’usage du smartphone au volant : un fléau où hommes et femmes sont égaux

À bord d’une voiture-radar de la gendarmerie.

« Sans les acteurs locaux, on ne peut pas y arriver » explique Emmanuel Barbe à son arrivée, « j’ai visité 51 départements au premier semestre, on a beaucoup parlé des 80 km/h, mais les 17 autres mesures dont on n’a pas parlé son pourtant excellentes. Par moment c’est très décourageant, surtout quand les chiffres ne sont pas bons comme en ce moment, mais il faut affiner les statistiques sur 5 ans ». Parmi les mesures protectrices pour les cyclistes et les piétons, très vulnérables et victimes eux aussi d’accidents mortels en augmentation, l’installation de sas vélo aux feux, devant les voitures, pour leur permettre de démarrer en premier ; l’installation de bandes blanches en amont des passages pour piétons ; l’augmentation à 6 points de permis retirés en cas de non respect du passage des piétons, aidé par la vidéo verbalisation. Dans le viseur également : l’usage du téléphone au volant, qui touche indifféremment autant les hommes que les femmes (alors que les hommes sont responsables de 82 % des accidents), Emmanuel Barbe explique que s’il n’est pas permis de confisquer « l’objet du délit », généralement l’usage du téléphone au volant s’accompagne d’une infraction (à la vitesse, aux zigzags, etc.) qui elle peut faire l’objet d’une contravention ou d’un retrais de permis.

Même si, en août dernier, le nombre de tués sur les routes de France est « tombé » à 251, « le plus bas chiffre mensuel depuis que les statistiques existent, ce qui prouve que le plancher de verre n’existe pas comme on le raconte depuis longtemps », se réjouit le délégué interministériel à la Sécurité routière, le préfet Jean-Marc Falcone souligne enfin que « les fondamentaux du dispositif c’est l’éducation ». Citant l’exemple des jeunes conducteurs, « qui se comportent avec quatre roues comme ils le faisaient avec deux… ». Prévention, éducation… Dans tout ça pas un mot sur la répression, et notamment les radars automatiques ou embarqués dans les voitures banalisés, un sujet qui divise et fait abondamment causer dans les campagnes…

F.Sabourin

(1) Smartphones et écrans divers dispersés dans les habitacles de voiture.

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