Notre roman national à la sauce Zemmour

Eric Zemmour a des convictions, une méthode, du talent et de l’obstination à revendre. Il a sa vision  de l’Histoire de France et dans son dernier essai « Destin  français », il l’expose en long en large et en travers. Il s’y emploie d’autant plus que, de son point de vue, « on veut défaire  par l’histoire ce qui a été fait par l’Histoire : la France. L’Histoire est désormais détournée, occultée, ignorée, néantisée. L’Histoire de France est interdite. On préfère nous raconter l’histoire des  Français ou l’histoire du monde. Tout sauf l’Histoire de France ». Voilà qui est clair !

Donc Éric Zemmour est un homme révolté et un homme qui n’a pas l’habitude de reculer devant une cause à défendre surtout lorsqu’il la porte chevillée au corps. Cette cause  c’est la France, ni plus ni moins, sa madone, sa muse, son graal, l’objet de ses rêves. Rien n’est trop beau pour elle. Aussi lui offre-t-il pêle-mêle Clovis baptisée à l’eau bénite papale, les croisades, les cathédrales, Jeanne d’Arc aux prises avec l’évêque Cauchon, la monarchie absolue et Napoléon.

Sur l’autel de cette vestale adorée, il sacrifie Voltaire rhabillé pour l’hiver et Victor Hugo dont il n’a visiblement pas lu les discours prononcés au Sénat et récemment rappelés par Jean-Pierre Sueur. « Ce père de famille nombreuse faite d’avocats, de journalistes, d’écrivains, de politiques de sociologues, de psychologues, communiant dans le culte du criminel, c’est Victor Hugo », écrit-il page 368 avant d’ajouter page 369, « La victime est doublement victime, du meurtre et du déni de compassion, tandis que l’assassin est sacré comme seule victime digne d’intérêt ». Comme il y va, l’écrivain ! Il flingue à tout va écornant ici et là la vérité, déraillant à l’occasion sans vergogne parce qu’il croit à ce qu’il écrit. Parfois il grossit si fort le trait qu’il en devient caricatural. Il fustige Saint-Simon et la Pompadour, tire à boulets rouges sur Mme de Staël, du genre à se toquer d’une religion de paix, d’amour et de tolérance venue de l’autre côté de la Méditerranée et le pire c’est qu’elle a proliféré. « L’islam est l’Allemagne de notre génération. Acteurs, chanteurs, écrivains, journalistes, animateurs font chorus pour défendre une vision irénique de cette religion de paix, d’amour et de tolérance. Ils sont tous les enfants de Germaine », écrit-il page 359.

Aussi Éric Zemmour ne doit pas s’étonner que de nombreux intellectuels et people de tous poils montent sans plus attendre au créneau surtout quand il retoque les prénoms inconnus au calendrier. Il ne doit pas s’étonner que cette intelligentsia hurle quand page 301 il donne un coup de chapeau appuyé à François Athanase de Charrette de la Contrie, chef vendéen qui avec ses chouans attachés à leurs clochers et à leurs us et coutumes refusent de remplacer un monde ancien par une humanité nouvelle. Heureusement pour lui la kyrielle d’hommes et de femmes qui ont gouverné ou par leurs idées contribué à faire évoluer la France dont une grande partie repose au Panthéon à qui il taille des croupières ne sortiront pas de leurs tombeaux pour réclamer des comptes à cet écrivain, un mâle blanc judéo-chrétien et hétérosexuel, un tantinet passéiste et un brin réactionnaire. Ils ne reviendront pas pour lui dire qu’il néglige le rôle de la géographie, de l’économie et des différentes strates de la société.

Il n’empêche qu’en dépit de ses travers et de convictions souvent contestables Éric Zemmour est un érudit qui met son immense savoir à la portée de ses lecteurs. Il le fait de façon passionnante et enflammée. A chacun de faire la part des choses, de parfaire son information et de se rassurer. Contrairement à ce que croit Éric Zemmour notre douce France ne s’est pas égarée. Les Français continuent à écrire son roman national, son Histoire, la sienne et non celle d’envahisseurs venus de d’autres continents, par-delà les mers.

Françoise Cariès.

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