Jacques Attali : « Les plus jeunes qui sont dans cette salle peuvent connaître une guerre »

En ouverture de l’Économie aux Rendez-vous de l’histoire, Jacques Attali, en prononçant la conférence inaugurale, a fait sensation en indiquant qu’à l’avenir, un conflit franco-allemand n’était pas à exclure. « La perte de mémoire, la perte de fraternité peuvent y conduire » a-t-il lâché dans la salle du Jeu de Paume sans que personne ne s’en émeuve… Peut-être parce ces “jeunes” qu’il évoquait étaient les grands absents ?

On connaît par cœur Jacques Attali. Il appartient au passé que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, et pourtant il est toujours là au présent, pour nous parler du futur avec cette force de conviction qui n’appartient qu’à lui, dépassant les modes comme si le temps, justement, n’avait pas de prise sur lui. Depuis presque 40 ans, il distille ses bons conseils, ses prospectives, ses visions de l’avenir, quitte à se planter, parfois. Depuis l’époque où il avait son bureau à côté de celui de François Mitterrand, il est « l’homme qui murmure à l’oreille des Présidents de la République ». De gauche comme de droite, ce qui n’est pas le moindre de ses succès. Avec Emmanuel Macron aussi ? Rien n’est moins sûr, tant l’actuel Président semble sûr de sa pensée, entouré d’une garde rapprochée de conseillers et d’experts à la sauce commando.

“C’était mieux avant”, faut voir…

Jacques Attali parle beaucoup, et écrit tout autant. En tournée de promo de son dernier livre, Comment nous protéger des prochaines crises ? (Fayard), il était normal qu’il s’arrête à Blois, un peu au pied levé il faut bien le dire, Erik Orsenna ayant fait faux bond début octobre, à quelques jours du début des « Rendez-vous ». Dans la salle du Jeu de Paume où l’on avait pour l’occasion drapé de rouge le parquet des basketteurs blésois, devant un public qu’on aurait imaginé plus nombreux (et plus jeune ?), Attali-les-bons-tuyaux a déroulé le programme : les crises, leurs moments paroxysmiques, leur accumulation de contradictions, et le calme qui peut en déboucher ensuite, pour quiconque sait les surmonter. Sans peur, sans céder à la panique, calme, froid bref : en homme d’État qui voit loin plutôt qu’en politique à la vision court-termiste d’une réélection toujours proche. Pour le grand Jacques, sans grande surprise, il y a des choses qui vont « mieux », et d’autres « moins bien ». Jusqu’ici, tout le monde suit. Avec l’accent moins chantant que Michel Serres, il explique ce qu’on sait depuis longtemps : « Ceux qui répètent à l’envi « c’était mieux avant » ont tort à peu près sur tout sauf sur un point : c’est qu’ils étaient plus jeunes et c’est peut-être pour cela que c’était mieux. Et encore… ».

« Les plus jeunes qui sont dans cette salle peuvent connaître une guerre franco-allemande »

Tapis rouge pour Jacques Attali.

Et c’est là que ce faux optimiste (1) commence à nous faire peur : « Dans les jours qui viennent nous pouvons avoir une crise : l’Italie va déposer un budget non conforme aux exigences de l’Europe, qui devra ou non sanctionner. Selon la décision qui sera prise, cela pourrait entrainer une déstabilisation de l’euro et de toute l’Europe elle-même, si d’autres pays ont l’idée de faire pareil ». Mais selon lui « une deuxième crise est devant nous : nous sommes dans un moment où chaque individu pense « moi d’abord », « moi tout seul », et où certains se comportent comme des passagers clandestins. Comme les États-Unis par exemple, qui se demandent pourquoi ils importeraient avec la Chine plus qu’ils ne leur exportent ». Jacques Attali compare avec le début du XXe siècle, qui avait, selon lui, « tout pour être un siècle heureux. Mais entre 1907 et 1913, avec une crise agricole, une crise financière, une crise nihiliste, si on avait pris un autre virage, on avait tout pour en faire un XXe siècle heureux… ». C’est alors que tombe la petite phrase qui aurait du faire bondir de stupeur le public présent dans la salle du Jeu de Paume : « Les plus jeunes qui sont dans cette salle peuvent connaître une guerre franco-allemande ». Et pourquoi cela ? « La perte de mémoire, la perte de fraternité peuvent y conduire. C’est dans la conscience de la menace que naissent les ressorts pour les éviter » ajoute-t-il. Avant de conclure : « la meilleure façon de régler les problèmes d’aujourd’hui c’est de se préoccuper des générations futures », en faisant la condition de notre survie. « On trouve du plaisir à être altruiste. Notre bonheur se trouve d’ailleurs dans l’altruisme ». Voilà qui a dû plaire à une partie du public, qui avait déjà probablement oublié la menace des bottes allemandes citées plus haut, et dont on se demande encore bien pourquoi l’homme qui murmure à l’oreille des présidents a lâché cette « bombe »…

F.Sabourin

(1) Dans Un homme d’influence, sa biographie de Siegmund Warburg chez Fayard en 1992, Jacques Attali avait sorti cette petite phrase de Warburg : « Moi je suis pessimiste, car je ne connais aucun optimiste qui soit sorti vivant d’un camp de concentration ».

Commentaires

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  1. à propos de : « Moi je suis pessimiste, car je ne connais aucun optimiste qui soit sorti vivant d’un camp de concentration ».

  2. M Attali que de sornettes qu’elle vision catastrophique du monde à oui pardon ai compris son message promotions promotions de mon livre enfin une vérité

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