Blois, RVH : la puissance des images… et du dessin de presse

La table-ronde de clôture des 21e Rendez-vous de l’histoire de Blois en présence de Christiane Taubira et des dessinateurs de Cartooning for Peace restera un moment fort de cette édition. Entre hilarité et affirmation solennelle des droits humains par l’ex-garde des Sceaux, elle a ponctué une édition passionnante.

Jean-Noël Jeanneney, président du conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire a eu bien du mal à tenir « ses troupes ». Entouré de Plantu qui n’a pas cessé de dessiner 1h30 durant, de ses compères Kroll ou Kichka et d’une Christiane Taubira des grands jours, l’historien animateur n’a pas franchement eu la partie facile entre anecdotes savoureuses et propos enflammés sur l’égalité des sexes.

“J’aurai dû épouser Taubira !” (dessin de Plantu)

Prix Augustin-Thierry à François Jarrige et Thomas Le Roux : La contamination du monde, une histoire des pollutions à l’âge industriel (Seuil)

Même si la soirée avait commencé de façon sérieuse par la remise du Prix Augustin-Thierry à François Jarrige et Thomas Le Roux pour leur ouvrage, bien dans l’air du temps, La contamination du monde, une histoire des pollutions à l’âge industriel (éd. du Seuil), la dissipation a vite gagné l’hémicycle de la Halle aux Grains comme lorsque Plantu a dessiné deux mariés homosexuels dont l’un s’exclame qu’il aurait dû épouser Christiane Taubira !

Icône des dessinateurs belges, Pierre Kroll, collaborateur du Soir, a donné un aperçu de l’humour de nos amis d’outre-Quiévrain. Celui dont le roi affirme « se retrouver dans tous ses dessins » a aussi une vision de son métier. « Nous sommes les chroniqueurs historiques d’une génération » dira-t-il.

Une réunion dans le désordre et l’indiscipline

Tandis que Plantu multipliait les dessins facétieux, ce fut au tour de Christiane Taubira, la passionaria des droits humains de revenir sur l’histoire de sa collaboration avec Cartooning For Peace. L’auteure de la loi sur le mariage pour tous a en effet préfacé le livre les Droits de l’homme, c’est pour quand ? Goût du risque, « tendresse pour ces magiciens du crayon qui campent le monde comme ils le rêvent », Christiane Taubira aime « les sociétés qui ont de l’autodérision » car « elles sont inventives et savent réagir aux difficultés ».

« Rire est un bol d’air et on repart. J’ai aimé cette aventure belle et forte dont je suis fière. Nous avons parlé ensemble le même langage universel” dira l’ex ministre en racontant être venue à la réunion de travail chez Plantu sur son habituel vélo. Une réunion « dans le désordre et l’indiscipline » bien loin des atmosphères compassées et technocratiques des ministères.

Intarissable, le dessinateur israélien Kichka a illustré la volonté du collectif de construire des ponts entre les hommes, les cultures et les opinions. Son témoignage a aussi montré l’importance de l’association pour soutenir les dessinateurs de presse entravés dans leur liberté d’expression comme Avi Katz licencié par le Jerusalem Report pour un dessin irrévérencieux contre le gouvernement Netanyahou et de membres du Likoud qui l’a même taxé d’antisémitisme. Ou encore Musa Kart emprisonné pour avoir croquer le dictateur turc Erdogan en chat.

“La force de la démocratie, c’est de permettre la contradiction”

« Quand je parviens à faire rire les uns et à énerver les autres, j’ai bien fait mon travail » aime à dire Plantu qui évoquera ses relations pas toujours simples avec les Présidents de la Ve République. « Nous avions un accord, je ne devais pas faire plus de 3 mouches au dessus de Sarkozy, quand à Hollande, il m’a dit que je l’avais torturé…” plaisanta celui qui officie au Monde depuis 1972.

Christiane Taubira

Le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme votée par l’ONU le 10 décembre 1948 a enfin donné l’occasion à Christine Taubira de redire l’urgence de son application : « il faut dresser un état des lieux. Quels accommodements avons-nous eu avec ce texte ? envers les droits des femmes par exemple ? ». Dans cette logique, le mouvement Me Too prend tout son sens.

L’ex-ministre, ardente défenseure de la justice et des libertés, s’est alors enflammée : « le cœur même de l’exigence démocratique, c’est l’égalité hommes-femmes ». Et de poursuivre, « l’avenir est dans la discorde. La force de la démocratie, c’est de permettre les contradictions, l’expression dans les tensions mais sans la guerre et en respectant la dignité de l’autre ».

Ce plaidoyer vibrant s’est conclu par des accents lyriques. Citant Octavio Paz (“Un épi est tout le blé. Une plume un oiseau vivant qui chante. Un homme de chair est un homme de rêve. La vérité est indivise”), Christiane aubina a déclenché un tonnerre d’applaudissements. Ce dimanche 14 octobre, à Blois, on se serait presque cru à la Tribune de l’ONU.

J-L. Vezon

Les Droits de l’Homme, c’est pour quand ? 120 dessins de presse. Préface de Christiane Taubira. En collaboration avec Amnesty International. Collection Cartooning for Peace, Hors série, Gallimard Loisirs

Commentaires

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  1. “La force de la démocratie, c’est de permettre la contradiction”
    + des dessins de presse affichés par tout dans la ville sur la liberté d’expression, alors que celle-ci est piétinée par l’actuelle majorité municipale, qui , multiplie les procès contre les citoyens engagés qui pointent leurs dérives !

    Quelle hypocrisie !!!!

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