Orléans : Scot et plan de déplacements urbains au menu du conseil municipal

Le Schéma de cohérence territorial (Scot) et le Plan de déplacements urbains (PDU) ont été débattus lundi 15 octobre en conseil municipal orléanais. Des sujets pas si consensuels qu’il n’y paraît. La question des transports, et la réduction des GES (Gaz à effet de serre) sont dans toutes les têtes, à l’heure où l’urgence climatique n’est plus à démontrer.


Pour ceux qui aiment faire du vélo, Scot fait penser une marque bien connue des cyclistes (Scott). Pour les collectivités territoriales, il s’agit surtout d’un Schéma de cohérence territoriale, un regard de prospection sur les modes de vie à l’échelle métropolitaine. Dynamisation des centres-bourgs et centres-villes ; évolution des modes de déplacement ; équilibre entre les grands équipements et la vie quotidienne ; prise en compte des paysages en évitant l’étalement urbain ; environnement et développement durable ; innovation… il s’agit d’un projet à grande échelle pour la Métropole. Prenons justement la très attendue dynamisation des centres-bourgs et centres-villes (« en favorisant l’ouverture des grandes surfaces commerciales comme il y a peu, où l’on va presque nous faire croire que c’est une promenade écologique de se balader dans des grands magasins le samedi après-midi ? » interroge l’élu EELV Jean-Philippe Grand). Autre projection émise par ce Scot : programmer un minimum de 20 à 24.000 logements, ce qui a fait réagir l’élu Front de gauche Michel Ricoud : « Il y a actuellement 8.936 demandes de logements sociaux sur Orléans-Métropole, pour environ 350 constructions par an, on est encore loin du compte ».

Réduction des gaz à effet de serre de 20 % : vraiment ?

Mais c’est sans doute l’anticipation des modes de déplacements qui a le plus fait débattre ce conseil municipal, car il est en lien direct avec un autre copieux sujet du moment : le Plan de déplacements urbains, pour les 10 prochaines années. Plusieurs objectifs y sont fixés : passer en dessous de 50 % de véhicules pour les déplacements urbains, augmenter de 20 % le réseau de transports collectifs, de 50 % les déplacements à vélo, 15 % les déplacements à pieds et avoir pour objectif au moins 5 % de véhicules propres à l’horizon 2024. Si actuellement, le tramway concentre 55 % des déplacements à Orléans, Serge Grouard rappelle que l’objectif de réduire de 20 % les gaz à effets de serre (GES) d’ici à 2020 sera difficilement atteignable, « on n’en est qu’à 13% » déclare-t-il.

Parmi les axes de ce PDU, outre un développement du partage de la voierie plus équitable, l’installation de bornes pour recharger les véhicules électriques, il semble nécessaire d’articuler le développement urbain et le transport. La création de nouvelles stations de tram en 2019 (pour desservir notamment la fameuse CoMet) y participe, mais ne suffira pas. « La gratuité est un levier » insiste l’élue socialiste d’opposition municipale Corine Leveleux-Teixeira, « mais la question de la vitesse commerciale se pose : aujourd’hui, pour beaucoup de gens le choix est vite fait entre un trajet en voiture qui va prendre 10-15 mn et le même trajet en tram qui va prendre 30 mn voire plus ». Faut-il doubler les lignes de tram pour éviter cet « effet lenteur » ? Ou faire circuler plus vite ces tram, au risque de se retrouver avec pas mal d’accidents le long de la ligne, notamment dans sa traversée de l’hyper centre ville rue de la République, place du Martroi, Place de Gaulle et rue Royale ?

Université Carmes-Madeleine : ceux qui l’aiment prendront le tram

Charles-Eric Lemaignen pose aussi la question de la maturité technologique du tout électrique : « Le tout électrique tout de suite c’est 130 M€, avec la certitude de devoir revoir les copies dans 10 ans, c’est énorme. De plus le lithium et les composants contenus dans les batteries sont un monopole des Chinois, ce sont des métaux rares dont certains seront déjà complètement épuisés dans 13 ans. Regardons ce que fait notre collègue Gil Avérous à Châteauroux avec des tests de piles à combustibles. Le tout électrique, c’est dangereux, une technologie qui n’est pas mature ».

« Il y a dans la métropole des parties denses, très bien desservies par le réseau de transports, et des parties peu denses, où il faudra toujours faire 100, 500m ou même un kilomètre pour atteindre une ligne de transport. C’est dans les parties peu denses qu’il faut améliorer cet accès, avec un mode de signalement des usagers lorsqu’ils veulent avoir accès à ces transports » précise Olivier Carré, songeant au transport à la demande comme cela s’expérimente déjà dans certaines villes, mais gare à l’amplitude réelle de ce service.

C’est peut-être encore Corine Leveleux-Teixeira qui pose le mieux les questions dont l’urgence des réponses – on ne cesse de le répéter sous tous les tons et le récent rapport du Giec l’a encore prouvé : « Je trouve ce PDU un peu décevant, manquant d’ambition, un peu mou au regard des urgences, insuffisant au regard des évolutions sociales. De plus en plus de gens circulent à vélo dans les villes, et dans ce PDU on ne passerait que de 6% à 8% de déplacements vélo. La question des gares : je lis qu’il faudrait la renforcer et plus loin en faire un pôle d’échange, puis un peu plus loin on parle d’une gare unique. Concernant les voitures, je trouve que le diagnostic n’est pas assez discriminent entre les différents types de véhicules. La passerelle sur le fleuve, j’aimerai avoir des précisions, un calendrier etc. » Avant d’émettre une contradiction : « Enfin, on parle de 80 places de stationnement pour la future université aux Carmes-Madeleine, où se gareront les étudiants, les enseignants et le personnel ? ». Ce à quoi le maire d’Orléans n’a pas manqué de rappeler que « justement, on dissuade les gens d’utiliser leur voiture ! Ils prendront le tram… ». Bref, cette question des déplacements urbains n’a pas fini d’agiter le marigot local…

F.Sabourin

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