Fred Pellerin à Blois pour la troisième fois, et ça n’était pas un hasard…

Le conteur québécois qui joue à guichets fermés ses tournées internationales, bonimenteur et enjoliveur de la surréaliste banalité et acrobate verbal, a posé sa valise le temps d’une soirée à la Halle aux grains de Blois. Avec Un village en trois dés, un spectacle d’humour et de hasard. Réjouissant.

 écrivait Stéphane Mallarmé. Les coups de dé de Fred Pellerin, dans le spectacle Un village en trois dés en font-ils de même ? « On ne peut pas remettre sa vie au hasard » dira le jeune curé à l’ancien qui l’incite à jouer sur un coup de dé la nomination proposée par l’évêque dans le petit village de Saint-Élie-de-Caxton. « Un village au bout d’une impasse au bord d’un marécage infesté de mouches » persifle Fred Pellerin, avec cet accent québécois délicieux bien que légèrement retenu pour que nous autres, Français de Blois, nous puissions le comprendre.

Il peut le brocarder ce petit village du bout du monde, Fred Pellerin : c’est le sien. Il entraine les spectateurs dans le dédale parlant de ce petit morceau de Québec dont on ne sait jamais trop s’il existe où s’il est seulement né de son imagination foisonnante. On y retrouve une galerie de portrait bien typée qui fait le charme de ses spectacles : Méo, le barbier décoiffeur qui, quand il a trop bu « se prend pour un gaucher » ; Toussaint le marchand généreux qui compte ses sous ; Lurette, « la belle » ; et Alice, la postière, que tout le monde surnomme « Aliche », car elle « liche la colle des lettres », dans les deux sens : pour les fermer comme pour les ouvrir. Et Élie, le jeune curé tout frais moulu du séminaire, « à 100 % », qui coche toutes les cases – obéissance, chasteté, et « 90 % de la pauvreté » car il est encore propriétaire d’une… vache.

“Blois, j’te rappelle que tu bosses demain hein ?”

Pendant qu’Alice la postière s’évertue à ce que les lettres atteignent leurs destinataires (même s’ils ont trépassé), le jeune clerc essaie de maintenir la communication « verticale » entre ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui n’y croyaient pas. Tout ceci avec une bonne dose d’aléas cela va sans dire, entrecoupé de chansons avec guitare solo, et beaucoup, beaucoup de tendresse et de poésie.

« Blois j’te rappelle que tu bosses demain là, alors ce soir tu peux faire le mou là mais après ça faudra qu’tu rentres chez toi hein ? ». La salle a ri de bon cœur – comment pourrait-il en être autrement avec ce funambule des mots pour les maux ? – et puisque, comme le disent eux-mêmes les gens de Saint-Élie-de-Caxton, « nous avions trouvé une bonne raison de mourir, mais ça nous a donné une suffisante raison de vivre », les spectateurs peuvent s’en retourner heureux, réjouis, enrichi par ce « conteur conférencier » décidément très talentueux.

F.Sabourin

Un village en trois dés. Fred Pellerin. Régie son Rami Renno. Régie lumière Julien Mariller.

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