Théâtre : Imitation of life ou le langage universel de la vérité

En Hongrie, pays en proie aux vieux démons du passé, un -presque banal- fait divers donne corps à Imitation of life, la création donnée par le CDN à Orléans mercredi et jeudi. Banal car le meurtre d’un jeune garçon dans un bus, par-delà son caractère dramatique, relèverait sans doute de la rubrique des chiens écrasés de nos quotidiens.

 

Imitation of life.@CDN

 

Mais que la victime soit d’origine tzigane et qu’elle soit assassinée par un jeune du même âge qu’elle et membre d’un parti d’extrême droite donne le sel de cette création pensée et mise en scène par le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó. Certes, le propos est hongrois et vise une société rongée par les persécutions des Roms et par une politique, celle du gouvernement de Viktor Orban, qui fleure de plus avec le populisme d’extrême droite le plus rance. Mais le propos de Kornél Mundruczó et de la troupe Proton Théâtre ne se contente pas de cette seule lecture politique. Certes on peut y voir une critique de nos sociétés occidentales qui veulent lisser les différences, briser les minorités, imposer un mode de pensée univoque. Le message -même si le créateur refuse d’en voir un- est d’abord universel : la pièce en hongrois mais sous-titrée en français est d’une limpidité totale.

Textes crus ciselés au rasoir

Il est vrai que Kornél Mundruczó a construit son récit sur l’hyperréalisme, parfois le plus sordide, jusqu’au dégout né du vomi ou des propos. La vie d’une veille femme et de son fils, marginaux rejetés et abandonnés par la société nous interroge sur la haine de soi. Comment peut-on se détester à ce point, mépriser sa vie pour en arriver à de telle extrémités nourries par un racisme quotidien et finalement meurtrier ? En créateur multiforme Kornél Mundruczó nous présente toutes les facettes de son savoir-faire théâtral et cinématographique, avec ces textes crus ciselés au rasoir et ses vidéos tout à la fois lyriques et triviales. Pour appuyer son propos sur la société des déclassés Kornél Mundruczó les a installés dans un décor approprié mais qui fait sa révolution à 360%. Un chamboulement pour mieux montrer que notre monde perd la tête sans que pour autant une société nouvelle et un nouveau monde émergent !

 

JJT

 

  • Pour découvrir un autre élément de la palette de Kornél Mundruczó rendez-vous au cinéma des Carmes le mardi 23 octobre à 19h30 où sera projeté White God, l’un de ses films, prix « un certain regard » au festival de Cannes 2014

 

 

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