Nouvelle Calédonie : la décolonisation non-violente à l’épreuve du référendum

Un événement Magcentre

Le 4 novembre prochain après 30 ans de processus de réconciliation les habitants devront choisir, ou rejeter, l’indépendance. Dans quelques jours seulement les 175 000 électeurs de Nouvelle Calédonie se rendront aux urnes pour approuver ou rejeter la « pleine souveraineté et donc l’indépendance. Cette date fixée par les accords de Matignon en 1988 puis par ceux de Nouméa de 1998, est donc capitale pour l’avenir de ces iles. Et pourtant personne ou presque n’en parle en Métropole avec un silence médiatique étourdissant. Certes ce territoire est situé à 19000 kilomètres d’Orléans. Mais ce confetti de la république revêt pourtant un intérêt stratégique, historique et culturel. C’est pourquoi Magcentre a relevé le défi d’informer et d’expliquer les grands enjeux de ce scrutin. Jeudi soir, au centre Dupanloup plusieurs dizaines de curieux se sont donc retrouvés autour du thème « l’impensable réconciliation » avec une conférence animée par Philippe Voisin, ancien rédacteur en chef de France3 à Nouméa et avec la présence de trois invités : Jean-François Merle, ancien conseiller de Michel Rocard qui a suivi tout le processus de réconciliation depuis 1988, Emmanuel Kasarherou, conservateur au musée du quai Branly et ancien directeur du Centre Culturel Jean Marie Tjibaou à Nouméa et Jean Pierre Sueur, sénateur qui a co-rédigé un rapport sur la préparation du referendum.

Une conférence passionnante jeudi à l’Hôtel Dupanloup. Photos J-L. Bouland.

Au bord de la guerre civile

Le thème : « l’impensable réconciliation » résume bien le chemin entrepris depuis 1988 après le massacre de la grotte d’Ouvéa jusqu’à ce référendum. « On était au bord du gouffre et de la guerre civile » se souvient Emmanuel Kasarherou. Depuis la poignée de main entre le caldoche Jacques Lafleur et le kanak Jean-Marie Tjibaou s’est mis en place un « processus inédit de médiation » comme le rappelle Jean-François Merle.

Jean François Merle, ancien conseiller de Michel Rocard. Emmanuel Kasarherou, conservateur en chef du patrimoine au musée du quai Branly, Jean Pierre Sueur, sénateur socialiste, à ce titre, suite à une mission d’enquête en Nouvelle Calédonie, il a co-rédigé un rapport sur la préparation du référendum.

Jean Pierre Sueur se référant au philosophe-militant orléanais Jean-Marie Müller y voit lui aussi « un bel exemple de résolution non-violente des conflits ». Le 4 novembre si les sondages ne sont pas contredits, entre 65 et 70% des votants devraient refuser l’indépendance. Mais pour les trois intervenants ce résultat « ne sera pas un aboutissement mais une étape ». « J’espère insiste Jean-Pierre Sueur « que la suite de ce résultat sera pacifique et ne réveillera pas de vieilles frustrations ». Car si caldoches et kanaks se sont réconciliés, les vieilles fractures sont encore là avec selon Emmanuel Kasarherou un « corps social divisé, des kanaks qui ont été spoliés et qui n’ont pas oublié ». Si le choix de l’indépendance l’emportait « ce ne serait pas un abandon, la République fera son devoir pour accompagner la transition » rassure Jean-François Merle.

Nouvelle Calédonie: Jean François Merle témoin et acteur des accords de Matignon

L’avenir en construction

Le débat a été animé par Philippe Voisin, ancien rédacteur en chef de France 3 à Nouméa.

Dans les deux hypothèses l’avenir de la Calédonie doit prendre en compte des spécificités locales comme le droit coutumier, le partage des richesses, notamment du nickel, et des terres. Pas facile dans ces îles où les kanaks qui ne représentent que 45% de la population parlent 28 langues, tandis que de fortes minorités se sont implantés : Mélanésiens, Indonésiens, Wallisiens, etc. Malgré tout l’espoir est placé dans l’émergence à terme d’un « peuple calédonien » mais qui ne peut s’imposer qu’en respectant les cultures locales. « Il n’y a pas d’avenir sans une très forte dose d’autonomie » poursuit Jean-Pierre Sueur avec le maintien d’institutions locales parfois jugées baroques comme un sénat coutumier ou même des rois à Wallis et Futuna.  Les intervenants misent donc sur « le jour d’après » quand les passions électorales seront retombées. Alors peut être la Nouvelle Calédonie apparaitra comme un modèle de « décolonisation douce », une exception dans l’histoire coloniale française. Mais cela se fera dans « une indifférence totale de l’opinion publique et médiatique hexagonale ».

JJT.

Ce débat était organisé avec le soutien de la Ville d’Orléans, de la Maison de la Nouvelle Calédonie, de l’association Rochefort Pacifique et de la Librairie Nouvelle. L’exposition photos installée dans la belle salle de l’ancienne bibliothèque Dupanloup a été réalisée grâce aux œuvres généreusement prêtées par Claude Baudemoulin, photographe à Nouméa.

La Nouvelle Calédonie : mémoire, imagination, raison

Nouvelle Calédonie: l’impensable réconciliation !

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