Craonne: un autre hommage aux Poilus

Alors que les manifestations se multiplient pour commémorer le centenaire du 11 novembre 1918 et honorer la mémoire des soldats morts pour la France, l’Orchestre Symphonique d’Orléans a décidé, à l’initiative de son chef Marius Stieghorst d’intituler son prochain concert “Musique pour Craonne”. Avouons qu’il fallait un certain courage pour ce chef allemand de rappeler à cette occasion la mémoire de ce petit village de l’Aisne totalement rasé en 1917, mais surtout de rendre hommage par ce titre aux soldats pacifistes qui composèrent et chantèrent “la chanson de Craonne” pour manifester leur révolte et dénoncer les offensives meurtrières et inutiles du Général Nivelle de 1917 au Chemin des Dames.
 

Le cimetière de Soupir, au pied du Chemin des Dames, témoigne de la violence des combats de 1917.

Pourtant, le pacifisme n’a toujours pas bonne presse et cette chanson interdite jusqu’en 1974 (!) refait polémique puisque, d’après notre confrère de la Nouvelle République, le directeur académique de l’Éducation nationale (Dasen) de l’Indre, Pierre-François Gachet, vient d’interdire aux élèves du village de Tournon Saint Martin qui la répétaient depuis plusieurs semaines, de la chanter pour la cérémonie du 11 novembre prochain. Le maire de la commune Dominique Hervo a quant à lui décidé de maintenir ce chant qui sera entonné par les enfants accompagnés pour l’occasion par l’Harmonie Municipale ce 11 novembre 2018.
 

le village de Craonne  en 1917 archives départementales de l’Aisne

La Chanson de Craonne fait partie de l’histoire des soldats d’une  guerre que certains d’entre eux osèrent qualifier “d’infâme”, et dont le pacifisme révolté n’était que l’expression d’une lucidité devant la tragédie et les atrocités qu’ils vivaient au quotidien, il serait temps de leur reconnaitre le courage de la dénonciation de cette “Grande” Guerre qui n’eut comme unique résultat, en plus des millions de victimes, que d’engendrer la suivante…
 
GP
 
Samedi 10 novembre à 20h30 , dimanche 11 novembre à 16 heures, salle Touchard, Théâtre d’Orléans. Places; De 13 à 28€.  
Réservations : Théâtre d’Orléans, du mardi au samedi de 13 heures à 19 heures.
Tel. à partir de 14 heures : 02 38 62 75 30. 
 
 
 
La Chanson de Craonne est connue pour avoir été entonnée par les soldats qui se sont mutinés (dans une cinquantaine de régiments de l’armée française) après l’offensive très meurtrière et militairement désastreuse au Chemin des Dames.
 
Au cours des combats, les soldats français, partant de la vallée de l’Aisne, devaient « monter sur le plateau » tenu par l’armée allemande. La « grève des attaques » commence le 2 mai. La répression touche quelque 30 000 mutins ou manifestants, d’où 3 427 condamnations, dont 554 à mort et 57 exécutions
 
Quand au bout d´huit jours, le r´pos terminé,
On va r´prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c´est bien fini, on en a assez,
Personn´ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm´ dans un sanglot
On dit adieu aux civ´lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s´en va là haut en baissant la tête.

Adieu la vie, Adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.

C’est à Craonne, sur le plateau?
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés!

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l´espérance
Que ce soir viendra la r´lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu´un qui s´avance,
C´est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l´ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Adieu la vie, Adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.

C’est à Craonne, sur le plateau?
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés!

C´est malheureux d´voir sur les grands boul´vards
Tous ces gros qui font leur foire;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c´est pas la mêm´ chose.
Au lieu de s´cacher, tous ces embusqués,
F´raient mieux d´monter aux tranchées
Pour défendr´ leurs biens, car nous n´avons rien,
Nous autr´s, les pauvr´s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr´ les biens de ces messieurs-là.

Adieu la vie, Adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.

C’est à Craonne, sur le plateau?
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés!

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r´viendront,
Car c’est pour eux qu´on crève.
Mais c´est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s´ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l´plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau!

 

 
 

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