Maternité du Blanc (Indre): évacués, mais pas vaincus

Les Blancois ne baissent pas les bras pour garder leur maternité. Hier matin, les occupants des locaux vacants ont été délogés par les forces de l’ordre, mais continuent leurs actions. Dans leur combat, ils ont à nouveau reçu le soutien de politiques nationaux.

L’évacuation a débuté dès 4h30 du matin, pendant environ 1 h 30 (crédit photo G. Lherpinière).

Ils avaient été prévenus la veille que leur évacuation serait pour hier, au petit matin. Les 80 personnes qui dormaient dans les locaux occupés de la maternité du Blanc, parents, enfants, élus et membres des collectif de défense de la maternité du Blanc et de C pas demain la veille, n’ont donc pas été surprises de voir les forces de l’ordre débarquées sur les coups de 4 h 30, à la nuit noire. Après l’évacuation des familles, les manifestants ont été emmenés un par un, sans heurts, corps mous au bras des gendarmes, à l’extérieur de l’établissement où s’étaient rapidement massés de nombreux soutiens en réponse à leur appel sur les réseaux sociaux. Sous les slogans répétés, le groupe est resté jusqu’à 6 h 30, avant de rejoindre une salle polyvalente, à la suite de vingt-deux femmes costumées en servantes écarlates, personnage symbolique tiré de la série américaine éponyme, pour décider de la suite de leur mouvement.

Benoit Hamon:”Agnes Buzyn la pire ministre…”

Benoit Hamon est resté environ deux heures, durant lesquelles il a échangé avec les élus, mais également les futures mamans.

Cela faisait déjà onze jours que les manifestants s’étaient installés dans les lieux suite à la décision du conseil de surveillance de l’hôpital de Châteauroux – Le Blanc de fermer la maternité, le 19 octobre. Petit à petit, une vie de communauté s’était mise en place pour veiller au quotidien. Des ateliers avaient lieu pour accompagner les femmes enceintes, des espaces de jeux avaient été aménagés pour les plus jeunes… La veille, l’ex-ministre et candidat à la présidentiel, Benoît Hamon était venu à la rencontre des opposants à la fermeture au sein même de ses locaux occupés, suivant l’exemple de Philippe Poutou du NPA, également ancien candidat à la présidentiel, présent le dimanche auprès des manifestants. Le militant PS est resté sur place près de deux heures, le temps de longuement échanger avec les familles, les élus et certains membres du personnel présents. « On fait face au mépris d’une administration. Je crois que Madame Buzyn est la pire Ministre de la santé en terme de dialogue. C’est inadmissible d’en arriver à cette situation là, car ce n’est pas vrai que cette maternité est dangereuse. En revanche, Madame Buzyn met en danger les futures mamans en les obligeant, dans des conditions difficiles à faire plus d’une heure de trajet sans parler du risque qu’elles courent. Ce n’est pas le progrès de ne pas pouvoir accoucher près de chez soi quand on est dans une ville de 7000 habitants. »

 

La maire du Blanc reçue sans succès par la ministre

Après la maternité, les opposants ont occupé pacifiquement le centre des impôts.

Au jour le jour, les militants voient le mouvement évolué, mais pour le moment, aucun signe favorable n’a été transmis à leur encontre. Lundi midi, Annick Gombert, maire du Blanc à la tête des 76 élus démissionnaires, s’est entretenue environ trente minutes avec la Ministre Agnès Buzyn. « C’est toujours un mur. Elle reste ferme dans ses positions car selon elle, les conditions de sécurité ne sont pas remplies à cause de vacances dans les plannings. Elle dit tout mettre en œuvre pour assurer le remboursement des transports et proposer des nuits d’hôtels à Châteauroux ou Poitiers pour les familles, et pour elle, c’est ça le progrès… » Alors faute de dialogue constructif possible avec le ministère de la Santé, c’est vers celui des Finances que les opposants ont choisi de se tourner. Mardi matin, après avoir été délogés de la maternité, ils ont pris la direction du centre des Finances de la ville du Blanc et se sont pacifiquement installés dans les lieux en attendant d’être reçu par deux membres de la direction départementale deux heures plus tard. Si ceux-ci ont répété à de multiples reprises ne pas être compétents pour répondre aux attentes des militants, ils ont assuré transmettre leurs revendications à leur hiérarchie et tenté d’en faire part aux services de l’ARS.

“C’est frustrant et dangereux pour nous”

Le choix du centre des Finances n’était pas anodin. Il s’agissait, en premier lieu, d’exprimer leur sentiment d’abandon : à impôt égal, ces citoyens ne se sentent plus égaux avec ceux des métropoles quand à l’accès aux services de base. Mais les manifestants souhaitaient également rappeler que si la maternité ferme, tout le territoire sera, encore plus durement, impacté qu’il ne l’est aujourd’hui. Exemple donné : un jeune couple présent lundi, futurs parents, expliquait reporter son emménagement dans la région faute de maternité. « On restera à Paris jusqu’à mon accouchement et après on viendra. » Si eux choisissent tout de même de prendre la direction du sud de l’Indre, combien renonceront à ce choix s’inquiètent les Blancois ? Les habitants qui expriment leur attention de rester dans la région, sont majoritaires, maternité ou non. Mais, à ce moment clé qu’est une grossesse, les futures parents sont loin de vivre un moment serein, les mamans présentes sur le site partagent leur appréhension : « C’est frustrant et dangereux pour nous, notre enfant et la personne qui nous accompagnera sur la route » déplorent Jennifer et Aude d’une même voix. A 6 mois et 7 mois et demi de grossesse, elles s’apprêtent à multiplier les allers retours vers Châtellerault pour rencontrer le personnel de cette maternité et entamer une dernière étape dans leur suivi. Elles se tiennent prêtes à risquer d’accoucher sur la route.

La suite du mouvement à Paris

Hier, sous la sécurité d’un cordon de membres des forces de l’ordre, CRS et gendarmes, la maternité a été vidée en catimini de son mobilier, lit, table, chaises…, pour éviter qu’à nouveau les opposants ne puissent s’installer et, afin de le garantir, des panneaux de bois ont été visés pour fermer les portes. Pour autant, les manifestants ne baissent pas les bras. Après avoir quitté hier après-midi le centre des Finances, ils réfléchissent déjà à la suite de leur mouvement. Un déplacement à Paris devrait avoir lieu le 21 novembre et leur prochaine réunion se déroulera ce soir pour imaginer une nouvelle façon pacifique, mais forte et symbolique qui permettra de donner l’écho qu’ils recherchent à leur combat et qu’ils ont su trouver cette semaine dans l’ensemble des médias nationaux.

 

Morgane Thimel

 

 

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