L’abattoir bio du Boischaut (Indre) fermé pour “pratiques inacceptables”

Après la diffusion d’une vidéo de surveillance du site par l’ONG L214, le Ministre de l’agriculture Didier Guillaume a demandé la fermeture en raison de « pratiques inacceptables » et d’ « actes inexcusables ».

Des bovins suspendus à l’abattoir de l’Indre.

La décision a été immédiate : suite à la diffusion, vendredi, de vidéos de surveillance montrant des scènes insoutenables sur l’abattage des animaux au sein de l’abattoir du Boischaut (36), le préfet de l’Indre, Seymour Morsy, a demandé une suspension temporaire d’activité du site samedi, à la demande du Ministre de l’agriculture Didier Guillaume. Une pétition en ligne pour sa fermeture, dirigée par l’association L214, dénonciatrice des faits, dépassait déjà les 20 000 signatures. Aujourd’hui, les dix-sept salariés de l’établissement sont donc mis au chômage technique pour un minimum de trois mois, en attendant qu’une enquête administrative approfondie soit menée par la Brigade nationale d’enquête vétérinaire sur ses pratiques. Dans cet atelier, situé à Lacs à proximité de la ville de La Châtre, environ 17 000 animaux étaient équarris chaque année.

Images chocs

Des animaux, suspendus par une patte, saignés alors qu’ils sont pleinement sensibles et conscients, un chevreau ayant essayé de s’enfuir à plusieurs reprises projeté au-dessus des autres avant d’être saigné, encore conscient, faute « d’étourdissement » efficace, des moutons, avec pleine vue sur la salle, assistant impuissants à l’abattage des animaux qui les précèdent sur la ligne… Le contenu des images a de quoi choquer ceux qui peuvent les voir. En complément, l’association L214 a présenté un rapport d’expertise privé détaillé, mené par le professeur Gilbert Mouthon, à partir des vidéos filmées, en tout 3 heures et 14 minutes. Y est listé l’ensemble des infractions commises quand aux principes généraux de protection animale, à l’incompétence du personnel, aux carences des exploitants ou encore aux carences des services vétérinaires.

Un chevreau à l’abattoir.

L’établissement, géré par la communauté de communes La Châtre- Sainte Sévère, anciennement présidé par le député LR Nicolas Forissier avant qu’il ne cède sa place à François Daugeron, détenait pourtant une certification bio qui implique, notamment, qu’au moment de l’abattage des bêtes, la souffrance soit réduite au minimum. Le site avait fait l’objet d’une enquête dans le cadre d’une opération nationale deux ans auparavant. Menée par les services de la préfecture, celle-ci laissait déjà entrevoir d’importants manquements souligne l’association L214, « des points de non-conformité majeurs sur 80 % des chaînes d’abattage », l’établissement n’avait obtenu qu’une mention C, la deuxième moins bonne note. « En 2016, un rapport accablant des services vétérinaires avait déjà identifié des non-conformités majeures qu’on retrouve dans cette nouvelle enquête, deux ans plus tard » précise le communiqué de presse de L214. Au micro de la radio Europe 1, Sébastien Arsac de L214 expliquait : « Un employé fait une incision dans la patte des chevreaux entre le tendon et l’os avant même qu’ils soient saignés. C’est aussi quelque chose qui avait été identifié par les services vétérinaires donc en deux ans on voit effectivement que non seulement, la situation était connue et identifiée par les services vétérinaires, mais qu’il n’y a eu aucune réaction pour se mettre en conformité avec la réglementation dans cet abattoir ». En réponse, sur cette même antenne, François Daugeron plaidait plus pour un défaut de méthode. « On voit bien que dans ces vidéos, ça n’est pas de la maltraitance voulue par des agents. C’est plus un manque de méthode et de “process“. Il faut qu’on mette en place des méthodes avec les services vétérinaires de façon qu’on ne retrouve pas cette situation »

Deux plaintes auprès du parquet

Depuis hier, les enseignes Système U et Carrefour, qui commercialisaient la viande de l’abattoir, ont décidé de suspendre leur approvisionnement auprès de celui-ci en attendant les résultats de l’enquête. « Nous attendons les suites de l’enquête et nous verrons ce qu’il adviendra de nos relations avec celui-ci », précise une porte-parole du groupe Carrefour.

Le parquet de Châteauroux indique, à ce jour, que deux plaintes ont été déposées. La première, dès octobre par l’abattoir suite à la découverte du tournage pour intrusion et captation d’image d’un lieu privé. La seconde, vendredi par l’association L214 pour « maltraitance animale ».

Morgane Thimel

Commentaires

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  1. étonnant de s’offusquer de ces pratiques alors que pour répondre à la demande de viande “HALLAL” il faut saigner les animaux …peut être serait il bon de regarder de ce coté messieurs les journalistes

    • Info complémentaire : système d’abattage similaire pour le “casher”.
      Maintenant en quantité, ce n’est pas comparable !

  2. QUELLE HONTE;LES SERVICES OU DOIT ON DIRE LES SEVICES VETERINAIRES NE FONT PAS LEUR BOULOT .TROP DE COMPLAISANCE POUR LES BOURREAUX.OU SONT LES CAMERAS PROMISENT PAR MR MACRON??
    VIVE LE VEGAN finalement

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