Camille, la cantatrice aux pieds nus

Après la disparition du Festival de Travers que nous concoctait chaque hiver Pierre Perrault, quel bonheur de retrouver sur la scène du théâtre d’Orléans (programmée conjointement par l’Astrolabe et la Scène Nationale), ce mercredi soir une chanteuse aux talents et à la créativité totalement débridés. Et Camille, artiste inclassable voire indomptable mais déjà lauréate de quatre Victoires de la Musique dont le dernier en 2018,, nous a offert un spectacle d’une originalité vocale exceptionnelle, jouant avec sa voix une symphonie entre simplicité et sophistication.

Le dispositif musical est déjà aussi simple qu’atypique réunissant autour de sa voix un pianiste et deux percussionnistes, Camille est accompagnée par trois choristes-danseuses le tout dans un décor éclairé par la grosse lune d’un tambour alors que de grandes voiles virevoltent dans les hauteurs de la scène. Dans cet univers visuel d’une belle nuit d’été, Camille, pieds nus et habillée d’une sobre robe en jean puis en deuxième partie d’une combinaison rouge criante, va développer une célébration de la voix et du corps qui va tout bousculer avec une énergie vocale à déplacer les montagnes. Et tout y passe, vocalise, mots hachés, paroles assonantes, borborygmes, sonorités tibétaines, souffle, rale: tout est voix avec Camille, et si comme elle le chante “elle ne mâche pas ses mots” c’est dans un brillant exercice de style à la Queneau où le mot soigneusement articulé est aussitôt désarticulé avec une frénésie jouissive.

Ce doux délire vocal s’accompagne de danses collectives incantatoires comme pour donner plus de force à cette cérémonie envoutante mais où la précision du travail musical reste d’une époustouflante légèreté, se permettant toutes les audaces d’une mise en scène, totalement complice avec le public qu’elle fait si facilement chanter juste en tendant le micro vers la salle…

Et Camille, pas avare de son talent, nous aura enchantés pendant deux heures par son univers musical qui s’enrichit au fil d’une carrière où son originalité s’affirme toujours plus, avant un final à la mesure de sa passion communicative de la voix, faisant monter le public sur scène pour un chorus “Orléans” improvisé devant une salle debout pour lui rendre un peu de ce qu’elle a donné.

GP

Mercredi 7 novembre 20h30 − Théâtre d’Orléans Salle Touchard

Commentaires

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  1. (Ce n’était pas une robe en jean, mais plutôt du lin fin teinté à l’indigo, comme les voiles et autres costumes)

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