L’Iran, des portes grandes ouvertes malgré tout !

A l’heures des sanctions américaines l’ancienne Perse est un pays accueillant et au patrimoine fantastique. Mais le tourisme n’empêche pas d’être lucide sur cette « république » cadenassée par la religion.

Ispahan

Aller jouer les touristes en Iran ? Quelle drôle d’idée entend-on à l’heure où cette théocratie s’enfonce dans la crise sous les coups de boutoirs des États-Unis qui imposent des sanctions draconiennes touchant d’abord le peuple iranien dans sa vie quotidienne. En sortant de l’aéroport de Téhéran, le premier choc est celui de deux grands hôtels du groupe français Accor qui ceinturent le paysage. Dans quelques semaines pourtant ces enseignes pourraient avoir disparu : la France a cédé au diktat trumpien et une à une les entreprises françaises (Total, Air France, Peugeot…) quittent le territoire iranien. Et pourtant la France y détenait des positions nulle part ailleurs atteintes notamment pour l’automobile : on croise plus de Peugeot (notamment des 405, le must local) à Téhéran ou de Renault qu’à Orléans ou Paris. Second choc avec l’argent : le rial iranien a perdu une très grande partie de sa valeur, avec un cours officiel virtuel et un marché noir florissant. On compte ici en millions de rials avec un pouvoir d’achat considérable pour le touriste mais avec des répercussions dramatiques pour les Iraniens s’ils veulent acheter des produits étrangers.

Les femmes en quête de liberté

La mode islamique

Évidemment Téhéran mais aussi Chiraz ou Ispahan, les grandes villes occidentalisées, ne reflètent pas totalement le mode de vie iranien. Dans ces rues propres on y déambule en liberté, prêt à s’attabler à une terrasse de bistrot (mais sans alcool évidemment)  au milieu de femmes foulardées. Cette « république islamique » (en fait une théocratie car tout dépend des religieux) impose en effet le hijab (pas la burqa qu’on ne voit qu’en Afghanistan) à toute femme dans un lieu public. Certes les Iraniennes toutes revêtues de noir (les « corbeaux » dit-on las bas) sont encore largement présentes. Mais de plus en plus les femmes conquièrent leur liberté vestimentaire, les couleurs vives apparaissent peu à peu, les foulards reculent sur l’arrière-tête, on s’échange au marché noir des CD de films « immoraux », on fabrique en cachette de l’alcool frelaté.

La présentatrice du journal télévisé

Certes ce régime dictatorial relâche la pression, surtout pour ne pas se heurter à une population majoritairement jeune, mais le contrôle religieux demeure bien présent, notamment pour la femme considérée comme la moitié d’un homme. Mais la liberté religieuse semble néanmoins respectée, on y croise des Chrétiens priant dans des églises orthodoxes arméniennes ou même des juifs qui se promènent dans la rue avec une kippa sur la tête juste à côté d’affiches proclamant la destruction prochaine de l’état d’Israël (l’Iran est une des rares pays à ne pas avoir reconnu Israël). 

164ème sur 180 !

Femmes zoroastriennes

De même, la religion ancestrale zoroastrienne (« ainsi parlait Zarathoustra ») subsiste dans quelques ilots et villages où les femmes se montrent dans leurs vêtements multicolores avec leur bonheur de vivre qui tranche avec la noirceur du chiisme. Mais la liberté s’arrête là. Certes elle est grande pour les hommes qui peuvent prendre plusieurs épouses fixes et un nombre non limité d’épouses « temporaires », mariage pour 10 minutes, une nuit, une semaine ou plus si affinités. La prostitution reçoit ainsi la caution de l’Islam.

Qu’ils soient iraniens, réfugiés de multiples ethnies ou de pays limitrophes, tous jouent à fond la carte du nationalisme le plus poussé, conditionnés qu’ils sont par une information répétitive et à sens unique. Impossible de trouver un journal étranger dans un kiosque tandis qu’internet y est en partie censuré (pas de YouTube, peu d’informations sur l’Iran). Ce qui explique que Reporters sans frontières place l’Iran au 164e rang sur 180 pays pour la liberté de la presse.

Persépolis

Si l’on fait abstraction de tout cela, alors ont peut jouer au touriste et découvrir ce pays au patrimoine immense. Il est vrai que l’Iran peut aligner plus de 5 000 ans d’histoire.

C’est là que l’Humanité est née en même temps que Babylone ou Damas. Il y a bien sûr Persépolis, cette cité détruite du roi perse Darius édifiée au 5ème siècle avant JC mais aussi Pasargades, mais aussi de sublimes bas-reliefs sculptés dans la roche. Toute l’histoire de l’Iran se résume dans Persépolis, cette cité où le Shah d’Iran montra dans les années 70 l’étendue de sa mégalomanie.

La quête de l’eau

Si la Perse antique est présente à chaque pas, la culture islamique est évidemment omniprésente dans ce pays berceau des chiites, cette branche dissidente, minoritaire et parfois moyenâgeuse de l’Islam, opposée aux frères ennemis sunnites notamment d’Arabie Saoudite. Les vastes mosquées recouvertes de faïence ou des mosaïque bleues s’imposent partout dans le paysage pour rappeler les racines islamiques de ce pays depuis le 7ème siècle. Et pour mieux imposer cette vision religieuse du monde le père du pays, le « guide suprême » Khomeini et son successeur l’imam Khamenei  sont partout présents pour bien rappeler que l’Iran est terre d’islam. Mais c’est aussi une terre de culture, au cinéma reconnu dans le monde entier, à la peinture magnifiée par ses superbes miniatures, scènes de la vie traditionnelle peintes au pinceau à poil de chat, avec sa littérature ou sa poésie, celles d’Omar Khayyam, d’Hafez ou de Saadi.. Tout cela subsiste et vit bien malgré le couvercle d’acier de l’Islam.

Si le peuple Perse montre partout son histoire et son patrimoine, il est un domaine nulle part ailleurs atteint, sa technicité pour supporter les extrêmes du désert, la chaleur, la sécheresse ou le froid. Il faut ainsi voir les qanâts, ces réseaux de canaux souterrains creusés parfois à plusieurs dizaines de mètres de profondeur et sur des dizaines de kilomètres pour amener l’eau dans les villes ou les cultures. L’eau et la sécheresse sont d’ailleurs au cœur de l’histoire iranienne depuis Cyrus ou Darius. Il suffit de voir le célèbre pont des 33 arches à Ispahan surplomber un fleuve désespérément sec pour comprendre le cauchemar iranien.

Le génie iranien

Tour du vent

Il faut voir aussi ces tours du vent, tours aérées qui captent le vent en altitude et l’expulsent vers le sol pour rafraichir une maison ou des bassins d’eau. Il faut voir aussi ces glacières en terre crue pour conserver la fraicheur des aliments. Sur tous les points le génie de l’Iran est imparable. C’est vrai aussi pour construire des villages perchés ou des forteresses en terre crue qu’il faut sans cesse reconstruire. Vrai encore pour ces céramiques, ces faïences qui partout recouvrent les bâtiments pour mieux les illuminer. Un vrai génie iranien qui s’exerce depuis des millénaires et qui tente de subsister ou de renaitre en soulevant le linceul chiite recouvrant ce pays depuis 1979.

Si l’on évite des villes religieuses comme Qom ou Mashhad, le panorama offert par l’Iran est immense : Téhéran la capitale que dominent les montages enneigées, Yazd la cité du désert, Chiraz la ville des roses et des poètes, Ispahan, la merveille de l’Orient.

Alors pourquoi pas un périple touristique en Iran ? Si l’on fait abstraction du contexte politique et religieux ce pays est l’un des plus beaux du monde. Allez-y avant que Trump y ait fait plus de dégâts. Allez-y mais en gardant les yeux et les oreilles ouverts…car les Iraniens et surtout les Iraniennes ont grand besoin de notre présence !

Jean-Jacques Talpin

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