Congrès des maires : l’Etat va-t-il jouer l’apaisement ?

« Une promesse est une promesse. Elle doit être tenue », déclare Philippe Gourlay, maire de la petite commune de Roussines dans l’Indre et président de la communauté de communes Marche Occitane-Val d’Anglin. Avec une trentaine de maires ruraux de l’Indre dont Vanik Berbérian président de l’Association des maires ruraux il  est venu au Congrès annuel de l’Association des maires de France (AMF), le 101ème,  qui  s’est ouvert ce mardi au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris. En dépit de sa promesse formulée à la tribune de ce même congrès  il y a tout juste un an, le président de la République ne viendra pas clôturer les trois jours de l’édition 2018. 

Communication épistolaire

Pour compenser son absence Emmanuel Macron a adressé une lettre de quatre pages à chacun des 36 000 maires de France. Une opération de communication décidée, si l’on en croit des sources proches de l’Elysée, depuis plusieurs semaines et rédigée en fin de semaine dernière, le tout dans le plus grand secret. « Il est urgent de réparer le lien avec les collectivités territoriales, de lever les ambiguïtés. Cette lettre est un bon point mais il en faudra plus » constate en off un ministre ». Il n’est pas sûr que l’invitation d’un peu plus de 1 000 maires en fin de journée à l’Elysée avec un discours du chef de l’Etat en ouverture des réjouissances suffise à renouer le dialogue entre l’exécutif et les collectivités locales. Entre les deux, en ce premier jour de la manifestation, la tension reste latente et palpable.

Jacqueline Gourault.

Dans cette missive plusieurs fois réécrite    les mots ont été pesés et repesés, le chef de l’Etat appelle chacun à ses responsabilités et souligne « qu’il n’est de réussite que collective ». Jacqueline Gourault, la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales qui n’a reçu aucune invitation officielle ajoute « il rappelle aussi tout ce qui a été fait depuis un an ». Sébastien Lecornu, ministre en charge des collectivités locales auprès de Jacqueline Gourault dit, que de son point de vue, « la pratique du lien épistolaire est une bonne idée à renouveler. C’est une expression directe et sans filtre, à la fois sérieuse et respectueuse, sans mea culpa mais dans une écriture empreinte d’une grande sensibilité et d’empathie à l’égard des élus ».

Motifs de crispation

Depuis des mois, les collectivités locales se plaignent de ne pas être entendues avec un point culminant dans ces dissensions : le boycot, le 12 juillet de la Conférence nationale des  territoires (CNT) par les trois associations  d’élus, maires de France (AMF), présidents des départements de France (ADF) et Régions de France. Les mêmes ont créé à Marseille fin septembre « Territoires unis », une association pour « promouvoir la République des territoires contre l’ultra-centralisation ». Dans leur appel de Marseille  pour les libertés locales, les trois présidents, François Baroin, Dominique Bussereau et Hervé Morin prônent « l’avènement d’une nouvelle étape de la décentralisation avec un Etat respectueux des collectivités territoriales et des élus ». Ils souhaitent « une concertation sincère entre l’Etat et les collectivités qui nécessite l’invention d’un outil efficace du dialogue et de la négociation ».

Sur cette ligne les trois associations ont reçu un soutien de poids, celui de Gérard Larcher, président du Sénat qui presse le gouvernement « de trouver rapidement les voies d’un dialogue réel et sincère avec les collectivités  territoriales, un dialogue qui respecte et considère les élus locaux ».

A l’origine de ce mécontentement de nombreux sujets de crispation à commencer par la baisse des dotations et la suppression de la taxe d’habitation avec les incertitudes qui pèsent sur sa compensation, la suppression des emplois aidés.

Tourner la page

S’il s’impatiente d’être entendu, François Baroin veut toutefois renouer le lien avec l’exécutif. “Au fond, nous sommes les soutiens de la République du quotidien. Nous devrions être en permanence au côté du président de la République, nous ne le sommes pas. Il faut mettre sur la table les problèmes de fond, de forme, tourner cette page. Ce congrès devrait permettre d’aborder une nouvelle étape », a-t-il déclaré en ce premier jour.

Ce congrès va-t-il permettre de tourner la page ? « Ce qui m’importe, c’est que nous puissions négocier », affirme le président de l’AMF dont le bureau auquel appartient André Laignel, maire d’Issoudun, appartient, sera reçu ce soir à l’Elysée. « Nous aurons  une liste de revendications. On rentrera dans le détail », affirment ces responsables.

En priorité, les maires attendent une réponse aux conditions dans lesquelles va être compensé pour les communes le montant de la taxe d’habitation que l’exécutif a commencé à supprimer. Plusieurs scénarios sont évoqués et ont été envisagés par le Comité des finances locales présidé par André Laignel. Tous les maires redoutent la réforme de la fiscalité locale qui doit être discutée dans les prochains mois. Ils ne veulent surtout pas que l’on touche à l’autonomie fiscale des communes.

Dans ce contexte et tout en espérant trouver un terrain d’entente avec l’exécutif,  établir un vrai dialogue avec le chef de l’Etat, l’AMF a choisi ce congrès pour lancer une campagne nationale de communication et de sensibilisation des Français. Alors que de nombreux maires (60% des ruraux) et de conseillers municipaux ont démissionnés cette année, l’AMF entend attirer l’attention des citoyens « sur le rôle irremplaçable de la commune, du maire, des élus et des équipes municipales ».

Jeudi, Edouard Philippe, le premier ministre prononcera le discours de clôture. Apportera-t-il l’apaisement souhaité ?

F.C.

Autre point de friction: la campagne #balancetonmaire, lancée mi-octobre par des militants d’En Marche sur les réseaux sociaux, pour dénoncer des hausses de la taxe d’habitation dans certaines communes, a été vécue comme une humiliation par nombre d’élus et alimente le malaise.

Les maires lanceront pour leur part cette semaine une campagne nationale #MaCommuneJyTiens – programmée de longue date – qui “n’a pas pour objectif de défendre la personne du maire, mais bien les communes”.

“Le mécontentement manifesté actuellement par une partie des Français montre à quel point les corps intermédiaires sont importants pour notre vie démocratique”, écrivent de leur côté dans un communiqué les sénateurs communistes qui expriment “tout leur soutien aux maires“. Finances locales, sécurité, inégalité d’accès aux services de proximité, figurent parmi les nombreux thèmes au programme.

Plusieurs ministres – Jean-Michel Blanquer (Éducation), Julien Denormandie (Ville) ou Mounir Mahjoubi (Numérique) – ont été invités à débattre. Et le Premier ministre Édouard Philippe devrait prononcer jeudi le discours de clôture du congrès.

Les élus s’inquiètent également des conditions d’exercice de leurs mandats. Selon une enquête du CEVIPOF (Science Po), un maire sur deux ne souhaite pas se représenter aux municipales de 2020.

Un phénomène qui, s’il n’est pas nouveau, s’accentue. En cause: l’inquiétude des élus face au poids des responsabilités et au manque de moyens financiers pour les assumer.

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