François Sarano en guerre contre le requin dans les assiettes

Le célèbre océanographe et ancien chef d’expédition du Commandant Cousteau était l’invité d’honneur de la 15e édition du Festival « Images de l’eau delà » qui se tenait ce week-end à La Chapelle-Saint Mesmin (Loiret). Sans masque ni tuba, il nous a entraînés dans une plongée virtuelle à quelques centimètres des « Dents de la Mer » et de « Moby Dick » avant de sensibiliser le public à la disparition des requins.

François Sarano. ©Stéphane Granzotto

Il suffit que je lui dise ma passion pour le Carcharodon carcharias et François Sarano m’offre une mâchoire béante hors de l’eau pour démarrer sa conférence, vendredi soir, organisée par le Comité régional Centre de Plongée (FFESSM). « Cette mâchoire résume tous les fantasmes que l’homme nourrit sur le requin Grand Blanc. Or, en Basse Californie, une femelle a accepté que je nage à ses côtés. Preuve qu’une harmonie est possible avec le plus redouté. Mais des rencontres comme comme celles-là, on ne peut plus en faire à Terre tant on a agressé éléphants, tigres, lions… L’océan est le dernier grand territoire sauvage où évoluent des animaux libres, indomptés et qui ne fuient pas quand on se mèle à eux ». 

Une nounou pour Moby Dick

Calomniés, eux aussi, et chassés jusqu’en 1985, les cachalots sont l’autre terrain d’étude de François Sarano qu’il mène avec son association Longitude 181. Des études qui l’ont mené, lui et son équipe, à des découvertes comportementales inédites en étudiant un clan autour de l’île Maurice. « En 2011, nous avons été par exemple les premiers au monde à démontrer que dans cette société animale il y avait une nounou officielle qui s’occupait des petits quand les mères descendent à 1000 m de fond chasser le calmar. Un comportement unique au monde, un atout social et de solidarité qui leur a permis de conquérir une niche écologique ».  

Pas de requins dans les assiettes

Alors que le rapport Planète Vivante 2018 du WWF nous apprend qu’en 40 ans 60% des populations d’animaux sauvages ont disparu du globe, ce Festival d’images sous-marines, qui gagne chaque année en notoriété, permet de sensibiliser, scolaires et grand public, plongeurs ou non, aux richesses du milieu marin et à l’importance de la préservation des écosystèmes. « Le plastique ? Oh bon dieu ! Il y a 50 ans, le monde en était exempt. Ça a explosé depuis les années 70 et les cétacés avalent tout sans distinction… et les lobbies puissants et notre indigence font que l’on continue à les utiliser ! », s’insurge François Sarano après sa séance de dédicaces. Tout comme il pousse un cri d’alarme face à la disparition catastrophique des requins (-90% des squales en Méditerranée) en lançant la campagne « Pas de requins dans mon assiette ». « Ce n’est pas une pétition mais une invitation à prendre un engagement éco-citoyen à ne plus consommer de requin : saumonette, veau de mer, requin bleu… » L’idée ? S’engager à aller voir poissonniers et restaurants et inciter ceux qui le font à ne plus vendre ni servir du requin. « Hulot a raison : on ne peut pas se contenter de petits pas. Le mouvement de décroissance est un mouvement nécessairement citoyen, un socle solide où s’appuieront les gouvernements pour faire des réformes ». À bon entendeur.

 

Estelle Boutheloup

Afficher les commentaires