Le 8ème festival Plumes d’Afrique passe par le Sanitas à Tours

Jusqu’au 12 décembre, le 8ème festival Plumes d’Afrique traverse toute l’Indre-et-Loire avec des concerts, des lectures de textes africains, des rencontres autour de la mode… sans oublier un grand week-end d’animations à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours les 1er et 2 décembre. L’objectif de l’événement est d’aller partout, de favoriser les rencontres et les échanges. Exemple au Sanitas de Tours avec une exposition et un défilé, montés de A à Z avec la population…

« Dans un quartier comme le Sanitas, il ne faut pas que l’urbanisme soit uniquement sécuritaire » plaide Ida Tesla. Metteure en scène pour l’association Pih-Poh (« hip hop à l’envers »), elle présente cette semaine le résultat d’un travail débuté en 2015 et qui a mobilisé plus de 600 personnes, dont 200 de manière régulière. Depuis 3 ans, aux côtés de la créatrice Violette Antigny, du vidéaste Yvan Pousset et de la paysagiste Meryl Septier, elle mobilise habitantes et habitants autour d’un projet commun pour amener plus de couleurs et de convivialité au pied des immeubles. Voilà comment est née l’envie d’installer des hamacs Place St Paul ou de rhabiller le mobilier urbain avec des tricots.

« Notre objectif est de susciter des envies » insiste Ida Tesla qui veut absolument que toutes les étapes du projet soient visibles, soit parce qu’elles ont lieu en extérieur, soit parce qu’elles sont accueillies dans les locaux de la galerie Neuve où l’on voit ce qu’il se passe depuis la rue grâce aux vitrines. « On fonctionne avec le bouche-à-oreille, on a des ados, des femmes âgées seules, des mamans… Ce sont des personnes qui ont envie de se réunir et d’être bien dans leur quartier. »

« Les habitants du Sanitas ont besoin d’être entendus »

Le nom de ce programme est évocateur, positif et constructif : Sanitas du Futur. Alors que le quartier est amené à évoluer dans les prochaines années avec la démolition de plusieurs immeubles pour la construction de nouveaux bâtiments moins hauts ou l’installation de bureaux, il vise à recueillir l’avis des habitantes et des habitants, capter leurs envies pour améliorer le quotidien au fil des rues : « ces personnes ont besoin d’être écoutées, entendues. Il y a une forte attente de donner son avis dans un quartier qui est très important pour elles. Nous avons donc été à leur rencontrer, une par une. C’est un travail de fourmi mais comme nous ne sommes pas une institution les rapports sont différents » détaille Ida Tesla.

Le projet de Pih-Poh est soutenu par la DRAC, le CGET, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale, la Ville de Tours, Tours Habitat, la Région Centre-Val de Loire et la coopérative Artefacts.

Ces échanges ont abouti sur des projets concrets comme le jardin situé à proximité de la pépinière d’entreprises désormais agrémenté de bancs. « On a organisé deux ateliers par an, en juin-juillet et en octobre » rappelle la metteure en scène. Ainsi, Violette Antigny a animé des sessions de couture très personnelles, largement inspiré du stage de géologie qu’elle a fait au Burkina Faso en 2006. « Là-bas, j’ai découvert les tissus Wax avec leurs motifs et ça a été un coup de cœur » nous explique celle qui travaille avec Artefacts depuis 2014.

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Avec ces tissus burkinabés qu’elle trouve chez un commerçant tourangeau, Violette Antigny a invité les personnes présentes autour d’elle à créer des costumes… à partager : « ils ont une taille qui leur permet d’être portés par plusieurs personnes, certains sont unisexe. » Le travail de confection a également été collectif, se faisant parfois avec des gens qui n’avaient jamais fait de couture, « et on a laissé une large place à l’improvisation, le principal étant de faire ensemble. »

« C’est usuel et beau »

Le résultat : une vingtaine de tenues immortalisées dans une expo photo qui peut être prêtée à qui la demande. Ces habits, vous pourrez aussi les découvrir en vrai en pleine rue dès 10h ce vendredi 30 novembre entre la Galerie Neuve et le marché St Paul à Tours, sachant que les modèles seront accompagnés des Grandes Personnes d’Afrique, une compagnie de marionnettes géantes.

Ce n’est pas tout : des objets en tissu ont également été confectionnés, comme des guirlandes de cœurs, des chaises en tissu bâché, des voilages ou des auvents, des créations pensées pour habiller l’espace urbain de manière durable, pour que l’on ait envie de passer du temps dehors… « C’est usuel et beau » résume Violette Antigny. Et c’est fait pour : « pendant trop longtemps on a pensé le mobilier urbain pour être anti-squat. Aujourd’hui les habitants ont envie de passer plus de temps dans les espaces publics » assure Ida Tesla qui tente de convaincre la ville de Tours et Tours Métropole que ces projets citoyens ont une utilité et un bel avenir, donc qu’ils pourraient être accompagnés par les pouvoirs publics et pérennisés.

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