Après les « gilets jaunes » les « gilets verts »

Après les « gilets jaunes », les « gilets verts » ? Pour les agriculteurs l’entrée dans la danse est bien tentante. Dans beaucoup de régions le ras-le-bol du monde agricole, lui aussi écrasé de taxes et peu payé au juste prix envisage très sérieusement de joindre sa voix au concert de la révolte. Jusqu’ici et encore exceptionnellement, seuls quelques tracteurs de la Coordination rurale, petit syndicat à la droite de la FNSEA ont été aperçus sur les barrages. Cependant, lundi soir plusieurs tracteurs ont défilé dans Chartres et déposé des bennes de pierres provenant de leurs champs devant le préfecture d’Eure-et-Loir.

Il suffit d’une étincelle pour que la colère déborde et éclate au niveau national. Cela pourrait être le non promulgation dans les délais d’ordonnances prévues dans la loi alimentation promulguée le 1er novembre. Issue  des Etats généraux de l’alimentation, cette nouvelle législation, destinée à recréer de la valeur  ajoutée et à enrayer la spirale de la guerre des prix, comporte deux articles emblématiques concernant les produits agricoles : l’encadrement des promotions abusives et le relèvement de 10 % du seuil de revente à perte,  (le prix au-dessous duquel les distributeurs n’ont pas le droit de vendre).  Ces deux  nouvelles dispositions  doivent s’appliquer à partir du 1er janvier. L’ordonnance qui limite les promotions devait être publiée mercredi 5 décembre.

Christiane Lambert

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), appuyée par les Jeunes Agriculteurs, a décidé de profiter du mouvement de contestation sociale pour mettre la pression sur le gouvernement. Depuis lundi soir Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a brandi la menace,  de manifestations d’agriculteurs en région la semaine prochaine car si le nouveau ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume a reconnu qu’il était pour le maintien du calendrier, il n’a pas exclu que celui-ci soit perturbé. En effet, Bercy craint que la communication sur une telle mesure n’accroisse les tensions. Pour justifier sa position, il invoque les distributeurs qui pourraient en profiter pour relancer les campagnes publicitaires dans lesquelles ils mettaient en avant les hausses de prix des biens de consommation découlant d’une telle loi ou une augmentation mécanique de ceux-ci.

Macron doit tenir sa promesse

Depuis quelques jours, la rumeur selon laquelle la date de mise en application des textes pouvait être décalée de plusieurs mois est devenue de plus en plus insistante, rumeur renforcée par l’annulation en raison des événements de la réunion prévue lundi entre Bercy, les distributeurs et les enseignes sur les modalités d’application de la loi. Le monde agricole qui  considère cette loi  comme un symbole et en attend des résultats est désormais vent debout. Au cas où ces ordonnances ne seraient pas signées à la date prévue du 5 décembre, « les paysans percevraient comme un signal désastreux que l’une des ordonnances, en l’occurrence celle sur le prix au-dessous duquel  les distributeurs n’ont pas le droit de vendre et les promotions, soit reportée. Le gouvernement ne doit en aucun cas être dupe de ceux, qui, distributeurs en tête, profitent des revendications légitimes des citoyens sur leur pouvoir d’achat pour ne servir que leurs propres intérêts », affirme la FNSEA dans un communiqué rendu public ce lundi. L’inquiétude des agriculteurs monte d’autant plus que les négociations commerciales ont commencé début novembre et doivent s’achever fin février 2019. « Emmanuel Macron doit tenir sa promesse de retour de valeur aux producteurs en panne de revenu », prévient  Christiane Lambert.

Pas sur les Champs Elysées

La FNSEA en profite pour faire valoir d’autres revendications   également prioritaires à ses yeux. Le « matraquage fiscal » et l’« agribashing » sont les thèmes centraux du mouvement de contestation qu’orchestre la FNSEA. Dans son viseur, un certain nombre de mesures prises par le gouvernement pour tenter d’accompagner l’agriculture vers une transition écologique, telle la hausse de la redevance pour pollutions diffuses, qui doit abonder les fonds pour l’agriculture bio à hauteur de 50 millions d’euros, ou la séparation de la vente et du conseil dans l’usage des produits phytosanitaires. A cela s’ajoute la volonté du gouvernement d’abandonner l’usage du glyphosate dans trois ans ce que n’accepte toujours pas de nombreux agriculteurs.

En dépit de tous ces sujets de récriminations, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a rejeté l’idée d’une présence physique de son syndicat en renfort les « gilets jaunes ». Les « gilets verts » resteront dans leurs régions respectives ce qui ne les empêchera pas de manifester, « d’être dans la rue pour dire stop à leur matraquage. Il faut que le gouvernement tienne ses promesses sir la loi d’alimentation. Il ne faut pas que le président de la République cède à la pression de certains distributeurs qui font une pression inouïe pour empêcher les ordonnances de sortir », martèle la patronne de la FNSEA. La date  de la mobilisation sera fixée ce mercredi matin.

F.C.

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