Loiret : les pompiers aussi sont en grève, mais sans mettre le feu…

Les pompiers du Loiret tirent eux aussi la sonnette d’alarme. En grève depuis lundi pour certains, à partir de vendredi 7 décembre pour d’autres, ils veulent attirer l’attention sur l’augmentation des interventions et la baisse des effectifs, entrainant des tensions dans le personnel minimum requis pour les sorties, les contraignant à des contorsions dommageables à la sécurité des interventions.

Si même les pompiers s’y mettent, à qui va-t-on confier sa vie désormais ? « En grève », « Pas content ! », « effectifs jour/nuit pas respectés »… Les slogans peints au blanc d’Espagne sur les camions rouges sont sans équivoque : ça grogne aussi du côté des sapeurs pompiers, et on a presque envie de dire que ce n’est pas le moment ! Pas d’inquiétude cependant : le professionnalisme des hommes du feu est assuré, ils sont en grève, mais réquisitionnés. Cela ne les empêche pas d’être au contact de la population, place du Martroi mercredi 5 décembre, pour une action d’initiation aux premiers secours. Un grand gaillard moustachu qui souhaite rester anonyme parle au mégaphone, attirant les badauds qui entrent et sortent du marché de noël sous la grande roue.

À l’appel de trois syndicats (SNSPP, Avenir secours, Syndicat autonome), les sapeurs pompiers ont commencé leur grève lundi dernier, d’autres s’y mettront vendredi 7 décembre, après les élections professionnelles. L’objet du coup de chauffe ? Essentiellement des problèmes d’effectifs (en baisse) qui ne permettent plus de faire face avec sécurité aux interventions (en hausse). Exemple à la caserne centrale d’Orléans : la permanence opérationnelle de jour doit fonctionner avec 18 personnels le jour et 15 la nuit. « Mais on ne tient pratiquement jamais ces chiffres » explique ce sergent-chef rencontré place du Matroi. Ce que confirme le président du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) Marc Gaudet, également président du Département du Loiret : « il manque toujours une, deux voire trois personnes ». Or chez les pompiers, tout est calibré, des tuyaux jusqu’aux interventions : il en faut toujours trois minimum dans une ambulance ; quatre dans les « engins pompes », etc. Pour venir en aide aux professionnels, les pompiers engagent depuis toujours des volontaires. « Mais eux aussi sont sur-sollicités, et on a aussi du mal à en recruter de nouveaux » expliquent les pompiers croisés place du Martroi. « Le plancher opérationnel a été fixé à 275 pompiers il y a cinq ans, lors des négociations du temps d’Éric Doligé » précise Marc Gaudet, sur 400 pompiers professionnels dans le Loiret. « Je n’ai pas en objectif de monter les effectifs, et il faudra que les dépenses liées au SDIS restent étales ; vous le savez, on fait des économies partout ailleurs, donc on ne recrute pas ».

“Ce sont des gens avec qui on peut parler”

Alors comment sortir de l’étroit tuyau sans se prendre les pieds dans les barreaux de l’échelle ? Marc Gaudet a sa petite idée, discutée avec le haut encadrement des sapeurs-pompiers : « Il faut réduire le taux d’absentéisme ». Comment ? « En limitant les sports collectifs, source de blessures ligamenteuse notamment. Des instructions seront données via le colonel commandant le SDIS ». Une mesure qui ne convainc pas vraiment les soldats du feu : « L’absentéisme, ce ne sont pas que les arrêts maladie. Ce sont aussi les temps où nous sommes en formation, ou à l’entraînement » expliquent-ils. Marc Gaudet indique également qu’il souhaite réorganiser, à l’aide du colonel Christophe Fuchs (commandant le SDIQ 45). « Nous devons re-pyramider par le bas » explique le président du Loiret et du SDIS, « en embauchant 5, 6 ou 7 pompiers de base pour repartir au bas de l’échelle ». Ceci afin de rééquilibrer les troupes actuelles, comptant beaucoup de sous-officiers types sergents-chefs, adjudants et adjudants-chefs, qui effectuent du coup souvent des tâches dévolues aux pompiers dits de base.

« Des discussions sont en cours » indique encore Marc Gaudet, « mais les effectifs à la garde plus les astreintes sont compensées par des logements en échange. Or si on lâche les logements on va vers une régression sociale, cela dit on gagnerait de quoi embaucher. Moi je suis pour la souplesse, et jeudi matin (6 décembre, Ndlr) je me rendrai à la caserne centrale d’Orléans à leur rencontre, où je m’attends à être chahuté. Mais je sais aussi que ce sont des gens avec qui on peut parler, même si le ton monte » (lire ci-dessous les revendications du Syndicat autonome).

44.000 interventions l’année dernière ; plus de 50.000 cette année

Les pompiers l’affirment : « C’est un mouvement de grogne qui a commencé il y a un mois à la caserne d’Orléans, malheureusement on n’est pas entendu. On demandait à être reçus par le directeur et le président du SDIS et on ne l’a pas été. Nous, on veut juste que nos interventions soient assurées en bonne sécurité, pour cela il faut qu’on puisse tenir les chiffres qui émanent du SDACR (Schéma départemental de couverture des risques) ». Environ 44.000 interventions ont eu lieu en 2017 dans le Loiret ; 50.000 depuis début 2018, « et l’année n’est pas terminée », conclut l’un de ceux de la caserne d’Orléans, droit dans ses bottes. Affaire à suivre donc, après la visite au pied de la planche du président Gaudet…

F.Sabourin

Le Syndicat autonome revendique aussi

Jeune syndicat de 5 ans d’existence, le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers commence la grève vendredi 7 décembre, et la poursuivra lundi 10 décembre à 10h en se rassemblant dans la rue sous les fenêtres du Conseil départemental sur Eugène-Vignat à Orléans. Parmi les revendications, celle portant sur l’application des différents recours gagnés en justice : « nous demandons à Marc Gaudet de se mettre en adéquation avec eux », explique Christophe Mauger, du Syndicat autonome, “notamment de revoir la convention avec le Samu”. Les sapeurs-pompiers sont en effet très sollicités, appelés pour tout et parfois aussi malheureusement pour n’importe quoi : + 10 % d’interventions en 10 ans, dont 40 % de secours à la personne, avec 10 % d’effectifs en moins. Et des délais d’intervention qui s’allongent, face aux problèmes de couverture opérationnelle des petits centres, fonctionnant avec des volontaires qui travaillent et ne sont donc pas disponibles H24.

Autre pomme de discorde : les astreintes, qui sont de véritables assignations à résidence, revenant à effectuer des gardes déguisées. « La personne d’astreinte doit pouvoir vaquer à ses occupations, et en cas d’appel, se rendre rapidement à la caserne pour l’intervention. Or actuellement elle doit rester chez elle. Certes, on justifie ces astreintes en échange d’un logement, mais il faut que ces astreintes soient cohérentes avec celles des pompiers volontaires ». Certains pompiers dépassent dès lors 3.000 heures par an (au lieu d’environ 2.000). 15 recours ont été gagnés depuis l’existence de ce syndicat.

 

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