Issoudun : le malt passe aussi par la transition énergétique

Une centrale solaire de 15.000 m² pour alimenter un site industriel, soit le 3e mondial dans ce domaine, tel est le projet que vient de lancer la Malterie d’Issoudun, en partenariat avec l’ADEME Centre-Val de Loire. Les amateurs de bières et whisky étaient déjà de farouches partisans du bio mais ils ne pensaient pas que cela débutait dès l’origine de la fabrication de leurs boissons favorites…

Avec son système de brulâge des déchets, la malterie a déjà oeuvrée dans le domaine des energies renouvelables.

Kyotherm Solar (futur maître d’ouvrage de la centrale, filiale de Kyotherm), Malteries Franco Suisses (filiale de Boortmalt) et l’ADEME ont signé en milieu de semaine, une convention attribuant au projet d’installation d’une centrale solaire un montant d’aides portant sur un maximum de 3,012 M€, sur un total de 6 millions d’euros, ainsi qu’une aide remboursable portant sur un montant de 531.609 €.

Sur les terrains annexes de la Malterie d’Issoudun devrait donc débuter, dès avril prochain, l’installation d’une centrale solaire thermique d’une puissance nominale d’environ 12 MW. A terme, elle fournira environ 8,7 GWh de chaleur par an, soit 1/10e des besoins en chaleur du site. Une unité qui doit faire passer de 25 % à 45 % la part d’énergie non fossile sur la structure. La nouvelle installation, lauréate de l’appel à projets « grandes installations solaire thermique de l’ADEME 1 », financée par le « fond chaleur », est symptomatique de l’importance que prend la transition énergétique dans notre quotidien. Cette centrale produira de l’eau chaude (<70°C) qui alimentera les unités de séchage d’orge de la malterie. La centrale aura une surface de capteurs cumulée de près de 15.000 m², ce qui en ferait aujourd’hui la 3e plus grande centrale solaire thermique alimentant un site industriel au monde. Cette chaleur permettra de diminuer les consommations en gaz naturel du site et réduire d’environ 2.200 tonnes les émissions de CO² par an, l’équivalent du retrait de 1.100 véhicules neufs de la circulation. En terme de rentabilité, l’amortissement des travaux devrait être lissé sur une petite dizaine d’années.

 

200.000 tonnes de graines, 160.000 tonnes de malt

Les responsables du projet ont signé la convention.

Le site issoldunois des Malteries Franco-Suisses (MFS) est exploité par la société BOORTMAL, filiale de la coopérative Axéréal, et s’est engagée, depuis 1999, dans une démarche de diminution de son empreinte environnementale. Sur place 200.000 tonnes d’orge, ou de blé, subissent le maltage pour se transformer en 160.000 tonnes de malt. L’étape suivante est à Anvers où sont centralisées les productions. Cette opération est un procédé industriel consistant à faire germer les graines et à les faire sécher avec un air chaud passant progressivement de 50°C à 85°C. Appelée « touraillage » la pratique est particulièrement énergivore. Pour l’heure, la société a déjà mis en place un système complexe de récupération de chaleur afin d’optimiser sa consommation énergétique par recyclage de l’air chaud utilisé sur le procédé industriel par des tubes en verre et la récupération sur les fumées des chaudières. Cette optimisation est également passée par l’utilisation de sources énergétiques moins carbonées avec l’installation d’une chaudière biomasse mise en service en 2013. Au total ce sont 25 % de l’énergie qui sont fournis par l’installation actuelle. L’objectif de la centrale solaire est de passer à minima, dès la fin 2019, à une fourchette de 40 à 45 %.

Un système géothermique pourrait venir en complément

Le Touraillage ne peut s’effectuer qu’à plus de 65°.

Le groupe souhaite désormais s’approvisionner en chaleur solaire thermique, une énergie locale décarbonée, dont les coûts sont prévisibles. La centrale solaire thermique assurera le préchauffage de l’air alimentant l’unité de touraillage U3 de la malterie, en aval des systèmes de récupération d’énergie en place actuellement au niveau de l’unité, et en amont des systèmes de combustion actuels. Elle sera implantée au sol dans une friche industrielle, une ancienne imprimerie, toute proche. Auparavant, une opération de dépollution, dont du désamiantage, sera réalisée. L’ensemble sera composé de plusieurs champs de capteurs solaires thermiques plans vitrés de grande surface installés sur des structures fixes. L’installation devrait assurer une totale autonomie énergétique durant la période estivale …

Par ailleurs, la malterie envisage une montée en puissance de la part d’énergie renouvelable avec l’adjonction d’un système de préchauffage par géo-thermie. Des études de faisabilité ont d’ores et déjà été menées et laissent à penser que le sous-sol berrichon peut apporter de réelles opportunités. Et comme le confirmait, sur place, les dirigeants de l’entreprise, la mise en place de tels systèmes est un signe de la pérennisation du site issoldunois…

Fabrice Simoes

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