Des gilets jaunes sans gilets jaunes au Sénat

Un étudiant de 20 ans, un historien septuagénaire, un trentenaire au chômage, une infirmière… le panel réuni par la sénatrice CRCE (à majorité communiste) de Paris Esther Benbassa et son collègue de l’Isère Guillaume Gontard était varié. À l’invitation de ces deux sénateurs, une dizaine de « gilets jaunes » ont participé mercredi après-midi au Sénat à une « table-ronde » à l’invitation de deux sénateurs écologistes, au moment même où le Premier ministre s’exprimait devant l’Assemblée nationale. Une premier entre « gilets jaunes » et élus au sein du Parlement.

Tous ont dû abandonner leur gilet jaune pour pénétrer dans le palais du Luxembourg, ce qui a crispé Christophe : « On ne peut pas entrer au Sénat avec des gilets jaunes, alors que c’est notre maison. Vous n’êtes pas nos dirigeants, vous êtes nos représentants », dit-il tout de go avant d’ironiser, « un océan de frustration lié à une dérive de la République depuis 40 ans ».

« Le premier des casseurs »

Ni porte-parole, ni représentant proclamé, chacun s’est exprimé sur son implication dans le mouvement, souvent avec émotion, parfois avec colère, en présence de plusieurs sénateurs de gauche et d’une élue centriste, Sophie Joissains (UDI du Vaucluse).

Fabien 20 ans, à Sciences Po, a « une pensée pour Amandine, camarade de lycée brillante, qui n’a pas pu faire médecine, faute de moyens. A Sciences Po, les gens sont contaminés par ce mépris qui émane de la bouche de Macron. Le peuple souhaite retrouver sa souveraineté et décider par lui-même”,  affirme-t-il sur un ton sans réplique.

Sophie, infirmière en région parisienne « s’inquiète beaucoup pour ses enfants. Je peux faire mes courses, mais plus de vacances et la peur de l’imprévu ».

Pour Bernard, septuagénaire, retraité « cette table ronde doit prouver à toute la France que le mouvement des  « gilets jaunes » reste ouvert au dialogue. Nous ne prenons pas la politique du père. Nous sommes bien autre chose que le poujadisme ou mai 68 ». « Le premier des casseurs, c’est celui qui nous gouverne, il nous casse nous », accuse Eric, maraîcher au chômage, qui vit chez ses parents.

Tiphaine une Bretonne qui a manifesté samedi dernier à Paris et qui hésite à remettre le couvert s’écrie « Que le peuple arrive dans la rue, pour moi ce n’est pas normal », puis elle interroge, « qu’est-ce que vous allez faire de tout ça? », Marie-Pierre de la Gontrie sénatrice(PS)  de Paris lui renvoie une question : “Ce que vous exprimez, c’est l’échec de ce qu’on a fait. Maintenant, comment fait-on pour que vous puissiez reprendre votre vie? » Question qui reste sans  réponse du moins dans l’instant.

Esther Benbassa reprend la balle au bond et conclut “Venir ici c’est un peu graver dans le marbre ce que vous voulez dire. Je me sens dans l’incapacité de changer les choses ».

F.C.

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