Gilets jaunes: le grand matraquage médiatique

Beaucoup de télévisions et de radios (Radio France comprise) n’échappent pas au matraquage médiatique des gilets jaunes avec multiplication des émissions spéciales  en oubliant deux choses :

– Que le mouvement des gilets jaunes attire finalement  peu de monde en France par rapport aux manifestations syndicales, professionnelles et autres qui sont pourtant largement ignorées. 

– Que le mouvement n’est pas populaire comme il est dit (en partant de sondages qui valent ce que valent les sondages – voir Bourdieu) mais que des revendications sont populaires. 

Les blocages à répétition  n’amusent pas la majorité des Français et ne font pas avancer le “schmilblic”. Mais qui est contre la hausse du pouvoir d’achat, la fin du chômage, la mort des inégalités salariales,   la lutte contre la faim dans le monde,  la suppression de la misère et la pauvreté ? Pas 80% mais 100 % des Français. Ce qui ne signifie pas du tout que les Français soutiennent le mouvement (demandez autour de vous) dont on ne sait rien ou presque. Quelle vision de la société ont ces gilets jaunes si divers sous leur uniforme ? (de l’esprit Ruffin à la droite Ultra, de l’idéologie Besancenot à la vulgate Le Pen).

Une manifestation sans  des tenues colorées,  sans des slogans larges et attrape-tout et  sans des  violences et des fumigènes  bref sans belles images n’a aucune chance d’être sérieusement relayée (le marché veut de l’audience).  300 000 personnes qui défilent dans le calme pour la suppression de la “loi travail” passent inaperçues. Pire, elles sont jugées ringardes, passéistes incapables de s’adapter à la société nouvelle. 

La complaisance et la confusion dominent. La majorité des médias et trop de militants dits progressistes n’y sont pas pour rien

 
Centre d’analyse critique de la Société 
 

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“La guerre sociale comme un grand match” *

Les gilets jaunes ou les dangers de l’apolitisme et de l’anti intellectualisme  

 
Les gilets jaunes occupent les antennes. Ne dites pas que c’est de la faute aux médias qui courent après l’audience. Les chaînes télé (et les radios trop souvent) voient la lutte sociale comme un “grand match”. Elles le commentent en continu et en direct avec l’espoir que “les esprits s’échauffent sur le terrain”
    Les citoyens et citoyennes plus nombreux lors de la manifestation de défense des droits de femmes ou de la lutte contre l’insalubrité à Marseille (12 000 personnes dans la ville) ne sont pas visibles. Le pire est de faire croire que les  gilets jaunes, ce fourre-tout, représentent le peuple.  Ils ont sans doute de l’humour et l’esprit de contradiction  : ils  revendiquent le pouvoir de circuler sans taxe en bloquant les voitures ! Ils représentent  les citoyens de base en les emmerdant tous les jours quand ils vont travailler, se promener ou rendre visite à l’un des leurs à l’hôpital. 
 

Attaquer les élus ça soulage…
  

Plus graves encore sont les discours entendus et relayés. Leur (irréel) apolitisme et leur anti intellectualisme ont de quoi inquiéter. Attaquer les élus et les élites ça soulage. Or, les élus (l’attaque du personnel politique en général) sont des citoyens de base au départ pour la plupart (venus de la société civile comme on dit). Les citoyens de base sont-ils pourris eux aussi ? (c’est fort possible y compris beaucoup de gilets jaunes). Ces élus sont-ils plus “privilégiés” que les patrons (qui n’augmentent pas les salaires) , que les M’Bappe et consorts (qui gagnent 500 à 1000 fois plus que le smicard !) et que les chanteurs et acteurs stars. Sans parler des journalistes cumulards et des animateurs et chroniqueurs obscènes à La Hanouna (prêt à tout récupérer)   La funeste critique du politique conduit toujours au pire. Les régimes autoritaires sont  des systèmes de destruction du politique. Nous en prenons le chemin au lieu de réfléchir, de travailler. A quoi sert le travail intellectuel si tout le monde (y compris des intellectuels) le discrédite au nom de l’action (enfant chéri des pouvoirs durs). 

Une politique libérale

Emmanuel Macorn et le premier gouvernement d’Edouard Philippe.

L’anti intellectualisme (anti élitisme culturel) largement relayé plait beaucoup.  Réfléchir c’est désobéir. Lançons des slogans,  détruisons la pensée, refusons de discuter en profondeur des principaux sujets :  de la  réforme fiscale réductrice des inégalités au  dérèglement climatique en passant par  la mise en cause de notre type de société.   Les gilets jaunes feignent de découvrir que Macron entouré de ses ministres de droite fait une politique économique libérale qui sert les intérêts des plus aisés (les plus modestes mais aussi la classe dite moyenne, les fonctionnaires et les retraités ne sont pas ménagés par les décisions du gouvernement).

Les prédécesseurs de Macron ont parfaitement bien préparé le terrain. Les  divers commentaires des boutiquiers Le Pen, Wauquiez, Dupont Aignan sont affligeants. Ceux des Hollande et des ministres dits de gauche  (Hamon, Cazeneuve, Royal, Hollande, Mélenchon) sont indécents. Ils portent en eux  la mort du débat argumenté, contradictoire, démocratique et honnête. 

Centre d’analyse critique de la Société 
 

* Henri Desgrange parlait de la guerre de 14-18 comme d’un grand match. 

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