Maurice, Leroy des magiciens

La démission de Maurice Leroy de son fauteuil de député UDI de Loir-et-Cher, et de toutes fonctions politiques afin de mener à presque 60 ans un « nouveau projet professionnel » (sic), prouve, si besoin était, que le Loir-et-Cher et plus largement la vie politique française vont perdre un de ses plus truculents élus. Un de ses meilleurs prestidigitateurs aussi.

Maurice Leroy, bête de scène. (c) P.A.

Finalement, la seule chose que la démarche prospective « Loir&Cher 2020 » n’avait pas prévu, lancée toutes voiles de la communication dehors par le député et président du Conseil départemental de Loir-et-Cher (Conseil général à l’époque), c’est que l’avenir du Loir-et-Cher en 2020 se ferait… sans lui, Maurice Leroy lui-même, instigateur et grand ordonnateur de la prospection. Il faut désormais faire un conséquent effort de mémoire pour se souvenir que début 2013, « Momo » Leroy (tout le monde l’appelle comme ça en Loir-et-Cher ou presque) avait noté qu’il y avait un trou d’air dans le calendrier électoral entre les élections présidentielles et législatives 2012, et les municipales de mars 2014. Qu’à cela ne tienne, la nature ayant horreur du vide, Maurice Leroy allait le combler avec « Loir&Cher 2020 », vaste démarche « prospective » censée définir les contours de la vie du département cher à Michel Delpech à l’horizon de 2020. Plusieurs raouts ont eu lieu dès la galette des rois découpée début 2013. Des invités d’honneur sont venus adouber la démarche, qui se voulait « tout sauf de la com’ » aux dires du créateur lui-même, ce dont beaucoup de monde doutait y compris chez certains de ses proches. Pour adouber le “machin”, il avait fait venir des hommes d’avenir : l’ex Président de la République Valery Giscard d’Estaing (un peu Loir-et-Chérien par alliance quand même) et Joël de Rosnay, le surfeur aux allures bostoniennes fan de nouvelles technologies et VRP des smartphones comme « prolongement de l’œil » (sic). C’était beau comme l’antique. Le tout Loir-et-Cher se pressait à ces grands-messes présidées par « Momo », qui bichait pendant que le Président Hollande se débattait avec le mariage pour tous, projet structurant et prioritaire pour la France, et les parachutages de l’opération serval au Mali… 

La démarche prospective avait tout vu, sauf ce qui se passe maintenant, depuis un an et demi : l’élection d’Emmanuel Macron profitant d’un interstice inespéré et pulvérisant les vieux briscards de la politique française au mépris de toute prospective électorale (justement). Et la démission – que le mot coûte ! – du député Maurice Leroy, quittant tous mandats locaux et nationaux, à presque 60 ans, officiellement pour – c’est lui qui le dit – « un nouveau projet professionnel » dont on ignore encore la teneur mais qui pourrait bien le conduire plus durablement en Russie afin de poursuivre sa mission du « Grand Moscou », à l’image de ce qu’il a réalisé pour le « Grand Paris ». Juste retour de l’histoire diront les mauvaises langues – il s’en trouve mais elles préfèrent garder l’anonymat allez savoir pourquoi ? – pour celui qui commença sa longue et fulgurante carrière politique comme secrétaire général du groupe des sénateurs communistes au Sénat, avant de virer au centre droit via le bureau d’un certain Charles Pasqua comme « chargé de mission », puis le MoDem de François Bayrou avant de rejoindre le Nouveau Centre et l’UDI (vous suivez ?). Un sacré magicien cet ancien représentant de boisson anisée sise sur le Vieux Port de Marseille. Capable de transformer à l’alambic le « coco » en « Momo », et de lui offrir son premier tremplin de vie politique dans le Perche Vendômois, dans le canton de Droué après avoir été élu maire du « Poislay, un village où l’on se poilait bien » et où l’élu directeur de cabinet du maire de Colombe (1991-92) y avait ses origines familiales. Désormais au « centre », Dr Maurice et Mr Leroy, comme le titrera un journaliste de l’Express dans ce qui demeure probablement un des meilleurs articles sur le personnage tout en rondeur mais aux flingues bien réglés pourra tout à loisir régner sans partage ou presque sur le Loir-et-Cher pendant 20 ans.

Ô tempora, ô mores !

Maurice Leroy, “quand j’étais ministre”. (c) FS.

Élu député en 1997 – au moment de la hasardeuse dissolution soufflée à l’oreille de J. Chirac par Dominique de Villepin – puis président du Conseil général de Loir-et-Cher en mars 2004, réélu député en 2007 puis de nouveau président du Département en mars 2011, il ne connaîtra qu’un seul échec, mais quel échec ! Les élections sénatoriales de septembre 2011, à peine six mois après sa triomphale réélection dans le fauteuil du président du Conseil général. Le 25 septembre de cette année-là se soldait la “trahison” de l’entre deux tours de la présidentielle 2007, au cours de laquelle « Momo » avait abandonné en rase campagne le soldat Bayrou incapable de trancher entre son égo surdimensionné et le compromis pour faire entrer des élus MoDem au Gouvernement. Ayant rallié Hervé Morin et son « Nouveau Centre », prêtant allégeance au candidat Sarkozy dont il avait pourtant comme le Béarnais dit pis que pendre durant toute la campagne, il perdit le fauteuil imperdable de sénateur au profit de Jeanny Lorgeoux, qui devenait, lui, sénateur-maire de Romorantin-Lanthenay. Un lion du Perche battu par un vieux lion d’Afrique et de Sologne, le tout manigancé par une lionne aux allures de Mamie Nova, dont on ne se méfiait pas assez : Jacqueline Gourault, désormais ministre de la Cohésion des Territoires, qui renvoyait la manivelle d’avril 2007… Maurice Leroy mit du temps à digérer cette défaite, assénant des coups de griffes réguliers autant que sévères à quiconque voulait remettre en cause l’ordre établi : qu’ils soient élus locaux de sa majorité (le maire de Contres Jean-Luc Brault en fit l’amère expérience), ou même parfois quelques journalistes localiers fouinant d’un peu trop près les affaires du Conseil général place de la République à Blois…

Des élections “imperdables”, et pourtant… perdues

Au meeting de Nicolas Sarkozy à Vendôme, le 8 septembre 2016. (c) FS.

Finalement, après la démarche prospective de 2013-2014, conclue par un « livre blanc » dont pas grand monde en Loir-et-Cher ne se souvient du contenu de la table des matières, tombé dans les limbes des bonnes intentions, « Momo » retrouva le chemin de la campagne, avec les élections régionales de décembre 2015, là encore « imperdables » face à François Bonneau que tout le monde – surtout à droite – disait cramé. Fort d’un attelage de la carpe et du lapin (une “soupe à l’union” L.R, UDI et MoDem soit Guillaume Peltier, Philippe Vigier, Marc Fesneau), Maurice Leroy mit tout son poids dans la balance, avec Patrice Martin-Lalande en caution Les Républicains, pour écraser l’ennemi, sur l’air du “on sera rentré pour noël”… Manque de pot, le chanoine Bonneau en avait encore sous la mule, et rafla la mise, l’attelage improbable n’ayant pas fonctionné ; la faute aussi à une communication hasardeuse réalisée par des petits marquis qui s’y voyaient déjà… Restaient dans le point de mire les législatives 2017, après la Présidentielle elle aussi imperdable. On connaît la suite. Atteint par le cumul des mandats exécutifs, « Momo » céda la place à un ressuscité revenu du diable Vauvert, Nicolas Perruchot (L.R, après lui aussi avoir flirté avec le Nouveau Centre de Morin), gardant son siège de député de son cher Vendômois lors de Législatives où La République en Marche finit d’écraser ce qui était encore du vieux monde. On se dirigeait tranquillement vers une fin de carrière peinard pépère pour Momo, jusqu’à ce que…

“Lasagne territoriale”

(c) N.D.

Profitant de la nouvelle règle sur le non cumul des mandats, il démissionne de son siège de député et le cède de facto à son suppléant Pascal Brindeau maire de Vendôme et président de l’intercommunalité vendômoise sans passer par la glissante case des urnes… Contacté par Magcentre, le futur ex député explique qu’il s’agit de “la stricte application de la loi sur le non cumul des mandats”, ce qui est vrai. Il est en revanche un peu moins prolixe sur la manœuvre préalable faite au Département, où « Momo » pousse un fidèle grognard à la démission de son poste de vice-président délégué au Tourisme, le bon docteur de Noyers-sur-Cher Philippe Sartori, pour hériter de sa vice-présidence et prétexter le non cumul des mandats pour démissionner de l’Assemblée. Cuisine politique  impeccable pour l’inventeur de l’expression « lasagne territoriale ». Rien à dire, c’est ficelé comme un roastbeef de deux livres et demi, barde de lard, haricots verts et pommes dauphines du dimanche de surcroît.

Le dernier coup d’éclat local de « Momo » des villes et Leroy des champs reste l’inauguration, le 1er février dernier, de l’espace Michel-Delpech dans le cloître du Conseil départemental de Loir-et-Cher, pour celui que ça ne gênait pas de marcher dans ma boue, qui regrettait le temps de « Chez Laurette » à Dhuizon, et à qui on « pardonnait tous les écarts »… quand il était chanteur. Peut-être est-il une autre chanson du chanteur préféré de « Momo » qui lui va encore mieux : « voilà pourquoi, ce lundi-là, il s’en allait… ». La suite au prochain numéro de prestidigitateur. C’est celui d’où sortent parfois les pigeons des manches de vestes. 

F.Sabourin

Afficher les commentaires