Gilets jaunes acte 5 : ah ça ira, ça ira… jusqu’où ?

Samedi 15 décembre, le mouvement des Gilets jaunes organisait sa cinquième journée de mobilisation nationale. Une action rejointe par le PCF et la CGT, mais qui, selon les chiffres officiels, aurait mobilisé deux fois moins de monde que le 8 décembre.

« Nous aurions été beaucoup plus, si nous avions pu y aller… ». A l’annonce des chiffres donnés par le ministère, qui comptait moins de 40 000 personnes mobilisées dans toute la France contre près du double la semaine précédente, les internautes se sont lâchés, accusant les forces de l’ordre d’avoir empêché les gilets jaunes d’être aux manifestations, notamment par les contrôles à l’entrée de Paris. Peut-être. A Orléans, ce samedi 15 décembre, ils étaient plus d’une centaine à s’être regroupés Place d’Arc pour manifester pendant plus de deux heures dans les rues, la majorité sous des parapluies. La météo n’était peut-être pas étrangère aussi à cette baisse d’effectifs.

Sous le sceau de Marianne

A Orléans, avant de partir pour leur première étape, une halte sous les fenêtres de Caroline Janvier, la députée En Marche ! de la Circonscription, les manifestants avaient tenu à respecter une minute de silence, avant d’entonner la Marseillaise. L’hymne national retrouvait ce jour-là, comme pour les mobilisations précédentes, ses racines révolutionnaires, qui ont inspiré sur le web quelques images haute en couleur, aux signatures souvent non identifiées, telle la Liberté guidant le peuple (de Delacroix) dûment habillée de gilets jaune où, à Paris, dans le cortège de l’après-midi, une « performance » de l’artiste luxembourgeoise Déborah de Robertis, jouant au « Femen » avec 4 collègues pour affronter seins nus les CRS en arborant un costume de Marianne.

A Orléans, pas de poitrines dénudées, mais des hommes et femmes de tous âges dans le cortège, chaudement vêtus, aux slogans explicites, sur banderoles ou au dos des gilets jaunes, et même quelques doigts d’honneurs bien levés en scandant « Macron démission » sous les fenêtres de la députée, où l’organisation impromptue d’un concert de klaxon en traversant le boulevard, devant la médiathèque.

Des soutiens et des revendications

Mercredi 12 décembre, les responsables départementaux du PCF, autour de Matthieu Gallois et Dominique Tripet, avaient annoncé que leur parti se disait solidaire du mouvement. « Leurs revendications, c’est ce que nous proposons depuis des décennies », disaient-ils en annonçant des actions significatives dans les jours à venir, telle une manifestation le jeudi sous les fenêtres de Caroline janvier, ou la participation à la journée de revendication interprofessionnelle du vendredi 14 décembre. « Nous comprenons leur action, et sommes à leurs côtés » insistaient-ils, sans donner d’échéance à ce soutien, sinon un espoir de victoire.

Car la question que tout le monde peut se poser, indépendamment d’une hypothétique « trêve de Noël », que d’aucuns gilets jaunes radicaux n’envisagent même pas, c’est « jusqu’où cela va-t-il aller ? » Vont-ils s’essouffler, ou passer à des actions autres que des blocages, barrages filtrants et autres occupations de ronds-points ?

En région centre, ce samedi 15 décembre, on comptait encore des blocages à Châteauroux et Blois, sur les autoroutes, ou des actions à certains ronds-points, comme à Amilly ou Briare. A Paris, les quelques milliers de personnes rassemblées, après les annonces du chef de l’Etat concernant plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat et la suppression de la hausse de la taxe sur le carburant, bien que constatant des défections dans leurs rangs au fil des semaines, ont changé de ton, délaissé certaines revendications économiques, et mis l’accent sur des demandes plus politique, telle que la mise en place de Référendums d’initiatives citoyennes (R.I.C), comme il existe dans d’autres pays européens. Un moyen de court-circuiter les élus et le gouvernement, qui correspond, en fait, à une demande de plus de démocratie directe, autre revendication soulignée par le PCF, favorable à une 6e république.

Le R.I.C, c’est un moyen de pouvoir créer ou modifier une loi sans passer par le Parlement ni le gouvernement. « Pour être valable, et pour voir les lois promulguées, le RIC nécessiterait 7000 signatures de citoyens. Soit 1,5% des inscrits sur les listes électorales », précisent les spécialistes, se souvenant aussi qu’en 2017, les candidats à l’élection présidentielle Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon se déclaraient favorables à des mesures similaires.

Cette semaine, à Briare, certains Gilets Jaunes ont demandé à rencontrer les 6 députés du département, et que l’entretien soit filmé. Dans le cortège orléanais, ce samedi 15 décembre, le R.I.C n’était pas la revendication principale, mais plutôt la démission du président, scandée régulièrement. Mais comme la majorité des participants, certains arborant des casques gaulois ou des drapeaux corses ( !) n’a pas l’intention de lâcher prise, cela arrivera peut-être. En attendant, une nouvelle action est prévue, avec le soutien de la CGT, mardi 18 décembre, à 10h30 au Pôle 45, à Saran.

Jean-Luc Bouland.

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