Marche des Oreilles : le gouvernement sourd aux appels blancois

Après seize jours de périple à travers la région Centre Val de Loire, les Blancois de la Marche des Oreilles sont arrivés hier à Paris pour continuer à réclamer une écoute attentive sur une nécessaire réouverture de leur maternité.

300 personnes ont défilés pour la dernière étape de la marche

Après 16 jours passés sur les routes et chemins de la région Centre Val de Loire, environ 380 km parcourus entre le Blanc et la capitale pour la Marche des Oreilles, les opposants à la fermeture de la maternité du Blanc espéraient apporter une bonne nouvelle pour leur arrivée à Paris. Rien de tel, hier, pour leur dernière étape, au contraire. Quelques jours plus tôt, ils ont appris qu’après la maternité, c’était au tour de la chirurgie d’être partiellement remise en question avec une proposition de fermeture du plateau technique les week-ends. A nouveau, pour les personnes réunis à l’occasion de cette initiative imaginée par le collectif C pas demain la veille, une preuve du mépris du gouvernement et de l’ARS (Agence régionale de santé) Centre – Val de Loire envers les habitants des territoires ruraux.

Après les Servantes écarlates, les oreilles, deuxième symbole de leur lutte

En effet, vendredi 14 décembre, une délégation de six personnes de leur comité avait, après des mois de demande, enfin pu rencontrer Anne Bouygard, directrice de l’ARS à Orléans, dont Claire Moreau. « On a eu un tout petit peu de temps pour faire nos propositions, notamment d’avoir une mission d’appui aux conditions de réouverture. On propose d’être un site pilote, expérimental parce que ces fermetures vont se passer partout en France, il n’y aura plus de petits plateaux techniques. Mais, il faut bien réfléchir à comment accoucher les gens dans nos territoires et les soigner. Mais, non, ce n’est pas possible pour eux. Ils nous ont dit qu’en janvier, ils allaient présenter de nouveaux projets pour l’hôpital Châteauroux – Le Blanc, des choses très intéressantes. Mais le soir, on apprend par le comité de défense de la maternité du Blanc qu’a priori, ils sont déjà en train de fermer la chirurgie le week-end. Ils nous bernent. Pour le moment, on n’a pas entendu de propositions constructives. C’est fermé. C’est tout. » Mais pour eux comme pour l’ensemble des élus et des habitants du bassin de vie, hors de question de s’arrêter sur cette affirmation. Une assemblée générale extraordinaire du comité de défense du centre hospitalier du Blanc est d’ailleurs prévue, mardi 18 décembre, à 18 h 30, salle de la Libération au Blanc. « Le Blanc demande le divorce » annonce ses membres sur le page Facebook. Comme au cours des cinq derniers mois, leur détermination reste intacte pour demander le retour de l’ensemble de leurs services hospitaliers. Raison qui les a conduit à se retrouver presque 300 à Paris hier.

Devant la mairie du 14ème, les manifestants ont entonné́ leurs chants

Dès 4 h du matin, deux cars avaient pris la route au départ du Blanc en direction de Paris pour rejoindre les marcheurs. Après un premier rendez-vous à Arceuil, marcheurs, Blancois, sympathisants et Berrichons installés à Paris ont rejoins la mairie du 14ème arrondissement, dont la maire, Carine Petit, elle-même berrichonne, est membre du mouvement Génération.s de Benoit Hamon. L’ex candidat à la présidentielle était d’ailleurs présent pour continuer d’afficher son soutien aux manifestants (il était venu les voir lors de l’occupation de la maternité), tout comme Raphaël Glucksmann, fondateur de Place Publique, deux militantes du NPA ou encore des membres de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités.

Arrivée à la mairie du 14ème, après 16 jours de marche

« L’ARS est dangereuse pour nos territoires ruraux, les mamans, les enfants et la vie locale. C’est le symbole d’une technocratie qui nous dénigre » s’est rapidement indigné Laurent Moreau, membre du collectif C pas demain la veille.

Le cortège dans les rues de Paris était encadré par les forces de l’ordre

Sur le perron de la mairie parisienne ont ainsi été évoquées les risque de la politique nationale en matière de santé public dans les territoires ruraux, mais pas seulement, dans les grands centres urbains, en banlieues et dans de plus petites villes également, à l’image de Vierzon. Huit membres de l’intersyndical du centre hospitalier ont d’ailleurs participé à l’ensemble de la journée. « Nous sommes solidaires de leurs actions car nous sommes également menacés de fermeture, la maternité, la pédiatrie et la chirurgie. C’est la proposition de notre directeur pour répondre aux exigences budgétaires, expliquent-ils d’une même voix. Nous étions en grève de juin à novembre, 145 jours de mobilisation et 45 jours d’occupation. Nous sommes aujourd’hui dans l’attente du projet que la direction et l’ARS doivent nous faire parvenir. » A Arcueil, le maire Christian Motairie, présent tout une bonne partie de la journée, se sent aussi touché par cette problématique d’accès aux soins. « Nous assistons à un regroupement de chaque spécialité dans un seul gros centre, plutôt qu’elles soient représentés un peu partout, ce qui en complique l’accès pour de nombreuses personnes. Les questions se posent différemment, mais nous sommes face aux mêmes pratiques d’économie à court terme. Dans quelques années, on se rendra finalement compte que ça coûte en fait plus cher. »

Après les prises de paroles, le cortège a repris, à travers le 14ème et 7ème arrondissement, aux abords de Montparnasse et des Invalides. Objectif : pouvoir déposer leurs oreilles à l’Elysée, une façon symbolique de se faire entendre par Macron.

Un cordon de gendarmes mobiles a stoppé les manifestants

A quelques centaines de mètres de la Seine, plus d’un kilomètre de leur but, le long de l’esplanade des Invalides, le cortège d’environ 300 personnes a été stoppé net par une importante ligne de gendarmes mobiles (une vingtaine de fourgons ont été mobilisées). Sans agressivité, mais fermement, ils ont fait comprendre aux manifestants que leur défilé s’arrêtait là. Un petit groupe a toutefois réussi à rejoindre la bouche de métro à quelques mètres pour porter quelques oreilles jusqu’au palais de l’Elysée, avec succès. Aujourd’hui, deux rencontres attendaient les opposants à la fermeture. A 10 h était prévu un rendez-vous avec des membres du CESE (Conseil économique, social et environnemental), la troisième chambre représentative du pays dont le pouvoir est seulement consultatif. A 18 h, un conseiller auprès d’Agnès Buzyn, Ministre de la santé, les recevra à son tour. Les opposants sont toujours dans l’attente d’un signe du côté de la présidence à laquelle une lettre a pourtant été adressée après un premier contact intéressant lors du diner des maires de France à l’Elysée le 21 novembre dernier.

Morgane Thimel.

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