Promenade de santé à la Prison d’Orléans

Ce week-end était le dernier pour profiter d’une visite guidée inédite et se plonger dans l’univers carcéral de la maison d’arrêt d’Orléans. Fermée en 2014 et désormais acquise par la Ville, elle sera bientôt démolie et transformée en centre aqualudique. Visite rapide et exceptionnelle derrière les portes du pénitencier…

Ici, pas d’île-forteresse sur un rocher dans la brume d’une célèbre baie californienne. Pas de tour de mirador perchée à 30 m de haut. Aucune évasion spectaculaire ni de célèbres prisonniers à mentionner… « Une prison qui n’a rien d’exceptionnelle, une comme il y en a une centaine en France, annonce notre guide… Fermée en 2014 et rachetée par la Ville d’Orléans en novembre dernier pour construire un centre aqualudique avec vagues à surf et nage à contre-courant ». Une visite immersive inédite de 45 minutes proposée par l’Office de Tourisme avant sa démolition, pour prendre la mesure d’une vie de détenu. Comment ? En jouant ! En jouant à s’imaginer que nous sommes des futurs détenus, suggère la guide. Et le parcours commence.

À quatre dans 10 m2

Passé le bâtiment administratif – passage obligé par le greffe où le détenu passe du statut de « écroué » à « en détention » – se dresse l’imposant bâtiment principal. Petite précaution suggérée : « des masques sont à disposition de ceux qui auraient les poumons fragiles… Les fientes de pigeons, c’est acide ! » 

Construit en 1896, la prison court sur deux étages dans une extrême vétusté, autour d’une lanterne (salle circulaire de surveillance) distribuant des couloirs de cellules en rayons : « un principe qui viendrait de Pennsylvanie ». De 105 places, elle sera agrandie mais pas encore suffisamment puisqu’elle ira jusqu’à accueillir 300 détenus : « aux 3 lits superposés, s’ajoutera souvent un matelas par terre… Les détenus se retrouvant alors plus souvent à 4 dans 10-12 m». Et chaque type de détenu ses quartiers : les mineurs (13-18 ans) d’un côté au rez de chaussée, les femmes de l’autre dans une zone « plus chaleureuse, avec, imaginez, de la couleur, des cadres aux murs, des plantes, du carrelage au sol. Certaines détenues accouchaient en prison et gardaient leur enfant jusqu’à 2 ans, il fallait un endroit un peu plus gai ». Les hommes à l’étage. Et à l’isolement ceux qui ne devaient pas être mêlés aux autres dans une cellule spartiate au mobilier scellé.

Enfilade des cellules sur deux étages. ©EB/MagCentre

Privés de liberté mais pas de droits

En dehors des cours « encagés » pour prendre l’air, d’un gymnase et d’une salle de ciné où hommes et femmes ne se croisaient jamais, des ateliers pour travailler (collage d’enveloppes, tri de verres…), d’un terrain de sport « où certains arrivaient à communiquer avec des proches dans l’immeuble d’en face », les détenus pouvaient se former notamment en s’exerçant sur un simulateur de conduite pour passer leur permis. « C’était aussi la chance pour certains d’apprendre à lire, écrire et compter, d’assister à des conférence d’universitaires. Un détenu a même écrit sa thèse ici ! ».

De l’O pour perpet’

La détention laissait le temps aux détenus de laisser libre cours à leur imagination. ©EB/MagCentre

Dimanche 6 janvier aura été la dernière occasion de pénétrer dans cette maison d’arrêt. Un autre destin s’ouvre au 12 775 m2 d’emprise du site qui, jusqu’en 2020, deviendra un champ de manœuvres pour construire le tout nouveau complexe aqualudique d’Orléans, baptisé L’O par les Internautes. « Et pour garder un lien avec l’ancienne prison, une fresque de nageurs, dessinée par un détenu, sera préservée et intégrée au nouveau bâtiment », conclut la guide. De la flotte pour perpet’ !

Estelle Boutheloup

Commentaires

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  1. J’ai été très contente d’avoir pu visiter cette maison d arrêt
    Dommage qu’il faisait sombre et une visite un peu rapide
    Ceci dit j’ai apprécié
    Merci a la ville d Orléans

  2. Bonjour,
    Les travaux n’allant certainement pas débuter dès ce lundi, serait-il envisageable que de nouvelles visites soient mises en place par l’ot ?
    Malgré ma précipitation, il n’y avait plus du tout de place pour celles programmées et aucun système de liste d’attente. Apparemment l’intérêt était grand… dommage si rien de plus ne peiut être organisé. Merci de votre relais.

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