On n’est pas sorti de l’auberge

Nous venons de vivre l’acte 9 des gilets jaunes. A quand l’acte 10, l’acte 11…… ? Force est de constater que les relations entre les gouvernés et les gouvernants sont loin d’être au beau fixe ? Doux euphémisme. Sur ce sujet, du moins tout le monde est d’accord. Par contre, sur la voie à suivre pour retrouver la paix commune, sur les moyens de sortir de la crise majeure que traverse notre pays le consensus est loin de se dessiner.

Comment vont s’organiser les grands débats?@archives.

Le peuple demande plus de démocratie participative au sein d’une démocratie représentative mise à mal. Samedi après samedi, dans le désordre, travaillés  par une masse improbable de fake news et des thèses complotistes qui circulent sans contrôle sur les réseaux sociaux, les gilets jaunes disent leur rejet des responsables politiques avec en priorité une détestation du président de la République .  En d’autres termes, acculés par une souffrance depuis longtemps emmagasinée, ils veulent reprendre le pouvoir de décision parce qu’à leurs yeux ceux qui ont été élus ne savent pas l’exercer. Au plus fort de la mobilisation, les gilets jaunes ne dépassaient pas les 300 000 mais ils avaient le soutien de la grande majorité de la population. Malgré la lassitude, ils ne l’ont pas perdu, loin de là, les sondages en témoignent.

Le Grand débat

Pour calmer le jeu et apporter des réponses le gouvernement a annoncé un grand débat du 15 janvier à la mi-mars. Le top départ sera donné la veille par une lettre d’Emmanuel Macron à tous les Français, publiée dans la presse et sur les réseaux sociaux.  François Mitterrand et Nicolas Sarkozy en campagne présidentielle ont adressé une lettre aux électeurs. Aucun président en exercice ne s’est livré à cette démarche.

Ce jeune président est arrivé au pouvoir il y a dix-huit mois en annonçant la fin de l’ancien monde et le voilà qui organise dans tout le pays un débat autour de cahiers de doléances. Plus ancien monde on ne fait pas mieux ! Il y a 230 ans Louis XVI consultait de la même manière et pendant trois mois le peuple de France très en colère contre l’excès de taxes et de charges et contre les privilèges de la noblesse et du clergé.

Aborder tous les sujets?

Lundi on saura avec exactitude ce que propose avec exactitude Emmanuel Macron. On sait déjà que tout le monde pourra organiser un débat à condition de s’être inscrit au préalable sur le site Granddebat, qu’une centaine de citoyens par région seront tirés au sort pour participer à  des conférences et analyser ce qui remontera des débats . Les maires se sont engagés à faciliter la tenue des débats et l’ouverture de cahiers mais rien de plus. Des lobbys de toutes sortes vont-ils saisir l’occasion pour tenter d’imposer leur point de vue ? Quelle sera la participation ? Les gilets jaunes qui ne font confiance ni aux politiques, ni aux médias, ni à la justice alors participer…. Sera-t-il possible d’aborder tous les sujets ? Déjà  dans le gouvernement des voix se sont élevées pour récuser l’immigration, le mariage pour tous, la peine de mort…, Quatre thèmes ont été retenus par le gouvernement : mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer ; rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive ;faire évoluer la pratique de notre démocratie ; rendre l’Etat et les services publics plus proches des Français et plus efficaces.

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno, présidente de la Commission  nationale du débat public mandatée par le premier ministre pour mettre en place la concertation attaquée sur son salaire (14666 euros bruts) a jeté l’éponge. Un couac avant même que ce débat d’une ampleur sans égale dans notre pays peu habitué au dialogue et à la concertation qui ne soit mis en place.

Mais une véritable inconnue demeure. Quel sera l’après débat ? les Français estimeront-ils avoir été entendus ou pas pris au sérieux. La marginalisation des corps intermédiaires susceptibles de mettre de l’huile dans les rouages renforce le face à face entre le sommet jupitérien et la base très en colère peut aussi mener à un dialogue de sourd autant dire que l’on n’est pas sorti de l’auberge.

Françoise Cariès

 

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