De belles acquisitions enrichissent les collections du Musée des Beaux-Arts d’Orléans.

Histoire d’art , histoire d’âme. C’est d’une manière souriante, enthousiaste et posée qu’Olivia Voisin, conservatrice des musées orléanais affiche une légitime sentiment  sensible et scientifique du devoir accompli.  En effet, ce fut une bonne année 2018 côté enrichissement des collections grâce à diverses acquisitions. Dès le début d’une rencontre au Musée des Beaux-Arts, Olivia Voisin s’empresse de saluer l’action de l’Association des Amis des Musées d’Orléans qui ont permis l’acquisition d’une dizaine d’œuvres grâce à un investissement de plus de 31.000 euros. 

Olivia Voisin, directrice des Musées d’Orléans

Signalons du reste que cette association a publié en direction de ses adhérents une passionnante publication de rentrée où l’on découvre entre autres le “Violon cubiste” de Pierre Roger, huile de 1930,  mais aussi le groupe de Bacchus en biscuit de porcelaine issu de la manufacture Gerault d’Areaubert, ainsi qu’une rencontre avec Olivia Voisin, la présentation du nouveau conservateur adjoint Corentin Dury, ou en encore un papier de René Franck  sur la danse et les arts plastiques. Bref, un document qui mériterait d’être mis entre toutes les mains des amateurs d’art.

Trente-cinq nouvelles œuvres pour le Musée , sept pour l’Hôtel Cabu

Mais ce sont au total  trente-cinq nouvelles œuvres acquises pour le Musées des Beaux-Arts, et sept pour l’Hôtel  Cabu, pièces  qui  figurent déjà aux cimaises ou dorment pour un temps dans les réserves avant la réouverture en janvier 2020 de la salle du XIXe,  qui ont été acquises en 2018. A noter, autre bel événement que la toile “La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc”, œuvre de Georges Matthieu réalisée en 1982 et qui se trouve au centre municipal sur le palier du bureau du maire d’Orléans,  est désormais devenue propriété imprescriptible et inaliénable du musée.

La délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc Georges Matthieu

Faut-il voir dans le choix des acquisitions la signature d’Olivia Voisin? Réponse patrimoniale de cette dernière:  ” La collection est riche depuis 1825, année  où  le musée se constitue à partir de dons des Orléanais, ce qui est une chose unique en France. Nous savons au fil du temps d’où viennent les œuvres,  suite à des dons,  des legs ou à des acquisitions audacieuses comme celle du  Saint-Thomas de Velasquez en 1835. Aujourd’hui, acheter le Desfriches par Perronneau  n’est pas de savoir combien ça coûte mais comment on va le ramener à la maison. De fait c’est une commission interrégionale  qui se prononce sur l’intérêt de l’acquisition soumise. La collection est le reflet d’une longue histoire qui commence au XVIIIe et devant laquelle il nous faut rester modeste.”

A la recherche de la Flore de Batoni

Bacchus ou l’automne Batoni 1770


Très joli est entre autres la venue  de deux nouvelles toiles complétant la belle collection italienne  du XVIIIe, à savoir “Céres ou l’été” et “Bacchus à l’automne“, deux toiles de Batoni de 1770 qui entourent désormais “Vulcain ou l’hiver” , toile du même artiste. C’est à la galerie parisienne Canesso que le musée a pu acheter ces deux nouvelles œuvres  avec l’aide du  legs Guillaux et du Fonds du patrimoine. Reste que ces trois toiles font partie d’un ensemble intitulé “Les quatre saisons” et que le printemps, sans doute une évocation de Flore,  manque encore à l’appel. Où cette quatrième œuvre peut-elle se trouver, en France, à l’étranger, dans un grenier ou peut-être disparue ? Patience et longueur de temps vont être convoquées pour retrouver sa trace.
Olivia Voisin: “Je ne sais pas quand nous la retrouverons mais j’espère avoir le plaisir de l’accueillir ici. Même Vulcain semble en train de réfléchir où elle peut bien se trouver”.

Croire à des œuvres vibrantes, des présences à l’aura naturelle

L’Évasion du prisonnier (scène tirée de Raoul, sire de Créqui), France


Historienne  de l’art partageant volontiers ses coups de cœur pour “Renaud et Armide” de Lama Giovanni Battista (1710), pour “L’évasion du prisonnier“, scène tirée de Raoul sire de Crequi peinte en 1833 par Alexandre Evariste Fragonard, ou encore interpellé, surtout par les temps qui courent,  par la toile de Luca Giordano représentant “L’ignorance brûlant les livres” (XVIIe), Olivia Voisin aime à nouveau, au fil de la visite,  revenir surtout sur le sens de son action: Encore une fois ce n’est pas que notre goût qui compte, nous ne sommes que des serviteurs des collections,  de ces tableaux qui ont beaucoup baroudé et mènent enfin ici une vie tranquille.  
Acquérir des œuvres est une affaire d’évidence, de rencontres,  et du sens de savoir saisir une opportunité. Je crois surtout dans la vie des œuvres comme si elles étaient vibrantes.  Il s’agit de ne pas oublier que toute l’âme des collections émanes des gens qui les ont aimées. Toutes les œuvres sont chargées de l’empathie de leurs anciens propriétaires. Elles sont des  présences et chaque œuvre a une aura naturelle. Moi je parle au tableau. Essayez, et vous verrez qu’il va vous répondre. Il n’est pas une manière inerte, il a son propre langage.
En vérité, nous avons un devoir de mémoire et le devoir de trouver les moyens pour monter ces œuvres car notre mission est d’étudier, de conserver, de restaurer, d’acquérir et de diffuser auprès du plus large public.”

“Renaud et Armide” de Lama Giovanni Battista (1710)

 
Et dans les réserves du musée , Olivia Voisin présente  avec bonheur et passion une œuvre de Eugène François Marie Joseph Deveria représentant Jeanne d’Arc à Vaucouleurs, une toile empreinte d’intimité et de tendresse. Olivia Voisin: “Deveria a peint cette œuvre en 1826, c’est à dire à l’époque, au moment même où on ne considère plus seulement Jeanne d’Arc comme une jeune fille pieuse, mais comme une héroïne romanesque”.
 
Jean-Dominique Burtin
 

Dans les coulisses de l’acquisition d’une toile de  Matthieu

Grace aux réserves précieuses des Archives municipales d’Orléans volontiers mises au service des Orléanais, tout un chacun peut avoir accès à une délibération du conseil municipal d’Orléans du 25 juin 1982 lors de laquelle est proposée,  pour rehausser le hall d’accueil du nouveau centre municipal, la commande d’une toile au peintre Georges Mathieu , une œuvre  de près de quatre mètres sur sept ayant pour thème La libération d’Orléans par Jeanne d’Arc. Régine Pernoud, directrice du Centre Jeanne d’Arc souligne alors les qualités de l’artiste : “Il est à la fois le peintre le plus familier du public (voire la pièce de dix francs) et le seul qui, résolument non conformiste, a été accepté par l’Institut.”


Le prix d’acquisition est alors fixé à 200 000 F. La fondation Mitsuokoshy, à l’occasion d’une exposition de l’œuvre à Tokyo participera à cette acquisition. Dans un courrier en date du 9 juillet 1982, Jacques Douffiagues, alors maire d’Orléans,  informe le maître que le conseil municipal a approuvé sa proposition, qu’il lui commande ainsi l’œuvre, et ajoute que David Ojalvo, conservateur du musée d’Orléans souhaiterait que son nouvel établissement qui sera inauguré le 7 mai 1984 puise accueillir des esquisses de l’œuvre johannique dans ses collections.

Une leçon de peinture en réponse …

Georges Matthieu répond, dans une lettre datée du 28juillet 1982. “Je suis bien désolé de ne pouvoir accéder à votre vœu. C’eut été bien volontiers. Je n’ai jamais depuis trente ans fait d’esquisses préparatoires à aucun de mes tableaux. J’ajouterais que l’improvisation totale et à la fois la caractéristique et la gloire de l’abstraction lyrique telle que je l’entends (…). Faire une esquisse est une démarche classique typiquement occidentale et cartésienne. Saint-Augustin – peut-être parce qu’Africain – avait compris les privilèges de l’élan dans la création : “spiritus intus alit” pourrait être ma devise. C’est cet esprit d’intuition et de spontanéité, refoulé par le labeur cher à Boileau mais aussi par l’intelligence et la réflexion qui apparaît être la meilleure part de l’homme dans ses tentatives de s’égaler à Dieu, et c’est aussi cette dimension du cœur qui me fait répondre si réciproquement à vos sentiments si cordiaux”.
Ainsi l’œuvre de Matthieu figurera bien aux cimaises du centre municipal, mais il n’y aura pas d’esquisses au musée. Reste que depuis 2018, même si elle demeure exposée  au centre municipal d’Orléans la grande toile du peintre est désormais désormais inscrite à tout jamais à l’inventaire du musée des Beaux-Arts de la cité.

JDB

 

Originally posted 2019-01-19 15:25:09. Republished by Blog Post Promoter

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