Quand la chanson se souvient de la Shoah

De la variété à l’émotion

Bien sûr la chanson, art populaire s’il en est, est porteuse de l’histoire des gens qui l’écrivent ou qui la chantent, et même si ce n’est que rarement son sujet principal, la mémoire sociale et historique s’y inscrit au détour d’un couplet ou d’un refrain. Alors, s’il semble pertinent de revisiter la chanson française autour de la mémoire de cet événement singulièrement marquant de notre histoire récente que fut la déportation et l’exécution de 76.000 Juifs de France, Hélène Mouchard-Zay, fondatrice et longtemps présidente du CERCIL Musée Mémorial des enfants du Veld’Hiv,  dans un long mais nécessaire préambule, nous rappelle cette histoire d’une mémoire, la mémoire de la Shoah, qui depuis l’omission de l’immédiate après guerre a du se construire par un travail historique acharné pour établir la réalité de ces crimes perpétrés en France avec l’aide d’un gouvernement plus que complice.

C’est l’histoire de cette mémoire que nous raconte cette traversée de la chanson française depuis “le Vel d’Hiv” d’Yves Montand de 1948 à la gloire de ce lieu populaire, omettant tragiquement qu’il fut aussi, cinq ans auparavant, l’antichambre inhumaine de la déportation pour des milliers d’hommes de femmes et d’enfants juifs.

“La musique, c’est traduire du silence”

Cette citation du poète Joë Bousquet trouve un écho particulier dans ces chansons qui portent toutes la cicatrice de la Shoah et qui l’évoquent comme une souffrance diffuse et permanente, même s’il faut en parler sans encore en dire le nom comme dans la ô combien puissante et douloureuse chanson de Jean Ferrat “Nuit et brouillard” qui, dans le consensus mémoriel de 1963, raconte la déportation sans parler des Juifs, lui dont le père est mort à Auschwitz.

Et puis comme la reconnaissance de la Shoah s’affirme notamment par le film de Claude Lanzmann en 1985, la chanson laisse place à des paroles plus précises dans la blessure comme dans la dénonciation. De la très ironique “Yellow Star” de Gainsbourg qui fut enfant caché pendant la guerre, à la provocation de “Avec les Juifs” de Pierre Selos ou à l’évocation de la vie d’avant de “la rue des Rosiers” de Sylvain Reiner, chaque chanson pose une mémoire originale de la tragédie,  avec une émotion irrépressible quand Lila interprète la chanson “Mon enfance” de Barbara, elle aussi enfant caché.

Lila Tamazit

Le projet musical est, quant à lui, riche et complexe tant les registres et les interprètes de ces chansons originales, choisies parmi beaucoup d’autres, peuvent être différents dans leur style et dans leur écriture.

Nos quatre interprètes réussissent ce brillant grand écart qui va de Pia Colombo à Jean Jacques Goldman, en nous proposant des versions plus personnelles de ces chansons dans le respect de leur écriture musicale, le spectateur est partagé entre l’émotion de ces textes et un plaisir musical qui font de ces chansons plus que des chansons.

GP

“Quand la chanson se souvient de la Shoah”

Voix: Valérian Renault, Lila Tamazit
Piano Guitare: Eric Amrofel
Accordéon: Fred Ferrand

Le 22 janvier 2019 au Théâtre d’Orléans

CERCIL /Loges Productions

 

Le programme

Nuit et Brouillard, paroles et musique Jean Ferrat.

La Rue des Rosiers, paroles Silvain Reiner, musique Joël Holmès.

Mon Enfance, paroles et musique Barbara.

La Petite Juive, Paroles et musique Maurice Fanon.

Yellow Star, paroles et musique Serge Gainsbourg.

Comme Toi, paroles et musique Jean-Jacques Goldman.

Avec les Juifs, paroles et musique Pierre Selos.

Maréchal, paroles Georges Coulonges, musique Jean Ferrat.

Bravo, paroles Claude Lemesle, musique Gilbert Bécaud.

Anne, ma Sœur Anne, paroles et musique Louis Chédid.

Le P’tit Train, paroles Catherine Ringer, Fred Chichin, musique Marc Fontenoy.

La Bête est revenue, paroles et musique Pierre Perret.

L’Etoile, paroles Eric Marty, musique Franck Marty.

Le Petit Grenier, paroles et musique Anne Sylvestre.

Fatigué, fatigué, paroles François Morel, musique Reinhardt Wagner et Antoine Sahler.

 

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