Vanik Berberian : « le grand débat est une chance inédite »

Vanik Berberian, président de l’association des maires ruraux de France, maire de Gargilesse, petite commune du sud de l’Indre, a fait remonter il y a quelques jours les cahiers de doléances et mise maintenant beaucoup sur le Grand débat pour faire ressortir les attentes des citoyens français.

Vous avez fait remonter les cahiers de doléances au Président, comment cela s’est-il passé ?

Vanik Berberian et l’association des maires ruraux de France ont été à l’initiative des premiers cahiers de doléances dans les mairies. (photo DR)

Après que les cahiers soient remontés auprès de l’ensemble des préfets de France, on en a fait la synthèse que l’on a apporté au Président de la République et aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’accueil a été très chaleureux et attentif. On me pose souvent la question si Emmanuel Macron m’a semblé sincère. Je ne peux pas répondre, il n’y a que lui pour savoir. Mais, de notre point de vue, il ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Il va falloir qu’il en tienne compte d’une manière ou d’une autre et réponde à un certain nombre de choses, notamment à la révision de la loi NOTRe qui, pour nous, est quelque chose qui pose un gros problème. Après, les questions d’ordre économique, politique, sociétal dépassent le cadre de nos compétences. C’est de leur responsabilité de trouver des réponses.

Comment traduire en action les demandes des cahiers de doléances ?

Les gens ont fait un état des lieux de ce qu’il avait sur le cœur. La question de la fracture sociale revient beaucoup, la fracture territoriale, les questions de fiscalité et d’inégalité face à la fiscalité… certains ont fait des propositions. Mais maintenant, il appartient au gouvernement de tirer les conclusions de tout ça. Cela s’ajoutera d’ailleurs au Grand débat. On verra ce qui sera abordé et après quel usage il en sera fait. La question des territoires ruraux et le mécontentement des personnes sont des sujets dont on parle depuis longtemps et qui progressivement a pris de l’ampleur avec la mobilisation. Nous, maires ruraux, on a absolument pas été surpris parce que ça fait au moins quinze ans que l’on prévoyait ce qui est en train de se passer.

Quel est le rôle des maires ruraux en ce moment ?

C’est de faciliter l’expression, ce que l’on a fait dès le début. On a pris en considération le fait que les gens avaient besoin de s’exprimer et ça s’est révélé exacte. Donc, pour nous, le but n’est pas tant d’animer des débats. Ça, c’est à chacun, peut être un maire ou aussi n’importe quel citoyen, de le faire. Par contre, nous devons mettre en forme les réponses logistiques pour que ce débat puisse avoir lieu. C’est à dire mettre des salles à disposition gratuitement, etc.

Que pensez-vous de cette nouvelle forme de démocratie participative ?

Ça pose des questions beaucoup plus larges que la démocratie participative, c’est la question de la crédibilité de la parole politique. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est pas le résultat d’un an et demi de Macronisme, mais de trente ans où les alternances politiques n’ont pas été capables de résoudre ni la fracture sociale, ni la fracture territoriale. C’est une question de fond. La démocratie participative et la démocratie représentative sont deux formes. Chacune a ses avantages et je pense que les deux sont nécessaires. Il faut pouvoir les utiliser à bon escient. Mais, la démocratie représentative souffre un peu d’avoir été assez insensible à ce que les citoyens pouvaient demander. C’est quelque chose qui doit changer, sinon, on sera toujours dans ses situations de conflits graves. C’est une situation inédite. Je pense qu’il faut que les politiques fassent leur examen de conscience ainsi que l’Etat, pour savoir s’il n’a pas une part de responsabilité. C’est une situation inédite qui nécessite des réponses inédites.

Pensez-vous que la liste Gilets jaunes aux Européennes puisse apporter une solution ?

C’est de l’écume et ce n’est plus un sujet. Les Gilets jaunes sont d’abord très peu nombreux et il n’y a pas « les Gilets jaunes », il y a une diversité de Gilets jaunes. La question, le vrai sujet, ce sont les citoyens, avec ou sans gilet. Le mécontentement a des racines très profondes que les Gilets jaunes ont révélées. Et d’ailleurs, leur mouvement a fonctionné puisque l’Etat a été obligé de lâcher sur certains points. Mais, c’est la manifestation de quelque chose et il vaut mieux s’intéresser aux causes, la motivation de la situation qui est liée à l’incapacité du politique à répondre aux problèmes des citoyens. Ça fait trente ans, quarante ans que collectivement, nous ne sommes pas capable de réduire ces fractures et aujourd’hui, on en paye le prix

Qu’attendez-vous du Grand débat ?

Qu’il réussisse ! Parce que s’il n’y a pas de contenu, l’Etat pourra dire « Vous avez eu la parole, mais finalement, ce que vous proposez, c’est maigre. Donc, nous, on va continuer notre trajectoire telle qu’on l’avait prévu. » Ça, ça serait la pire des choses. Mais s’il y a véritablement une participation, un contenu, des propositions et des remises en cause, l’Etat sera obligé d’en tenir compte. Après, ce qu’il en ferra, je ne peux pas répondre à sa place. On verra. Mais, c’est une chance inédite. C’est la première fois qu’il y a une consultation de cette envergure qui traverse tout le pays, dans tous les domaines puisqu’il y a les quatre thèmes proposés par le Président, plein d’autres peuvent être abordés. C’est une proposition tout à fait nouvelle. Et il faut mettre en œuvre collectivement le maximum pour que ça fonctionne. C’est dans l’intérêt commun.

Propos recueillis par Morgane Thimel.

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