Gargantua, un banquet philosophique au théâtre de l’Escabeau (Briare)

Ô qu’il est bon de retrouver cet écrivain d’une truculence populaire voire vulgaire matinée de Platon et de mythologie greco-latine, curieusement oublié de ces commémorations de la Renaissance dans notre région où pourtant Rabelais vécut et écrivit une partie de son œuvre à la Devinière… Et quoi de plus juste que d’honorer ce grand pourfendeur des sophistes et autres “sachant du sachoirs” par un banquet où l’on festoie en écoutant cette prose volubile, aussi riche que crue, qui prête si souvent à rire et qui propose une bonne cure de ripailles bien arrosées pour retrouver un certain art de vivre symbolisé par l’abbaye de Thélème.

La naissance de Gargantua

Et c’est à un véritable défi théâtral auquel se sont attelés le théâtre de l’Escabeau et la Compagnie des Puys pour accueillir ce samedi soir à guichet fermé, cent trente convives dans un dispositif scénique dînatoire où les plats de confection maison alternaient avec les tableaux tirés de cette “vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence”, deuxième roman que François Rabelais écrivit en 1534 à la suite du “Pantagruel”.

Une fantaisie sur l’éducation et la guerre

Gargantua et Ponocratès

Et plat après plat, Rabelais nous entraîne avec ses personnages hauts en couleur dans une réflexion pleine d’une fantaisie philosophique, sur l’éducation des enfants mais aussi sur la pédagogie dont la méthode libérale si contemporaine du sieur Ponocratès, n’a rien à envier aux écoles Montessori et aux autres “libres enfants de Summerhill”.

Puis vient une merveilleuse leçon sur la guerre et les délires impériaux alimentés par les serviles conseillers de Picrochole, si vrais qu’on les croirait extraits de notre histoire pas si ancienne, et la magistrale réponse d’un Grandgousier par ce plaidoyer d’une paix universelle, là encore si actuel dans son énoncé !

La guerre Picrocholine

Et bien sûr, dans cette rabelaisienne défense et illustration de l’idéal de la culture humaniste,  on n’oubliera pas le “Fais ce que voudras”, devise accrochée au dessus de la porte de l’abbaye de Thélème, utopie que se propose de bâtir Gargantua, avant que le diner-spectacle se conclue sur une rêverie céleste devant la beauté du monde stellaire qui préfigure déjà les réflexions d’un Pascal sur l’infiniment grand et l’infiniment petit…

L’on ne peut que saluer la brillante réussite de ce spectacle fait de décors et de costumes d’une fantaisie à la hauteur du propos, comme la virtuosité lexicale des comédiens dans ces textes de haute voltige d’une langue française inépuisable, accompagnée d’une création musicale et vocale des plus plaisantes…

Gérard Poitou

Au banquet de Gargantua

Dîner-spectacle  par la Compagnie des Puys

samedi 26 janvier 19H30

conception, écriture et mise en scène Aymeri Suarez-Pazos

musique Charlène Martin

avec Eric Chaussebourg, Jean-François Lapalus / Jean-Pierre Mesnard (en alternance), Aymeri Suarez-Pazos
Jacques Tresse / Claude Guyonnet (en alternance)

chant Charlène Martin, Bérengère Suarez-Pazos

guitare et jeu Emmanuel Gaydon

costumes Alexandrine Brisson

lumières Philippe Quillet

scénographie Aymeri Suarez-Pazos & Philippe Quillet 

construction éléments de décor et de jeu David Dréano –ZoProd

http://www.theatre-escabeau.com/

 contact@theatre-escabeau.com

 

Afficher les commentaires