Grand débat : des échanges constructifs en terre magdunoise

Lundi 28 janvier, les habitants de l’ancien canton de Meung-sur-Loire étaient invités à participer au Grand débat national, à la salle des fêtes de Huisseau-sur-Mauve. Un premier rendez-vous réussi, sur les 3 déjà connus sur le département, qui devrait faire date, et susciter d’autres initiatives similaires.

« C’est grâce à nous que cela existe », déclaraient d’entrée la vingtaine de membres du groupe des Gilets jaune présents dans la salle, regroupés auprès de l’estrade, face au plus de 200 personnes venues participer au Grand débat national, à l’initiative des maires de l’ancien canton de Meung et de la députée LREM Caroline Janvier.

Caroline Janvier

Arborant leur gilet jaune, et ayant installé à l’entrée un panneau (recto-verso) de leurs propositions et revendications recensées dans le groupe, ils se voulaient constructifs, et ne prirent jamais la parole sans qu’elle ne leur soit accordée par l’animateur bénévole de la soirée, Stéphane de Laage, content de faire ici devoir civique. A l’issue de la réunion, qui dura près de 3 heures, nombre de participants présents notaient la bonne tenue des échanges, et quelques élus, précédemment réticents, imaginaient même de poursuivre l’opération plus avant…en le sollicitant.

Car il est vrai que c’est dans le plus grand calme que les participants apportèrent leurs idées sur de nombreux sujets, dans le cadre des grands thèmes structurant la soirée : la démocratie, le service public, le pouvoir d’achat et la transition écologique. Beaucoup d’idées, très peu de critiques vaines, et aucune opposition franche entre participants. Tous avaient à cœur de faire avancer les choses, d’apporter des idées, concrètes ou utopiques, en demandant avec insistance que leurs avis soient réellement pris en compte, et beaucoup plus régulièrement.

Droit de vote ou droit d’expression

« Notre droit de vote n’est pas un droit d’expression. Juste un droit de choisir celui qui nous représentera, désigné par un parti ». « Le peuple ne choisit plus. C’est un viol du suffrage universel. Les élus sont choisis par des états-majors ». Si le maire de la collectivité est reconnu comme un élu crédible, car proche de ses administrés, il n’en est pas de même des parlementaires. « Quand nous sommes absents de notre travail, nous ne sommes pas payés. Ce devrait être pareil pour les députés ». Comment les élire ? En revenant à des listes avec possibilité de panachage, et non des listes bloquées.  Le vote à la proportionnelle est demandé en force, comme la comptabilisation des votes blancs, ou le passage au vote obligatoire…même si l’exemple belge ne semble plus très probant. Ou un vote à un seul tour, pour éviter les arrangements après-coup.

Le référendum d’initiative citoyenne est réclamé avec insistance, mais avec des questions ouvertes, et pas une seule question avec vote par oui ou par non. Et, clame une Gilet jaune, « nous voulons avoir la possibilité de révoquer un élu dès qu’il ne fait pas ce qu’il faut, ou ce qu’il a promis ». Ces votes et ces RIC pourraient être facilités par des consultations électroniques ? Une suggestion loin de faire l’unanimité dans la salle, certains demandant, au contraire, de revenir au dépouillement manuel, « pour éviter les tripatouillages ». Et beaucoup s’accordent à ce que l’on revienne, sous une forme ou une autre, à une éducation à la démocratie (éducation civique) dans les écoles.

Un service public conforté

A la question posée de savoir quel service public privilégié, la salle refuse de répondre, et les Gilets jaune surenchérissent. « Il faut garder tous les services publics », ne plus dénationaliser, ne pas brader le bien commun, comme EDF ou les autoroutes, voire créer d’autres services publics, notamment pour d’occuper des personnes âgées, de la dépendance. Le sentiment majoritaire n’est pas dans une libéralisation mais, au contraire, dans l’accroissement des règles. Pourquoi ne pas imposer aux médecins celles exigées des pharmaciens, le zonage ? Ou, tout en supprimant le numérus clausus, fixer une règle imposant un exercice libéral d’au moins 5 ans en zone désertifiée avant d’intégrer le service public, sachant qu’aujourd’hui 7 médecins sur 10 sont salariés. Ou créer des maisons de santé publiques dans les communes, salariant les intervenants, et non des Maisons pluridisciplinaires regroupant des praticiens libéraux. De même, il est demandé de mieux utiliser le réseau ferroviaire, qui en pourrait transporter 30% de passagers en plus.

Réguler le pouvoir d’achat

« Actuellement, les différences de salaire vont de 1 à 170. Il faudrait recréer une échelle de salaire, mettant une base à 2000 euros pour les plus bas salaires, et une barre maximum à 20 000 euros », déclare un intervenant. Un autre considère qu’on aurait dû commencer par cela, car c’est le point principal qui mobilise les gens, qui est à l’origine des gilets jaunes. Pourquoi ne pas créer un impôt unique, redevable par tous, plutôt que de créer toute une gamme de taxes et d’impôts indirects, telle la TVA. Dans la foulée, ce sujet qui mobilise l’ensemble de la salle évoque l’existence du CESER, « qui ne sert strictement à rien », l’évasion fiscale et la fraude fiscale qui, pour d’autres, se nomme pudiquement « optimisation fiscale », en toute légalité. « On nous fait de la publicité pour mourir dans la dignité. Mais, avant, ce que nous voulons, c’est vivre dans la dignité », s’exclame une Gilet jaune, qui ne peut se retenir. Un autre surenchérit, évoquant notamment la formation professionnelle, « avant, les parents supportaient leur état en espérant que leurs enfants vivront mieux qu’eux. Aujourd’hui, les parents craignent qu’ils vivent plus mal ». Il faudrait donc organiser la formation professionnelle pour que chacun trouve sa place, en mettant un meilleur système pour l’accès à tous à la formation.

Et l’écologie, dans tout ça ?

Le dernier point devant être abordé était la transition énergétique, à ne pas confondre avec l’écologie, précisa une Gilet jaune. Comment demander à des personnes demeurant en zone rurale de ne pas utiliser de véhicules polluants, car trop vieux, alors que l’on supprime ou réduit les moyens de transport collectif ? pourquoi ne pas développer le ferroutage, supprimant ainsi les poids-lourds sur les routes ? La salle était aussi dubitative sur le développement des éoliennes, qui risquent de détériorer les paysages, comme sur le développement des véhicules électriques. Et, surtout, pourquoi ne pas tendre vers des productions plus localisées ?

Sans conteste, la réunion fut enrichissante, chacun ayant eu la possibilité de s’exprimer, sans revendiquer, ou rarement, une étiquette quelconque pour donner du poids à ses arguments. Ainsi en était-il principalement des élus présents dans la salle, qui se firent très discrets, à l’image de la députée. Un seul sujet anima un peu les échanges, la revendication de ce qu’est le peuple, et de ce qu’il n’et pas. Pour conclure, quand même, que tout le monde présent ce soir-là, malgré ses différences, constituait le peuple. Et celui-ci attend juste, maintenant, que ses idées et revendications soient écoutées et prises en comptes par les gouvernants, pour améliorer ses conditions de vie. Allant ainsi dans une démarche résolument positive, comme évoqué avec insistance.

Jean-Luc Bouland.

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