La déviation de Jargeau trouble la quiétude du conseil départemental

Un rapport mettant en cause la sécurité du futur pont a-t-il été dissimulé par les élus qui répondent par une volonté de « totale transparence »?

Au conseil départemental du Loiret réuni durant trois jours à Orléans cela aurait dû être une session de routine avec une large approbation du budget 2019. Mais c’était sans compter sur une polémique qui a mis le président Marc Gaudet « en colère, très en colère ». Je « suis interpellé explique t-il, déboussolé et en état de choc ! ». Tout cela pour un article de nos confrères de France Bleu Orléans rendant public un rapport du BRGM sur des études géologiques préalables à la réalisation de la future déviation de la RD 921 sur Jargeau et Saint-Denis-de-l ’Hôtel. Ce rapport qui « aurait été mis sous le tapis » ne devait être selon les opposants au projet, notamment l’association Mardiéval, rendu public qu’en 2020.

Un rapport a priori inquiétant

Le conseil départemental a en effet signé une convention de partenariat en décembre 2016 avec le BRGM pour la réalisation d’études, mais aussi une mission d’assistance lors de la passation des marchés et le suivi des travaux. Certaines conclusions de ce rapport remis en septembre 2017 peuvent apparaître comme inquiétantes voire lourdes de menaces. Le BRGM pointe en effet plusieurs dangers potentiels : karstification des sols (fissures dans le sous-sol dues au calcaire qui se dissout) avec risque de pollution des nappes mais aussi et surtout « risques de mouvements de terrain ». L’effondrement des karsts notamment lors d’inondations provoque en effet des fontis qui pourraient selon le BRGM « mettre en péril les biens et les personnes pendant et après les travaux ». « En cas d’inondation écrit le BRGM il est plus fortement probable qu’un mouvement de terrain d’origine karstique survienne sur l’emprise du projet ». Des risques qui entraineraient de nombreuses études et travaux complémentaires surenchérissant une facture déjà évaluée à près de 80 millions d’euros.

« Totale transparence »

Marc Gaudet

« Mais tout cela on le sait, les risques sont connus répond Marc Gaudet, c’était déjà réel lors de la construction du Pont de l’Europe à Orléans. Mais il y a aujourd’hui des techniques pour bien maîtriser ces risques. Et d’ailleurs le BRGM va nous accompagner durant toute la phase de réalisation ».  Mais alors qu’à Orléans on avait eu recours à des injections massives de béton dans les karsts, la technique à Jargeau pourrait repose sur la réalisation de « pieux chemisés » et sécurisés. Marc Gaudet se sent aussi « blessé » d’être soupçonné de dissimulation de rapport. Nous avons adressé ce rapport insiste-t-il le 9 octobre 2018 au président de Mardièval qui n’exploite ce document qu’aujourd’hui. Je n’ai rien à cacher ce projet est mené en totale transparence ».

Économe mais dépensier !

Avec 680 millions d’euros, le conseil départemental a voté un budget tout à la fois maîtrisé et orienté vers l’investissement. La masse salariale stabilisée, les frais de fonctionnement en baisse, des taux de fiscalité stables répondent à la volonté de répondre aux demandes de l’État imposant aux collectivités de limiter leurs dépenses de fonctionnement à 1,2%. Cette maîtrise permet de dégager des marges de manœuvre pour l’action sociale et pour les investissements qui atteindront 151 millions d’euros cette année. Au registre des grands travaux : réhabilitation des ponts de Chatillon-sur-Loire et Châteauneuf sur-Loire, construction de nouveaux collèges à Orléans nord-est et Pithiviers, déploiement du haut et très haut débit (14 millions), étude pour les archives départementales (avenue des Droits de l’Homme à Orléans) etc. Sans oublier la déviation de Jargeau dont les travaux, malgré la polémique, doivent être engagés cette année.

J.-J.T

Afficher les commentaires