Benalla : saison deux acte deux

Les semaines passent et les révélations se succèdent dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Benalla ». Une enquête de plusieurs mois de Mediapart, qui repose sur une dizaine de sources indépendantes et de nombreux documents inédits, dont des extraits sonores, révélée le 31 janvier, jette une nouvelle lumière sur des faits inavouables fort gênants pour le président de la République.

Celui-ci ignorait-il que son ex-chargé de mission, toujours en possession de ses passeports diplomatiques fréquentait plusieurs intermédiaires actifs en Afrique pour développer ses propres affaires ? Savait-il qu’ici et là, après son licenciement et sa mise en examen ce même Alexandre Benalla se targuait en termes pas toujours choisis de toujours bénéficier de la protection de la présidence de la République ? Savait-il qu’encore en poste à l’Elysée, Alexandre Benalla et son ami Vincent Crase  entretenait des relations d’affaires avec un oligarque russe soupçonné d’entretenir des liens avec  le crime organisé ?

Au fil des révélations médiatiques il apparait de plus en plus que la présidence de la République dont au moins le proche entourage du président a entretenu de près ou de loin des relations avec cet ancien collaborateur licencié, lequel usait de son passage à l’Elysée pour développer ses propres activités. En violation de son contrôle judiciaire  qui lui interdisait de rencontrer Vincent Crase, Alexandre Benalla s’entretient physiquement avec celui-ci et dit selon les enregistrements : « Là il faut couper la branche, faut changer de portage, faut faire ce qu’on avait prévu de faire et transférer…. Faut que tu disparaisses de la boîte… Donc il faut qu’on trouve un mec… enfin j’ai une idée en tête, mais il faut qu’on mette la boîte au nom d’un autre mec… Parce que… sinon… ils vont faire des saisies conservatoires et mettre un stop à la boîte… » Etrange et qui demande confirmation. Mais ces enregistrements que Médiapart n’a certainement pas rendus publics sans s’être assuré de leur authenticité sont en parfaite contradiction avec les déclarations  arrogantes de l’intéressé devant la commission sénatoriale.  Cela s’expliquerait-il par un sentiment d’impunité ?  « Truc de dingue, le « patron » (Emmanuel Macron), hier soir il m’envoie un message, il me dit « Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi », expliquait-il encore à Vincent Crase le 26 juillet. L’Elysée a beau démentir il est maintenant établi que plusieurs collaborateurs d’Emmanuel Macron ont continué à voir Alexandre Benalla après son départ de la présidence. C’est le cas d’Ismaël Emelien, conseiller spécial, et de Ludovic Chaker. Pour quelles raisons ?

Les sénateurs de la commission confortés dans leur démarche

Jean-Pierre Sueur, rapporteur de la Commission d’enquête du Sénat.

Les sénateurs de la commission d’enquête sénatoriale dont les auditions sont terminées et qui vont rendre sous peu leur rapport ne sont pas vraiment étonnés. « Ces informations confortent les questions que nous avons posées à M. Benalla sur l’hypothèse de sa collaboration à un contrat avec un oligarque russe pendant qu’il était en fonction à l’Elysée »  a déclaré le président Philippe Bas (LR) au vue  de ces révélations. Jean-Pierre Sueur  (sénateur PS du Loiret, co-rapporteur a pour sa par déclaré « cette affaire est très grave. Il y a des sanctions très lourdes lorsque l’on ment sous serment… Le sénateur LR de la Moselle, François Grosdidier n’a pu retenir sa colère « Mrs Benalla et Macron sont des gamins sans limite, animés par un sentiment de surpuissance, qui s’exonèrent de toutes règles de la République », a-t-il lâché.

F.C.

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