Viandes avariées polonaises : le Loiret en a mangé

Depuis vendredi, on le sait, 795 kg de viande de bœuf frauduleuse provenant d’un abattoir en Pologne ont été vendus en France dont 145 kg en Île de France, en Ille-et-Vilaine et dans le Loiret.  500 kg ont été d’emblée détruits après l’alerte émise par la Commission européenne, mais 150 kilos avaient déjà été vendus dans les boucheries et à des restaurants.

« Les 145 kilogrammes restants ont été identifiés dans des lots de viande commercialisés par des grossistes, boucheries ou restaurants », a annoncé ce samedi soir le ministère de l’Agriculture. Une partie de ces lots a pu être retirée du marché. Une autre partie en revanche a déjà été vendue à des consommateurs et font donc l’objet d’un rappel. Ce qui est compliqué, c’est que les 145 kilogrammes “ont été mélangés à des viandes de différentes origines par le grossiste qui les a écoulés. On ne peut plus les identifier en tant que tels”, a expliqué le ministère de l’Agriculture.

 Ces 145 kilogrammes ont été intégrés à un ensemble de 2,4 tonnes,  sans  que l’on sache s’il s’agissait de viande hachée ou de pièces entières. Une tonne a pu être détruite par le grossiste, mais le restant (1,4 tonne) a été commercialisé. Les boucheries concernées ont mis en place des affichettes pour informer leurs clients et rappeler ces produits frauduleux.

Le risque écarté par la cuisson mais…

Jean-Michel Cohen

Les autorités rappellent que cette viande est impropre à la consommation « car elle n’a pas fait l’objet d’une inspection officielle à l’abattoir » mais qu’« aucun élément ne permet à ce stade d’identifier un risque pour le consommateur », le risque bactérien étant « écarté par la cuisson ». On l’espère. « Aujourd’hui, le risque est double, souligne le nutritionniste Jean-Michel Cohen. On peut attraper : La salmonellose bactérienne qui se manifeste par des diarrhées importantes, de la fièvre et une déshydratation. Si vous remarquez ces symptômes dans les 48 heures après avoir consommé de la viande, il faut consulter tout de suite. La salmonellose est dangereuse pour les jeunes enfants et les bébés. Le problème, c’est qu’il sera difficile d’être sûr que ces symptômes sont liésà la viande, car ces pathologies vont se mélanger avec l‘épidémie actuelle de gastro-entérite. La listériose, qui se traduit par une grosse fatigue mais plus rarement des saignements.  Elle peut être dangereuse pour les femmes enceintes. Le ténia ou vers solitaire que l’on repère par des anneaux blancs dans les selles. Aussi il faut bien cuire la viande et pendant quelques temps oublier le tartare et le saignant, mais aussi vérifier avant la cuisson l’aspect de la viande. Si elle est un peu bleue ou même d’une autre couleur que le rouge, et si elle sent mauvais, la poubelle l’attend.”

Renforcer la sécurité alimentaire

C’est un journaliste polonais qui a fait éclater au grand jour ce scandale. En effet, un journaliste de la chaîne TVN24 a réalisé une enquête en caméra cachée pendant trois semaines dans un abattoir de Kalinowo. Il a diffusé des images de bovins traînés la corde au cou, manifestement malades, serrés dans un camion, puis de carcasses entassées et de quartiers de viande visiblement impropres à la consommation. Et pourtant, presque trois tonnes de cette viande ont été exportées dans dix pays européens, dont la France. L’abattoir concerné a été fermé et une enquête a été ouverte sur son propriétaire. Le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a annoncé qu’une équipe d’inspecteurs se sont rendus sur place aujourd’hui.. Mais le scandale pourrait ne pas s’arrêter là. Le ministre polonais de l’Agriculture, Jan Krzysztof Ardanowski, a déclaré avoir ordonné un contrôle sanitaire dans l’ensemble des abattoirs du pays.

« Quand vous vendez de la viande de cheval à la place de la viande de bœuf, c’était une arnaque, s’agace le nutritionniste Jean-Michel Cohen. Mais là vous menacez la santé des gens, c’est beaucoup plus grave ! » Et pourtant, à la suite de l’affaire Spanghero il y a eu des améliorations dans la sécurité alimentaire. La loi Hamon a renforcé les sanctions, ce qui peut avoir un impact dissuasif .Un réseau européen pour partager les informations s’est mis en place. Ce dernier a d’ailleurs peut-être permis que ce scandale soit dévoilé plus rapidement. « Malheureusement c’est insuffisant, déplore Ingrid Kragl directrice d’une ONG. Ce genre de scandales se répète, ce qui montre que même si la réglementation est forte, il y a un souci dans la mise en œuvre de la traçabilité, sinon on aurait identifié ce problème. Normalement, on n’aurait pas pu pas commercialiser de la viande avariée, si chaque acteur avait fait son job. »

Si ce journaliste polonais n’avait pas fait son enquête, les autorités sanitaires européennes n’auraient peut-être jamais eu vent de ce problème… Le ministère français a d’ailleurs indiqué avoir eu connaissance de l’information « par la presse », puis avoir été informé via le Réseau d’Alerte Européen (RASFF) que neuf entreprises françaises étaient destinataires de lots de viandes incriminés.

Le responsable des services vétérinaires polonais, Pawel Niemczuk, a déclaré que « 2,7 tonnes ont été vendues à des pays membres de l’UE » (Finlande, Hongrie, Estonie, Roumanie, Suède, France, Espagne, Lituanie, Portugal et Slovaquie), tandis que 7 tonnes de viande provenant de cet abattage ont été distribuées dans une vingtaine de points de vente en Pologne. Les autorités slovaques ont aussi découvert au moins trois cargaisons de viande de bœuf importées de Pologne, qu’elles estiment liées à cette affaire. Une preuve de plus que le système de sécurité alimentaire européen n’est pas tellement au point. « La prévention, prévue par la réglementation européenne, n’est pas effective : on se rend compte a posteriori qu’on a mangé de la viande avariée ou de la salmonelle dans le lait, déplore la directrice de l’information de l’ONG Foodwatch. Il faut que les médias braquent les projecteurs pour rappeler leur responsabilité aux acteurs économiques comme aux autorités. »

Mais l’ONG pointe également deux grandes inquiétudes : “Quels sont les fabricants, les marques qui ont commercialisé cette viande ? Quels contrôlées avaient été effectués ? Quelles failles ? Quelles mesures sont prises ? Ont-elles été contrôlées ?” En France, le nombre d’inspections sur la sécurité sanitaire des aliments était passé de 86.239 en 2012 à 54.000 en 2017, soit 37 % de contrôles en moins. « Plus ça va, plus on licencie, on peut se demander si les pouvoirs publics se donnent les moyens d’assurer notre sécurité sanitaire. On est dans le même constat qu’il y a six ans, si cette situation est possible, c’est un problème de système. »

« C’est une fraude terrible, une fraude économique, une fraude sanitaire d’un abattoir polonais », ont déclaré en choeur le ministre français de l’Agriculture et Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Le Commissaire européen à la Santé et à la sécurité alimentaire Vytenis Andiukaitis a annoncé une inspection en Pologne la semaine prochaine et appelé les autorités polonaises à assurer le respect des normes européennes. La Pologne est un grand exportateur de viande en Europe. La ministre  française des Affaires européennes propose la création d’une force européenne de contrôle.

F.C.

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