La Commission européenne s’oppose au rapprochement Alstom-Siemens

« Nous estimons que c’est le très mauvais choix pour l’Europe pour l’industrie européenne, pour nos entreprises. Il faut rassembler les forces industrielles, l’industrie allemande et l’industrie française… ça nous aurait permis de jouer à armes égales avec la Chine ». La Commission européenne a annoncé ce mercredi qu’elle s’opposait au rapprochement d’Alstom et de Siemens, censé mettre sur les rails un champion européen du ferroviaire capable de rivaliser avec la concurrence asiatique. Une décision attendue, que le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a qualifié de « faute politique qui allait affaiblir l’industrie européenne face à la concurrence chinoise »

« La  Commission a interdit la concentration parce que les entreprises n’étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés » a déclaré Margrethe  Vestager, la commissaire chargée de la concurrence à Bruxelles. « En l’absence de mesures compensatoires suffisantes cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisations qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse », a-t-elle expliqué

La Commission européenne, qui dispose depuis 1989 d’un droit de veto sur les grands projets de fusion, n’en a pas souvent fait usage. En près de trente ans, plus de 6 000 fusions ont été approuvées et moins d’une trentaine ont été bloquées. Depuis le début de son mandat, fin 2014, Mme Vestager n’avait jusqu’à ce jour interdit que trois rapprochements.

Paris et Berlin, les deux capitales, comme les industriels, craignent la concurrence du chinois CRRC, numéro un mondial du ferroviaire né du rapprochement de deux entreprises d’Etat contrôlées par Pékin. CRRC fabrique deux cents trains à grande vitesse chaque année, et Siemens-Alstom trente-cinq, notait récemment Bruno Le Maire.

Paris et Berlin vent debout contre Bruxelles

Bruno le Maire

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie a assuré que la France et l’Allemagne formuleraient « d’ici quelques semaines des propositions sur le renforcement de l’industrie européenne face à la montée  en puissance de la Chine et pour transformer le droit de la concurrence ».  Mardi, le ministre de l’économie allemand, Peter Altmaier, plaide  également  pour une politique favorisant des regroupements à l’échelle européenne e ce qui entrainerait automatiquement une révision du droit européen de la concurrence. Patronat français et patronat allemand sont également sur la même longueur d’onde.

Par contre, l’interdiction de la fusion  satisfait  les syndicats belge et français d’Alstom. Ils avaient réitéré lors d’une rencontre avec Mme Vestager, à Paris le 21 janvier, leur opposition au projet, craignant d’importantes suppressions. Marine Le Pen s’est également dite « ravie que le mariage n’ait pas lieu. Ce n’était d’ailleurs pas un mariage, objectivement, c’était un don que nous faisions à Siemens d’Astom qui est une grande industrie. C’était un véritable  scandale », opinion partagée le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, « stop aux fake news de Bruno Lemaire. La France ne doit pas brader des fleurons nationaux », a-t-il twitté 

Revoir les règles

Le dossier Alstom- Siemens met une fois encore en lumière les limites du règlement européen sur les concentrations et celle des  lignes directrices mises en place en 2004. Dans  sa décision , la Commission a appliqué ces règles. Elle est restée dans son rôle. Pour Nathalie Loiseau, notre ministre des Affaires européennes, comme pour Bruno Lemaire, « ces règles sont absurdes. Elles ont été édictées au XXème siècle et nous sommes en 2019. Aujourd’hui en Europe il faut pouvoir construire des champions européens ». A l’évidence l’UE devrait prendre en compte le fait que l’environnement concurrentiel a changé et avoir une vision plus claire de ses intérêts industriels offensifs. Or l’UE est partagée entre pays colbertistes et libéraux. La grande question est donc : Comment maintenir des marchés ouverts et compétitifs tout en créant des grandes puissances continentales capables de rivaliser avec le reste du monde ? Il y a urgence a trouver la solution et Emmanuel Macron pourrait  faire de cette recherche l’un des grands enjeux de la campagne LREM pour les européennes.

F.C.

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