Interview croisée : L’acteur Michael Lonsdale se confie à Patrick Scheyder

Dans le livre «Mes étoiles, les rencontres qui ont éclairé mon chemin», l’acteur Michael Lonsdale se confie sur les grandes personnalités qui l’ont marqué à jamais. Jean Tardieu, Marguerite Duras, Tania Balachova, Samuel Beckett… Tous ont eu une importance considérable dans sa vie. Le pianiste Patrick Scheyder a recueilli ce précieux témoignage. Ces deux amis de longue date étaient de passage jeudi soir à la Librairie nouvelle d’Orléans

L’acteur Michael Lonsdale s’est prêté au jeu de la séance dédicace. (c) Marie-Line Bonneau

Michael Lonsdale est la douceur même. Avec sa barbe et ses longs cheveux gris, on l’imagine sage ou philosophe. Il est 21 heures et l’acteur de 87 ans termine sa tasse de thé, après une séance de dédicaces. L’homme est discret, sa filmographie l’est moins : elle compte près de 150 films. Ajoutez à cela une soixantaine de pièces de théâtre. Aux côtés de Patrick Scheyder, aussi coauteur du livre qu’ils sont venus présenter, il doit encore rejoindre la Touraine pour y passer la nuit. En bon samaritain, Michael Lonsdale, infatigable, accepte prolonger sa soirée à Orléans. Rencontre.

Quelle est la genèse de cet ouvrage ?

Patrick Scheyder (P.S) : Ça fait près de 15 ans que l’on travaille ensemble et souvent Michael me raconte des histoires de personnes très connues comme Marguerite Duras, Samuel Beckett, ou même sur sa famille. Elles devenaient en quelque sorte des légendes que j’adorais entendre et réentendre. J’étais un peu comme un enfant. C’est là que je lui ai demandé : « On pourrait peut-être en faire un livre ? » Nous nous sommes ensuite vus très souvent, rien que pour l’écriture. On discutait et je prenais des notes au fur et à mesure. On a travaillé pendant six mois, chez lui ou dans une chambre d’hôtel quand on était en tournée. Nous avons choisi dix repères qui sont un peu comme des bornes dans le chemin de Michael.

Il n’est pas seulement question des rencontres de Michael Lonsdale. L’un des thèmes abordés est celui de la foi…

P.S : Je me souviens très bien de l’écriture du chapitre sur la foi. J’ai interviewé Michael dans sa chambre d’hôtel, à Abbeville, à côté d’Amiens. On a passé plus d’une heure à en parler.

Michael Lonsdale (M.L) : Ah bon ?!

P.S : Ah oui, je m’en souviens bien, parce que tu étais épuisé après ! En tout cas, la foi est l’un des thèmes que je préfère dans ce livre parce qu’il y a beaucoup de choses personnelles qui sont sorties de Michael. C’était un peu comme une confession.

La plupart des « étoiles » qui peuplent votre livre se révèlent être des personnalités tourmentées.

Michael Lonsdale : Oui, comme je les aime. Toutes ces personnes m’ont enrichi. Elles avaient une certaine ampleur qui résonnaient en moi. Comme Samuel Beckett par exemple. Je lui dois tellement…

Vous dites qu’il vous a appris à regarder « avec lucidité et compassion »…

M.L : Oui, c’est vrai. Il aimait ses amis, mais d’une force ! Il était d’une telle générosité… Pour lui l’amitié c’était sacré. C’était vraiment un culte chez lui. Samuel, c’était vraiment le bon irlandais ! Ma grand-mère était irlandaise, d’ailleurs ! Je ne l’ai pas connue mais j’en ai beaucoup entendu parler. Samuel était capable de faire des choses formidables. Les acteurs irlandais ont généralement beaucoup de caractère. Je l’ai beaucoup admiré pour sa bonté. Dans sa vie, il a aidé beaucoup de gens malade, ruinés ou en détresse. Mais avec sa femme, qui était pianiste, ça s’est mal terminé. Elle ne supportait pas le succès qu’il avait. Alors elle l’a fichu à la porte. Il s’est réfugié dans une maison de retraite, pas loin de chez elle. Samuel vivait désormais dans une petite pièce. On allait le voir et puis des fois on l’invitait à sortir.

P.S : Ensuite sa femme est morte…

M.L : Je lui ai dit qu’il pouvait donc rentrer dans son appartement. Il me répondait : « Non, je préfère rester parmi les miens. » Là-bas, il passait ses journées à écrire.

« J’aime rencontrer la vérité et la justesse des gens.»

Marguerite Duras a elle aussi beaucoup compté pour vous.

M.L : Elle a habité mon intérieur et elle m’a fait don de sa souffrance. Marguerite voyait bien que je comprenais ce qu’elle ressentait. Il y avait une connivence entre nous. On riait tellement tous les deux… Nous étions comme des gosses. Le soir, après les répétitions, on prenait la voiture et on faisait des tours dans les parkings à Paris, à monter puis redescendre les étages en poussant des cris de sioux !

Avez-vous gardé cette âme d’enfant ?

P.S : C’est vrai qu’on trouve chez toi beaucoup de choses qui évoquent l’enfance…

M.L : Quand je repense à ces moments, je rajeunis ! Le Christ a prononcé cette phrase, très importante : « Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.»

 

Mes étoiles: Ces rencontres qui ont éclairé mon chemin (éditions Bayard) : 16.90 euros

Y a-t-il une part de mélancolie dans ce livre ?

P.S : Non, je ne crois pas. Michael aime bien faire le tri. Il y a des choses qu’il va retenir et d’autres qu’il va volontairement oublier. Il va conserver tout ce qu’il peut y avoir de beau dans la vie ou chez certaines personnes. Mais Michael va écarter la partie désagréable.

La notion de partage semble être indissociable de votre personnalité Michael Lonsdale.

M.L : Je suis bien content quand avec mes amis on prend le temps, quand on découvre des choses ou que l’on apprend à se connaître. J’apprécie aussi ces moments où l’on rit beaucoup.

Ce qui vous importe également, ce sont les rapports humains.

M.L : J’aime rencontrer la vérité et la justesse des gens. Et ce qu’ils peuvent avoir d’agréable mais aussi parfois de pénible. Vous savez, j’ai connu des personnes très tristes, qui ne réussissaient plus rien, ou des comédiens dont plus personne ne voulait. Parfois ça peut rendre les gens méchants et ils en veulent au monde entier.

Parmi ces rencontres qui ont éclairé votre chemin, il y a frère Luc. Que représente-t-il pour vous ?

M.L : Il y a quelques années j’ai tourné dans le film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. C’était magnifique pour moi en tant qu’acteur car j’ai joué frère Luc. C’est un modèle pour moi, un tableau de justesse, de vérité et de courage. C’est rare.

Propos recueillis par Yohann Desplat

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