A Joué-lès-Tours, le centre social de la Rabière plonge dans le Grand Débat

Une réunion était organisée dans le quartier jeudi soir.

D’abord 15 personnes, puis 20, puis 30… La salle du centre social de la Rabière de Joué-lès-Tours s’est remplie progressivement jeudi soir. Dans le cadre du Grand Débat, l’association des habitants du quartier organisait un échange autour de la citoyenneté. Pas de doute, les personnes présentes avaient envie de s’exprimer, ou au moins d’écouter. De quoi répondre au premier objectif de l’opération lancée en réponse à la crise des Gilets Jaunes. Les zones rurales ou les quartiers prioritaires se sentent souvent exclus des politiques publiques, là ils ont une occasion de se faire entendre. Pour – peut-être – être écoutés par la suite.

La première prise de parole a eu lieu vers 18h20, au milieu d’une assemblée quasi exclusivement masculine… Avant de parler – notamment – éducation (pour déplorer le manque d’égalité entre établissements du secteur, ou le programme « inadapté » de l’Education Nationale), c’est la vie jocondienne qui préoccupe prioritairement les personnes présentes, leur quotidien dans un quartier qui a connu des semaines mouvementées depuis début novembre avec une longue série d’incendies de voitures.

Loin des débats nationaux, c’est ainsi le quotidien compliqué dans un quartier qui s’est senti trop longtemps et trop souvent oublié, qui agite les débats. Et ici, ce n’est finalement pas le gouvernement ou Emmanuel Macron qui sont la cible des griefs mais les élus locaux et le maire de la ville Frédéric Augis. Derrière le Grand Débat National qui sert de cadre à cette réunion, on devine ainsi un autre tournant politique derrière quelques échanges. Dans un an, auront lieu les Municipales et l’heure pour certains de se faire déjà entendre ou de faire passer quelques messages.

« On ne peut pas couper dans le social dans un quartier comme la Rabière »

« Ici il n’y a rien pour les jeunes, ça sert à quoi cette Place Mandela où il n’y a personne ? » s’alarme un vieux monsieur au milieu d’un très long monologue. Il y déplore le peu d’actions pour les jeunes, le manque de respect entre communautés ou des interventions disproportionnées de la police. Derrière lui, un autre homme fait part de son inquiétude et de son incompréhension : « qu’est devenu notre Secteur Jeunes ? A quoi sert la Maison Tremplin ? Qu’est-ce qu’on fait de l’argent pour la solidarité urbaine ? J’ai demandé au maire, je n’ai pas eu de réponse. »

Cette question du réemploi des aides a préoccupé le groupe venu au centre social pendant plusieurs minutes, autour d’un chiffre avancé : 1,3 million d’euros… « On veut des rapports, des comptes. » « Le quartier est plein de richesses mais elles sont mal exploitées » déplore un participant, conforté par son voisin : « ici il y a du talent, de la volonté, de l’argent mais ça ne fonctionne pas. Il faut se mettre autour de la table et envoyer un message au mec sur le trône (le maire Frédéric Augis, ndlr) pour lui dire que quelque chose ne va pas. »

« Si je peux tirer un ou deux jeunes avec moi, je serai champion du monde »

« On sait parler aux jeunes, on peut leur apporter quelque chose » poursuit cet habitant de la Rabière volontariste. Des pistes sont avancées : renforcer les postes d’éducateurs, soutenir les associations du quartier, les pousser à organiser des animations, notamment pendant les vacances… Deux phrases lourdes de ressentiment fusent… « On ne peut pas couper dans le social dans un quartier comme celui-ci. » « Des associations demandent des sous pour des événements, la seule réponse c’est le couvre-feu. »

« Les structures existent. On peut proposer de la danse pour les filles, du foot pour les garçons (sic…). Il y a des jeunes qui veulent apprendre, parler. Beaucoup de jeunes de 13-14 ans sont intéressés » suggère un autre jocondien. « On ne peut pas demander à des bénévoles de faire la pluie et le beau temps » se voit-il répondre par un créateur d’entreprise qui dit avoir « réussi » : « si je peux tirer un ou deux jeunes avec moi je serai champion du monde ! »

« Tant qu’on continuera à occuper les jeunes on ne servira à rien »

« Il faut une grande asso pour s’occuper des jeunes, et il faut des pros. Je demande aux services de l’Etat de s’en occuper » déclare un autre homme. « Mais on ne se pose pas la question de comment les jeunes et leurs parents vont faire connaître leurs besoins. Ils les expriment où et comment ? » entend-on peu après de la part d’une certaine Liliane. « Tant qu’on continuera à occuper les jeunes on ne servira à rien » plaide un éducateur qui préfère insister sur le terme « animer », « un beau mot ».

« Leur offrir tout devant eux n’est pas une solution, il ne faut pas que ce soit de l’assistanat » explique un Tourangeau venu participer à cette discussion plutôt riche, même si la majorité de l’assistance reste silencieuse. « La coéducation (parents-éducateurs) doit exister » estime quelqu’un. « Ma proposition c’est de donner les moyens pour les accompagner vers leur autonomie. D’avoir des loisirs pour eux-mêmes, pouvoir se déplacer. » « Il faut agir sur les causes pour ne plus avoir à traiter les effets » résume un homme.

Des questionnements légitimes auxquels une réponse est arrivée dès le lendemain avec l’annonce de l’intégration de La Rabière dans les « Quartiers de Reconquête Républicaine ». Un dispositif gouvernemental qui vise à plus de renforts policiers sur le secteur mais aussi et surtout à l’ouverture de subventions supplémentaires pour des appels à projets sur le quartier dans le cadre de la politique de la ville.

Olivier Collet  et Mathieu Giua

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