Notre sélection d’expositions parisiennes

Par Bénédicte de Valicourt

« Vivian Maier, The color Work »

Regard, poésie, humanisme et humour. Vivian Maier a tout des grands photographes. Et pourtant son travail, à rapprocher des figures majeures de la Street Photography américaine telles que Lisette Model, Diane Arbus ou Garry Winogrand, est totalement passé inaperçu de son vivant. Et sans la découverte en 2007 par le plus pur des hasards de ses négatifs, diapositives (dont une grande partie non développée) et films super 8, dans une salle des ventes de Chicago par le jeune collectionneur John Maloof, cela aurait pu durer longtemps.

 

Ce n’est heureusement pas le cas et on peut voir actuellement une petite partie du travail en couleurs (mais pas seulement) de la mystérieuse (devenue célébrissime) Vivian Maier, qui est resté nounou toute sa vie. On est entraîné dans les rues de New York, sa ville natale ou de Chicago où elle s’est installée en 1956.  Ici un gros plan sur une paire de jambes, l’une dans le plâtre et l’autre avec un escarpin rouge ; ailleurs un bonhomme lisant le journal, le crâne dégarni orné d’un bandage… Maier, la bonne d’enfant, photographe surdouée, discrète et solitaire, toujours un appareil photo autour du cou, se révèle tendre et empathique avec ses sujets, qu’elle prend souvent à leur insu, dans une Amérique en plein essor économique.

Vivian Maier, Chicago, 1959. Chromogenic print, printed in 2018. Print size: 16 x 20 inches ©Estate of Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Les Douches la Galerie, Paris & Howard Greenberg Gallery, New York

Tout cela fait une œuvre de plus de 120 000 photographies, des films super-8, qu’elle n’a montrée à personne, ou presque, de son vivant. Plus qu’une passion, la photographie apparait en effet chez elle comme une nécessité voire une véritable obsession. Témoin l’impressionnante quantité de cartons, remplis de films qu’elle n’a pas développés, faute d’argent, et d’ archives composées de livres ou de coupures de presse relatant des faits divers, qu’elle a accumulé dans les cartons qu’elle emportait à chaque changement d’employeur. Ils ont servi à John Maloof, pour reconstituer partiellement sa biographie, après sa mort. Mais tout cela ne dit rien des circonstances qui l’ont menée à la photographie et de son parcours d’artiste. Une raison de plus, s’il en fallait, pour ne manquer sous aucun prétexte cette exposition.

Les Douches-la galerie, 5 rue Legouvé, 75010 Paris, Jusqu’au 30 mars. Du mercredi au samedi de 14H à 19H. www.lesdouchesgalerie.com
A voir également :  le documentaire « A la recherche de Vivian Maeir » en DVD

« Alberto Giacometti, Peter Lindbergh-Saisir l’invisible

Quel rapport y a-t-il entre Peter Lindbergh, pionnier d’un nouveau réalisme dans la photographie de mode et Alberto Giacometti ? Aucun ou plutôt si. En 2017, Peter Lindbergh installé à Paris depuis les années 1970 et grand admirateur de Giacometti, a été invité à prendre en photo son œuvre dans les réserves de la fondation consacrée au sculpteur, installée dans le petit hôtel particulier de style Art déco ayant appartenu au décorateur Paul Follot. Comme dans ses portraits en noir et blanc qui cherchent à faire ressortir la personnalité de ses modèles, il a privilégié les très gros plans et les tirages XXL aux noirs brillants. Du coup, les sculptures deviennent soudain presque aussi humaines que ses portraits de Jeanne Moreau ou de Kate Moss, placées en vis-à-vis des esquisses de portraits d’Annette, la compagne de Giacometti. Une confrontation réussie et  passionnante entre les deux hommes qui révèle, comme la sélection de plâtres, de bronzes et de dessins choisis par Lindbergh, leurs points communs. Notamment la place primordiale du regard, porte d’accès à l’âme humaine, qui a tant troublé les deux artistes.

Fondation Giacometti, jusqu’au 24 mars. www.fondation-giacometti.fr/

 « Doisneau et la musique »

Quand on l’interrogeait sur ses musiciens préférés, Robert Doisneau répondait avec malice ” avec une telle oreille en friche, mon avis n’a aucune importance “. Sa carrière fut pourtant ponctuée de rencontres musicales, toutes inspirantes pour son oeil d’artiste, comme le montre Clémentine Deroudille, sa petite fille, qui a réuni 200 clichés de ses pérégrinations parisiennes à différentes époques.  Autant de portraits connus ou inédits, à découvrir lors d’une déambulation en musique qui débute dans la rue et en fanfare, sur une bande-son originale composée par les Moriarty, un groupe franco-américain fondé à Paris en 1995. Elle se poursuit par une play list  des artistes que Robert Doisneau a photographiés à Paris et dans ses banlieues. On navigue de la chanson française des années 1950 aux hits des années 1980 et 1990, en passant par les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés et l’avènement de la musique concrète et électroacoustique. De Fréhel à Brassens en passant par Aznavour, Barbara, Boulez, Schaeffer, Messiaen, les Rita Mitsouko ou Juliette Gréco, ils sont tous là. Joyeux, tristes ou tout en fantaisie comme en témoigne la série sur son ami violoncelliste Maurice Baquet, délicieusement créative et dingo. 

Jusqu’au 28 avril 2019 – Cité de la musique – Philharmonie de Paris. www.philarmoniedeparis.fr

« Où est la maison de mon ami ? »

Randa Mdah Light Horizon

Comment reconstruire sa vie quand on est un artiste syrien ? En continuant son œuvre avec énergie. Elle transpire par tous les pores de cette émouvante exposition montée par le collectif  « Portes ouvertes sur l’art », avec vingt artistes syriens qui ont travaillé sur la maison, un thème de circonstance, quand on est chassé de chez soi par la guerre. Le titre, de circonstance lui aussi, est emprunté à l’un des films d’Abbas Kiarostami : « Où est la maison de mon ami ? ». Ainsi Randa Maddah exprime l’ambivalence qui la saisit, dans une émouvante vidéo. Elle balaye, range la table, pose un vase, dans une demeure en ruine. De ces quelques murs ravagés, ouverts aux quatre vents, elle tente de faire une chambre. A travers la fenêtre sans vitre et à l’encadrement constellé de mille trous de balle, les rideaux blancs flottent, ouvrant sur un horizon incertain. Maison refuge, maison fantasme ? De toiles abstraites, en saynètes satiriques, de vidéos en gravures, tous ces artistes posent un regard singulier sur leur vie qui ne tient qu’à un fil. Ainsi de Khaled Barakeh, qui transcende la précarité de son exil. Dans  son atelier berlinois, lit, table, ordinateur, chaise, tapis, appareil photo flottent, bercés par un ventilateur…

Maison des arts – Centre d’art contemporain Malakoff, jusqu’au 14 avril.
https://maisondesarts.malakoff.fr

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