Première étape vierzonnaise pour le prof François Hollande

Voilà quelques semaines, François Hollande avait proposé, par vidéo interposée, aux lycéens de venir leur parler d’Europe. C’est à Vierzon, deuxième ville du Cher, que l’ex-président de la République a débuté sa tournée des popotes estudiantines qui n’interférera aucunement avec les prochaines élections pour le parlement européen..

©Fabrice Simoes

A quoi reconnaît-on un président en cours de cycle d’un ex-président ? Au nombre de barrages filtrants ? A la superficie du périmètre de sécurité ?  Au nombre de policiers mobilisés ? Au nombre de journalistes et de caméra sur site ou au nombre de manifestants tenus à l’écart ? Si on dit seulement « Moins » ou « Pas » à chacune de ses questions c’est que le visiteur n’est plus au plus haut dans la hiérarchisation des services de sécurité de l’État. Donc, à Vierzon, pour la visite matinale en Berry, on avait moins de barrage filtrant – un seul- trois rues barrées, la police nationale et la garde rapprochée, douze journalistes et deux caméras – dont une grosse- et deux cents élèves des lycées Henri-Brisson et Edouard-Vaillant pour poser des questions à l’ex-chef à nous. On a beau descendre d’un cran, ex-président c’est plus la vie d’avant même quand on voulait être un président normal.

Des questions-réponses normales

Alors, l’ex-président normal, passé les filtres de sécurité normale donc, a pu répondre à des questions normales face à des étudiants normaux mais dont quelques uns avaient tout de même mis la cravate, la chemise blanche et le gilet noir. 

On aura eu droit aussi aux futures cagoles, les lunettes sur le haut du crâne, en guise de serre-tête, engoncées dans les fauteuils de la salle de la décale – fauteuils de spectacle doit-on préciser- frileusement emmitouflées sous une couverture comme pour une rencontre hivernale de foot dans les tribunes d’un quelconque terrain annexe. A d’autres, la tête appuyée sur l’épaule rassurante de son voisin, de sa voisine, le portable à la main pour envoyer des messages à tous les potes qui avaient la chance de ne pas être présent dans la salle. Et on avait aussi, la plupart, ceux qui avaient envie de savoir ce que pouvait bien leur dire un homme politique qui avait atteint le plus haut niveau national. Ceux-là avaient préparé les questions et pas que des demi-questions. Un niveau de questionnement qui a fait tilter François Hollande en plusieurs occasions. Plutôt heureux de répondre sans avoir à jouer au professeur des écoles mais plutôt comme un intervenant expérimenté en politique,   

Brexit, fiscalité, immigrations et toutes ces sortes de choses

L’Europe pour toile de fond, des questions préparées, à priori sans que François Hollande en est eu connaissance avant son intervention, voilà qui a donné une liberté d’échange assez innovante. Si  l’idée de la construction de l’Union européenne repose sur « l’adhésion à un système de valeurs communes, de règles communes », ce n’est pas pour autant « qu’une carte d’identité européenne » doive remplacer la carte d’identité nationale. Quant au duo France-Allemagne il doit faire front commun pour que l’Europe aille de l’avant. D’ailleurs, la taille de l’Europe actuelle « 27 ou 28 pays c’est beaucoup et suffisant » puisque chacun n’adhère pas forcément à tous les projets européens.  C’est pour cette raison que le Brexit doit « aller jusqu’au bout. Si on prend la décision, on doit savoir quelles sont les conséquences d’une sortie de l’Union européenne. Il faut respecter la volonté des peuples. Le Brexit montre que sortir de l’Europe présente beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. »

Chantre de l’UE mais dans une union raisonnée, François Hollande n’a pas manqué de souligner que pour l’Union européenne, outre l’arrivée au pouvoir de gouvernements « nationalistes car quand on dit populiste on valide l’idée de populaire, ce qui n’est pas le cas », « le risque aujourd’hui est celui du statu quo, qu’elle échappe aux peuples, échappe à ce qui a guidé sa construction. »

Des GAFA  (Google, Amazone, Facebook, Apple) et de la fiscalité des états membres, il faut retenir que, à un moment donné, il va falloir tout « rééquilibrer ». Et de répondre Européen pour les politiques d’austérités, de rappeler que la monnaie unique n’est pas une vue de l’esprit mais a permis d’éviter des dévaluations monétaires, que l’austérité n’est pas le fait de l’Europe, etc.

Il était une fois …

Au moment des questions non préparés par les élèves berrichons, François Hollande s’est alors fait conteur. « Comment passe-t-on de la mairie de Tulle à l’Élysée et comment fait-on face à des personnages historiques comme Poutine, Merkel, Obama? »  Le conteur corrézien a été conforme à son image de parler vrai, un peu moins truculent qu’un Daniel Herrero et son verbiage toulonnais, un peu moins dans la gravité à la Pierre Bellemare ou sur l’air de Roger Gicquel. Un conteur plutôt façon Pierre Tchernia, entre bonhomie et précision. Et de raconter les conseils européens, ces réunions où Angela Merkel ne ferme jamais les yeux même quand les débats se prolongent tard dans la nuit. Des rassemblements entre chefs d’état où l’on mange souvent, et qui « laisse des traces… » Que, avec Poutine, on est dans le rapport de force permanent et que, donc, ça ne changeait rien entre une mairie et la présidence : pour l’une ou l’autre le rapport de force est là, seul le niveau s’avère différent !

Deux ou trois petites phrases pour conclure, deux ou trois – un plus même – selfies avec les lycéens empressés de les mettre sur le fil des réseaux sociaux, et François Hollande pouvait poursuivre son chemin. Ce jeudi, dans la continuité de son tour des lycées, il sera à Nancy. Durant la campagne des européennes, la tournée sera en stand by. Elle reprendra après le scrutin…

Fabrice Simoes.

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