Grand débat national : les entreprises entre ras-le-bol et propositions

Organisé par le MEDEF 41 ce lundi 4 mars au Carroir de la Chaussée-Saint-Victor, le Grand débat des entreprises a confirmé la demande des patrons de moins fiscaliser l’activité économique pour plus de compétitivité et d’emplois.

« Notre démarche se veut constructive, nous souhaitons travailler pour le collectif et faire remonter
des propositions qui seront la synthèse des quatre thèmes abordés ce soir ». Paul Seignolle, président du MEDEF 41 a d’emblée fixé le cadre de ce rendez-vous auquel ont pris part près de 80 cadres et dirigeants d’entreprises de toutes tailles et secteurs. Animé par le député Modem Stéphane Baudu, les échanges ont clairement révélé le profond malaise de chefs d’entreprises qui ont le sentiment de porter à bout de bras le système et de subir des politiques publiques manquant de continuité et de clarté.

L’exemple du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), remplacé 6 ans après sa mise en place par une baisse de charges, est à ce titre symbolique. « Cette mesure a certes été un bol d’air pour la trésorerie et la compétitivité mais si on regarde bien, sur la durée du mandat Hollande, la balance entre les taxes supplémentaires de l’Etat et des collectivités locales est positive », a constaté Yvan Saumet, président de la CCI 41. Les patrons ont toutefois convenu que le CICE n’avait pas eu un effet massif sur la création d’emplois à l’image de l’expert comptable du cabinet SELECO Xavier Lafont : « Dans un contexte de compétitivité dégradée, la mesure a plutôt permis de sauver des emplois  en reconstituant les trésoreries ». Un patron de PME a même concédé avoir versé des primes à ses salariés grâce au CICE.

La désindustrialisation, voilà un autre sujet qui inquiète les patrons en particulier Jean-Christophe
Perruchot qui dirige la PMI romorantinaise Stal Industrie : « L’industrie doit continuer à exister
sinon il n’y aura plus de commerces, de services et d’emplois ». Et de pointer « une compétition
déloyale avec des conditions de production à l’est ou en Aise défavorables dans un rapport de 1 à 4 ». Face au poids de la fiscalité dans notre pays, dernier de la classe européenne d’après Eurostat avec des recettes fiscales représentant 48,4 % du PIB en 2017 (contre une moyenne de 40,2% dans l’UE), il y a donc bien urgente nécessité d’une baisse de charge. « Nous avons déjà des niveaux de salaires élevés ; nous demandons une harmonisation fiscale européenne », a par exemple déclaré le dirigeant d’Alpla, un site de production d’emballages plastiques, en pointant la concurrence roumaine. Un chef d’entreprise en informatique a pour sa part constaté le poids des écotaxes (comme celle sur la copie privée) qui n’existent pas ailleurs.

Une synthèse et des propositions

Présents autour du président de la FFB 41 Frédéric Théret, les représentants du BTP ont fait passer leur message : pas d’aides compensatoires comme le CICE mais une baisse de charges durable et une grande fermeté contre le travail détaché. Sur le bonus-malus, face à des chantiers aléatoires, ils demandent aussi à ce que l’Etat soit compréhensif dans la future convention d’assurance chômage. Le sujet de la formation a lui aussi été mis sur la table de façon très offensive par Sabine Ferrand, présidente de l’Umih 41 qui tout en s’en prenant à l’éducation nationale a demandé des contreparties face à l’effort de formation. « Pourquoi ne pas demander aux bénéficiaires de rester deux ans dans l’entreprise qui les a formés ? ». Et de rebondir sur la taxation des CDD envisagée : « Les entreprises ne sont pas coupables de tout ;  les gens ne veulent plus de CDI ».

Arnaud Keroullé, DRH de la SSII Worldline, qui emploie 250 alternants ingénieurs en France souhaite de son côté une harmonisation des contrats en alternance car le contrat de professionnalisation revient 1.5 fois plus cher que celui d’apprentissage. Il s’érige aussi contre « les usines à gaz pour monter les dossiers et récupérer l’argent », à l’image du Crédit d’impôt recherche. Dernier sujets abordés, l’hyper réglementation et les contrôles tatillons des services fiscaux et sociaux. Cela dit à plusieurs reprises, les avantages accordés (CICE, CICR …) sont souvent suivis de contrôles. Une personne présente a, par exemple, précisé avoir été redressée sur le télétravail, assimilé comme un avantage en nature, avec à la clef un rapport de 80 pages de l’Urssaf et la présence de deux contrôleurs pendant 8 mois. Un patron de PME s‘est lui emporté : « Nous ne sommes pas staffés ; on délègue aux experts comptables mais cela a un coût ».

A l’issue de la rencontre, les huit rapporteurs du Grand débat entreprises (Yvan Saumet, Eric Letourmy, Patrick Marionnaud, J-C Perruchot, Michel Pillefer, Cécile Neublat, Michel Dugardin et Daniel Ravineau) ont établi une liste de mesures concrètes pour rétablir des conditions de compétitivité.

Jean-Luc Vezon

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