Le carnet retrouvé du poète Max Jacob au CERCIL d’Orléans

C’est dans le cadre des mardis du CERCIL que le musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv a organisé une soirée lecture/discussion autour du poète assassiné Max Jacob. Cette rencontre était animée par Bruno Doucey, auteur du livre Le carnet retrouvé de Monsieur Max accompagné par Catherine Gautier, comédienne, pour une lecture en toute intimité qui nous transporte 75 ans en arrière lors de la rafle qui emporta Max Jacob ainsi que 65 autres loirétains juifs.

Bruno Doucey accompagné par Catherine Gautier au cours de la lecture du Carnet retrouvé de Monsieur Max

La soirée qui s’articule en 3 temps nous propose un saut dans le passé, dans l’horreur des derniers jours de vie de Max Jacob et des rafles dans le Loiret. Dans un premier temps, une intervenante retrace l’histoire de la rafle de février 1944 dans le Loiret où 65 juifs ont été arrêtés dans 55 communes du département. Parmi eux, un certain Max Jacob, poète très influent de l’époque qui subira le même sort que tous les autres juifs.

L’artiste originaire de Quimper avait impulsé un renouveau de la poésie en prose notamment en questionnant la poésie de Baudelaire. Icône d’une nouvelle modernité de l’écriture au XXe siècle, il connaîtra une fin dramatique à Drancy après avoir été arrêté à Saint Benoît-sur-Loire. Pour rappel, Max Jacob et le Loiret c’est une longue histoire puisque, durant une vingtaine d’années, le poète résidera régulièrement à Saint Benoît-sur-Loire à l’ombre de son abbaye bénédictine. Il était également un grand ami de l’artiste orléanais Roger Toulouse qui peindra notamment plusieurs portraits du poète toujours exposés aux musées des Beaux arts d’Orléans et de Quimper.

Max Jacob par Roger Toulouse col. part.

Après cette première partie historique, place à la lecture du livre Le carnet retrouvé de Monsieur Max de Bruno Doucey accompagné de citations et de lettres écrites par Max Jacob lui-même ou par ses amis tels que Jean Cocteau. Bien que le texte de Bruno Doucey soit fictif, un réel esprit de témoignage et d’émotions se dégage du livre écrit sous forme de journal et de correspondance épistolaire. Durant 1h30 de lecture, l’assemblée s’émeut des états d’âmes du poète, de la déportation de sa sœur en novembre 1943 à la rafle de février 1944 qui le conduira à la mort dans le camp de Drancy le 5 mars 1944.

Le récit nous projette sans filtre dans ce qui auraient pu être les derniers jours du poète, ses pensées, ses songes, ses angoisses et sa colère face à l’injustice du monde qui l’entoure. On partage sa révolte et son incompréhension face à l’inhumanité de la détention, d’abord à la prison d’Orléans puis à Drancy jusqu’à sa mort d’une pneumonie dans une infirmerie miteuse.

La soirée se conclut par la prise de parole d’une femme polonaise déportée au cours de la seconde guerre mondiale qui a survécu et qui partage son émotion face au récit et à son réalisme. Elle déplore les récents actes antisémites en France et exprime l’importance du témoignage et du partage de son expérience afin que l’horreur des années 40 ne se reproduisent jamais.

Zoé Falliero

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