Guerre et paix en Algérie: une conférence autour de Germaine Tillion

L’histoire éclaire le présent et la conférence qui s’est tenue ce jeudi 14 mars à la salle Dupanloup d’Orléans sur le rôle de Germaine Tillion dans la guerre d’Algérie illustrait évidemment ce constat comme un lointain écho aux événements récents de l’Algérie contemporaine.

Christian de Montlibert

Ce qui rend complexe mais aussi instructive, l’analyse de la position et de l’action de Germaine Tillion dans le conflit algérien c’est justement son évolution progressive entre 1954, date de son retour en Algérie pour une enquête sociologique suite aux premiers actes de la guerre d’Algérie et la fin de la guerre en 1962.

“Les libéraux”

Le premier intervenant de cette conférence, l’historien Jérôme Bocquet s’attacha à décrire le contexte politique et intellectuel qui marqua ces années de guerre et le débat qui s’instaura entre les indépendantistes tels que Franz Fanon, Jean Paul Sartre ou Pierre Bourdieu, et ce courant dit “libéral” qui regroupait au début du conflit des forces hétérogènes opposées à la guerre, de notables comme le maire d’Alger Jacques Chevallier ou de l’évêque d’Alger, mais aussi des intellectuels comme Emmanuel Roblès ou Albert Camus avec son Appel à une Trêve Civile de 1956, des jeunesses chrétiennes ou laïques tous espérant trouver une solution qui “corrige” les méfaits avérés du colonialisme.

Les centres sociaux

Et Germaine Tillion de proposer à Jacques Soustelle, ancien résistant et gouverneur général de l’Algérie, la création de Centres Sociaux dès 1955, sujet de l’intervention du deuxième conférencier de la soirée, Christian de Montlibert, sociologue spécialiste de l’Algérie qui décrivit la difficile action de ces centres destinés à rattraper le considérable retard éducatif de la population algérienne dont la scolarisation était restée totalement marginale si ce n’est nulle en ce qui concernait les filles. L’idée que cette élévation du niveau éducatif dans tous les domaines était la condition de la réussite d’une inéluctable indépendance, constituait donc l’objectif affirmé de l’action de ces Centres sociaux, ce qui rendit leur mission de plus en plus difficile sur le terrain, jusqu’à l’exécution dans un véritable guet-apens de l’OAS de six responsables en 1962 dont l’écrivain algérien Mouloud Feraoun.

“Je pense, de toutes mes forces, que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique.” Germaine Tillion

Le dernier intervenant, Guy Basset, vice président de l’ASLA, conclut la conférence par les deux livres importants de Germaine Tillion sur “sa” guerre d’Algérie, tous deux édités aux éditions de Minuit qui jouèrent alors un rôle important dans la publication d’ouvrages dénonçant cette sale guerre, d’abord avec “Algérie 57”, livre polémique dans lequel Germaine Tillion faisait le constat de la “clochardisation” de la population algérienne sous l’effet de la colonisation, mais surtout “Les ennemis complémentaires”(1958), livre qui dénonce le système infernal où se nourrissent  terrorisme et répression aveugle.

Germaine Tillion consacrera alors l’essentiel de son action pour épargner les vies humaines des deux camps dans ce conflit, jusqu’à cette courageuse rencontre  (action alors qualifiée de “saloperie” par Simone de Beauvoir…) en juillet 57 avec Yacef Saadi, responsable FLN, pour négocier une trêve des attentats à Alger contre un arrêt des exécutions prononcées par la justice française à l’encontre de combattants du FLN (il y en eut 222 entre 1956 et 1962).

Trêve de courte durée avant que ne débute la très sanglante bataille d’Alger.

GP

Conférence “Germaine Tillion dans l’Algérie en guerre”

Jeudi 14 mars salle Dupanloup à Orléans

Prochaine conférence

“Germaine Tillion et la culture berbère”

par Tassadit Yacine

Jeudi 21 mars 18 h 30

Auditorium Marcel Reggui  Médiathèque place Gambetta 45000 Orléans

co-organisées par l’ASLA (association Solidarité Loiret Algérie) et Magcentre.fr

 

 

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