La franc-maçonnerie, un outil de tolérance et de compréhension

Organisés par l’association Culture et Patrimoine Maçonnique en Région Centre fédérant 9 structures maçonniques, les 3ème Rendez-Vous Maçonniques en Centre-Val de Loire ont fait le plein durant 2 jours à la Halle aux Grains de Blois. Ils s’affirment comme l’un des principaux rassemblements en France. 

Exposants, forum des auteurs, salon du livre, tables-rondes et conférences, speed debating, animations diverses et même une exposition sur la célèbre série Le triangle secret. L’évènement ne manquait pas d’attraits pour celles et ceux souhaitant partir à la rencontre des rites initiatiques de ces sociétés secrètes dont la 1ère est apparue en 1598 en Ecosse. Il était même retransmis en direct sur RadioDelta, la web radio maçonnique. 

Pas moins de 10 obédiences maçonniques, parmi les quelques 200 existants en France, avaient fait le déplacement dans la ville de René Guénon. Grand orient de France (GODF), Grande loge nationale française (GLNF), Grande loge de France (GLDF), Grande loge de l’Alliance maçonnique française (GLMAF), Grande loge féminine française (GLFF), Fédération française du Droit humain (FFDH) ou encore Grande loge écossaise de stricte observance … toutes avaient le même objectif : démystifier et rendre accessible l’enseignement en loges.

Car si les francs-maçons revendiquent être plus de 175 000 frères et sœurs, pas sûr que le mouvement soit aussi dynamique que cela. Il souffre en particulier d’une désaffection des jeunes générations. Quant aux femmes, au nombre de 32 000 environ, elles se font peu à peu une place dans un monde longtemps très masculin.

Inaugurés par le Maire de Blois Marc Gricourt qui a symboliquement frappé 3 fois le ciseau sur la pierre brute, les Rendez-vous maçonniques ont en tout cas permis de mesurer la vitalité de ces laboratoires d’idées que sont les loges. « Ce sont des lieux où l’on cherche des réponses humanistes. Les maçons sont des chercheurs dont l’objectif est d’appréhender le monde avec un regard serein et fraternel » expliquait un frère.

A l’origine de la création de l’Association Culture Patrimoine Maçonnique en Région Centre-Val de Loire, Nelly Besnard se félicitait du succès de la manifestation dont le thème était calé sur celui des Rendez-Vous de l’Histoire (le pouvoir des images) : « nous sommes heureux de la qualité des échanges et, même, si la fréquentation est moindre qu’espéré, une 4ème édition devrait voir le jour mais sans doute selon un format différent ». 

Intelligence artificielle, les maçons inquiets

Parmi les différentes conférences organisées lors de ces Rendez-vous, celle sur la place de l’humain dans l’Intelligence artificielle (IA) a donné le vertige. La présence du chercheur en neurologie Christophe Habas, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, a en effet apporté un éclairage de très haut niveau sur cette question centrale pour l’avenir de nos sociétés.

« Il y a en germe tous les ingrédients d’une tyrannie algorithmique dans notre société libérale et de commerce. La technologie de l’IA porte en elle un vrai risque d’aliénation. Car une partie de l’humanité pourra être tenté de s’en remettre à la machine » a développé Christophe Habas qui a brillamment analysé les risque de désintermédiation, d’aliénation de l’être humain ou de déconstruction. 

« Voulons-nous d’un monde confortable mais où nos données seront aux mains des grandes sociétés commerciales ou d’Etats totalitaires », a alerté le chercheur en sciences cognitives qui avait auparavant dressé un point de l’avancée du connexionnisme ou ensemble des techniques qui, à partir de réseaux de neurones artificielles, constituent le second pilier de l’IA (1). La programmation neuro artificielle est ainsi aujourd’hui capable de reproduire la conscience en simulant le cerveau. « Les avancées vers une machine autonome, une protoconscience artificielle sont phénoménales », a informé Christophe Habas en pointant l’émergence d’un transhumanisme.     

Les risques de géolocalisation, de profilage ou d’anticipation comportementale ont également été pointé du doigt par les 2 autres invités Hugues Sansen, créateur du robot Roberta, et Dominique Gagliardi sœur à la Grande loge féminine de France spécialiste de l’éthique maçonnique.

« Le travail de réflexion philosophique et spirituelle qui s’accomplit en loges permet de comprendre et d’agir pour concilier modernité et humanisme. Mais c’est avant tout l’éducation en particulier des jeunes qui permettra d’éviter la mise sous tutelle de l’homme par ce système tout numérique. L’IA  doit rester une aide et ne pas se substituer au jugement humain » a-t-elle averti. 

J.L Vezon.

  1. Le 1er étant les algorithmes informatiques issus des 1ers travaux d’Alan Turing. 

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