“La Vie est un songe”, belle création et prenante aventure théâtrale à Orléans

“Le désir est une flamme brûlante qui  réduit en cendre tout ce qu’elle touche… La femme est un abrégé du ciel… Je ne peux me résoudre à l’idée que l’homme ait été créé pour se soumettre aux étoiles…” On ne pourra qu’aimer “La Vie est un songe”, pièce du poète et dramaturge espagnol  Pedro Calderon de la Barca écrite en 1635. Elle est ici traduite et adaptée par Michael Stampe et mise en scène par Christophe Lidon. Nouvelle création du CADO donnée ce vendredi en la salle Touchard du Théâtre d’Orléans, cette œuvre à la belle écriture, évoque cruauté et barbarie, souligne peine et lambeaux du cœur, célèbre l’honneur et le pardon et est à merveille servie par sept comédiens. 
 

Lina El Arabi et Dominique Pinon © 2019 Cyrille VALROFF

 

Conte de fée et de fureur, chant épique et courtois

Sur le beau plateau dépouillé, ce livre d’aventure ouvert et sacré , tout droit venu du Siècle d’or, ce beau nuancier de présences conjugue  conte de fée et de fureur, conte initiatique, presque roman de cape et d’épée, tragédie pimentée d’humour, chant épique et courtois.
 
D’un grand brio est la scénographie envoûtante conjuguant décor manipulé à vue, précieuses lumières allant du clair obscur à l’or solaire éblouissant,  images cinématographiques,  bande son  ajoutant à la profondeur du songe. Remarquable est notamment Gaël Giraudeau, fragile et lumineux colosse, apportant une âme renversante, un désespoir animal et sauvage à ce Sigismond, fils dont le père, ce roi qui a lu dans les astres qu’il apporterait le malheur à son peuple, l’à fait enfermer dés sa prime enfance dans une caverne loin du trône. Tout cela  jusqu’au jour où le roi Basile, reviendra sur sa décision et qu’ainsi  fils et père  s’affronteront,  puis se réconcilieront difficilement avec une profonde et fière reconnaissance l’un envers l’autre. 

Une remarquable distribution

Souverain est aussi Géard Desarthe distribuant avec humanité les différentes questions métaphysique de cette pièce, longue aventure  où les hommes ” rêvent ce qu’ils sont “ .
Lina El Arabi (Rose passionnée), Valentine Galey (Etoile à la déconcertante fermeté), Frédéric Andrau (Astolphe vif amoureux), Jérôme Anger (Clotalde paternel et protecteur), Dominique Pinon ( vibrionnant Clairon), composent eux-aussi  une compagnie unie et soudée  qui offre fluidement un  récit tout de charme et de feu, tour à tour piquant et émouvant. 

Le théâtre, ce “miroir tendu” au public

Christophe Lidon” © 2019 Cyrille VALROFF


 Peu avant la première de cette pièce dense,  épique, métaphysique, philosophique et cependant légère, Christophe Lidon, directeur du CADO, Centre national de création Orléans Loiret,  nous parlait avec bonheur et simplicité du théâtre, “ce miroir tendu au public et dans lequel  il espère toujours que ce dernier se reconnaîtra,  choisira de  vivre avec son libre arbitre et ne laissera pas  de côté ses rêves”
 
Et Christophe Lidon, allant généreusement comme ponctuellement à la rencontre des spectateurs lors de rendez-vous  intitulés “cercles”, affirme ce vendredi  que le “moteur” de son art est bel et bien ce le public, que sa “mission” est de s’inscrire dans un paysage, une société: “Je suis un enfant du festival d’Avignon, je me sens proche de Jean Vilar et j’aime cette idée de la salle qui porte le spectacle”.
 

Christophe Lidon et “la notion de devoir artistique”.

 
Et Christophe Lidon de poursuivre, bien loin de s’enfermer dans une tour d’ivoire: “Je pense toujours à surprendre, étonner, à ne pas lasser. Je ne se sais pas si j’ai une patte mais en tout cas une ferveur. Ce projet d’aujourd’hui est est le fruit d’interprètes, d’amis fidèles et de nouveaux-venus mais aussi de créateurs puissants comme Marie-Hélène Pinon dont les lumières, ses pinceaux de lumières, sont toujours l’écho d’un merveilleux geste artistique. L’ampleur de la bande son mais aussi  les costumes,  tout contribue à faire sens , à  rendre le théâtre magique et à permettre l’élan.”
 
Quelques derniers mots souriants et en substance: “J’aime le spectacle vivant d’une extrême exigence, la pose des fondation et le souci de l’esthétique. Cela me prend beaucoup de temps pour monter une pièce, prés de deux ans. L’occupation de terrain se fait longuement  dans ma tête qui est elle-même le véritable espace de création. Tout cela est à la fois douloureux, excitant, obsédant. Lors de ces instants, la pensée continue de tourner sans qu’on y pense. C’est incontrôlable. Mais j’aime être dans un geste, lourd, puissant et tendu qui me ressemble. J’aime cette notion de devoir artistique.”
 
Jean-Dominique Burtin.
 

Calendrier des représentations au Théâtre d’Orléans (CADO 02.38.54.29.29).

  • Les mardi 26 mars et 2 avril à 20 h 30
  • Les mercredis 27 mars et 3 avril 19 heures
  • Le jeudi 28 mars 19 heures
  • Le jeudi 4 avril 20 h 30
  • Les vendredis 29 mars et 5 avril 20 h 30
  • Les samedis 23 et 30 mars 20 h 30
  • Les dimanches 24 et 31 mars 15 heures

A l’affiche

Gaêl Giraudeau à l’affiche

 

Afficher les commentaires