Géraldine Ferteux : « Qu’on laisse travailler les artisans et les petites entreprises !»

Depuis 2016, l’Union des entreprises de proximité (U2P) rassemble les TPE-PME françaises en fédérant 4 organisations professionnelles du bâtiment (CAPEB), des métiers de bouche (CGAD), des métiers de service (CNAMS) et les professions libérales (UNAPL). Géraldine Ferteux, présidente de l’U2P région Centre-Val de Loire répond à nos questions.

Magcentre. Pouvez-vous vous présenter et faire le point sur l’U2P dans notre région ?

Géraldine Ferteux

Géraldine Ferteux. Je préside notre organisation professionnelle depuis novembre dernier. Je suis également vice-présidente de la CMA 37 et présidente du syndicat des coiffeurs d’Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher. Il faut savoir que la présidence de l’U2P est tournante puisque les 4 confédérations  professionnelles qui la composent  assument la présidence tous les 2 ans. Je travaille ainsi avec 4 vice-présidents : James Doiseau (CGAD), Bernard-Henri Monnier (UNAPL), Yannick Seckin (CAPEB) et Véronique Issartier (CNAMS). Nous sommes présents dans les 4 départements de la région. En Loir-et-Cher, où je me trouve aujourd’hui au côté de son vice-président Richard Collinet (1), nos bureaux sont situés dans les locaux de la Capeb 41. Notre siège social est pour sa part situé à Orléans, 2 quai Saint-Laurent et nos services fonctionnent sous la responsabilité d’un secrétaire général Eric Guinoiseau. Au total, nous représentons, en région CVL 83 240 entreprises artisanales, commerciales et libérales soit 113 700 salariés et 9 390 apprentis (51 % du total). Un chef d’entreprise U2P sur 3 est une femme. 

De quelles façons votre organisation s’est-elle impliquée dans le Grand débat ? 

Le 16 mars dernier, le Ministre de la Défense avait choisi La Chapelle pour le dernier grand débat local.

Géraldine Ferteux. Nous avons organisés 2 réunions dans le 37 et le 45 qui ont été très suivies par nos adhérents. De nombreux sujets ont été abordés donnant lieu à des contributions. Si je devais résumer, je dirais au gouvernement « laissez travailler les artisans et petites entreprises ». Nous demandons en particulier  une simplification du droit touchant les acteurs économiques, un lissage de la TVA, une réglementation adaptée à la taille des entreprises et une baisse des charges patronales (et pas seulement celles payées par les salariés). Leur niveau très élevée constitue un réel frein à l’embauche et pénalise davantage les TPE-PME. Quant aux normes sans cesse en augmentation (RGE, RGPD, pénibilité …), il est urgent de différencier leur application et leur coût selon la taille de l’entreprise. Nous demandons enfin que les lycées professionnels et organismes de formation forment pour répondre aux besoins de leur territoire et une égalité de traitement entre entreprises individuelles et micro entrepreneurs. Il faut savoir que ces derniers paient beaucoup moins de charges et ne sont pas assujettis à la TVA.

Cela constitue une concurrence déloyale …   

Géraldine Ferteux. Clairement oui. Le statut de la microentreprise a été créé il y a 10 ans pour être une passerelle vers l’artisanat or on constate le maintien de nombreuses personnes dans cette formule. Beaucoup s’emploient en effet à ne pas dépasser les seuils. Cela prive l’Urssaf de ressources et menace notre modèle social. Cela constitue surtout une rupture d’égalité. Je ne parle même pas du travail au noir, de l’absence de création d’emplois ou de la future retraite des micro-entrepreneurs qui sera très faible.  Nous demandons donc que le statut ne soit accessible que pendant les 2 ou 3 premières années de l’activité. Son objectif étant de vérifier le modèle économique et la viabilité de l’activité. A nos yeux, seule l’entreprise individuelle peut permettre le développement d’une entreprise. Je peux vous dire que sur ce sujet, Alain Griset, le président national de l’U2P est très offensif. Les enjeux sont considérables car, en Indre-et-Loire par exemple 60 % des créateurs sont des micro-entrepreneurs.   

Quelle est votre position sur le mouvement des Gilets jaunes. Il impacte durement le commerce de centre-ville déjà sinistré dans de nombreuses villes…  

Géraldine Ferteux. L’U2P souhaite que ça s’arrête, que cette casse prenne fin ! A Tours, c’est une catastrophe. Beaucoup de commerces ferment à 14 h. Et la pérennité des plus fragiles est menacée.

Nous ne sommes pas hostiles aux revendications des Gilets jaunes mais aujourd’hui, il en va de l’avenir même de nos artisans et commerçants.    

Au-delà, face à la crise du commerce, nous souhaitons que les villes facilitent les mobilités des clients vers les centres-villes, offrent plus de parkings et que l’Etat rende les loyers plus accessibles aux petits commerces. Le droit de préemption est aussi un outil qui devrait pouvoir être actionné plus facilement. Le plan gouvernemental action Cœur de ville va dans le bon sens ; l’U2P y participe activement comme à Blois ou à Chinon par exemple. 

Un mot sur le Régime Social des Indépendants, le fameux RSI… 

Géraldine Ferteux. C’est effectivement le gros sujet qui fâche. Notre crainte est que le basculement dans le régime général induise une hausse des cotisations des petites entreprises. Nous souhaitons donc intégrer le régime général de sécurité sociale le 1er janvier 2020 mais en conservant un statut particulier. Quid par exemple de notre fond d’aide ? Le RSI était bien géré sans déficit. Nous souhaitons conserver cette gestion saine et des conditions financières spécifiques aux travailleurs indépendants.

L’U2P gère 3 CMA départementales (18, 37, 41) et préside la chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Région Centre avec Gérard Bobier. Quelles sont vos lignes directrices ? 

Géraldine Ferteux. Les chambres de métiers sont la maison des artisans. Notre objectif est de ne pas les appauvrir et d’en faire un outil politique ou syndical comme on l’a vu dans certains cas. Nous sommes donc attentifs à rendre des comptes aux artisans et à leur apporter les services dont ils ont besoin. Cette rigueur de gestion est notre leitmotiv à l’image de Stéphane Buret et de son équipe qui redressent les comptes de la CMA 41. Dans ce contexte, la régionalisation est absolument nécessaire avec la création d’une chambre des métiers et de l’artisanat régionale qui mutualise les moyens pour offrir davantage de services de proximité. Trop méconnue en dépit de son poids économique (400 métiers, 2.3 millions d’entreprises et 6 millions d’actifs qui réalisent 27 % du PIB), l’U2P entend enfin être plus visible. En région, nous organisons par exemple une rencontre territoriale sur la loi Pacte le vendredi 26 avril prochain à Orléans (14 h). 

Propos recueillis par Jean-Luc Vezon 

  1. Le président est actuellement Stéphane Avezard traiteur à Contres.

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