“Infidèles”, un autre Bergman

Etait-il nécessaire de revoir “Fanny et Alexandre” aux Carmes le film testament d’Ingmar Bergman, repris par la Comédie Française depuis février, pour mesurer l’étendue du talent du réalisateur suédois ? L’adaptation d’un scénario de Bergman réalisé en 1996 par Liv Ullman, une de ses actrices et ex-compagnes, offre l’occasion à la compagnie belge tg STAN de prolonger son travail autour de l’œuvre du cinéaste en démontrant “in vitro” la fluidité de son écriture dans une scénographie théâtrale.

“Infidèles”, le spectacle proposé par le CDN d’Orléans en cette fin de semaine reprend ainsi le thème ô combien théâtral du couple et de son infidélité, pour nous en proposer une version où l’analyse “bergmanienne ” croise l’ironie au scalpel de la “mise en vie” du texte original.

Etre vu(e), mais pas sans voir…

Quatre comédiens pour sept ou huit personnages sur le plateau dans un décor minimaliste, avec une ouverture qui d’entrée de jeu, fabrique le personnage féminin, montrant les “coutures” de sa construction pour mieux ensuite les disséquer sous l’œil du spectateur averti et interpellé dans son rôle de regardant. La trame narrative initiale en est presque banale mais très vite le jeu des comédiens brise les stéréotypes du drame bourgeois en créant une sorte de vide autour de leur personnage en les renvoyant à leur tragique solitude d’individu désirant. Les quatre comédiens faisant du jeu théâtral un double sens entre le comédien et le personnage qu’il représente laisse la place à l’infini de l’interprétation des sentiments, là où Bergman excellait en tant que cinéaste de la sarabande humaine.

 “Ah, que vous savez peu au sujet du bonheur de l’homme, vous, les confortables et les gentils ! car bonheur et malheur sont deux frères jumeaux qui grandissent ensemble ou, comme chez vous, – restent petits ensemble “
Nietzsche, ” Le Gai savoir “

La mise en scène de la compagnie Tg STAN, par cet étonnant travail de réinterprétation permanente des situations par les quatre comédiens, jusque dans une forme d’imprécision du texte, nous plonge dans une lente progression irréversible au cœur de cette béance humaine entre désir et bonheur.

GP

“Infidèles”

Spectacle donné au Théâtre d’Orléans du 28 au 30 mars 2019

texte Ingmar Bergman, traduction Vincent Fournier
de et avec Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen

CDN Orléans

 

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