“Le sas”, le dernier jour d’une condamnée

Adapté d’un texte écrit par Michel Azama assemblant les témoignages de plusieurs détenues, “Le Sas”, la création théâtrale présentée ce vendredi au théâtre du Puits Manu de Beaugency par la compagnie les Fous de Bassan, nous plonge dans la dernière journée d’une femme condamnée après seize ans de détention, à sortir de l’univers carcéral pour retrouver la liberté…

Nathalie Chouteau-Gilet cl “les fous de bassan!”

Portée par une comédienne qui investit le personnage avec une conviction qui ne nous laisse pas une minute de répit, la pièce déroule de l’intérieur, dans l’étroit espace d’une cellule au dénuement métaphorique, le sas où l’on attend la sortie, cette tranche de vie passée en prison qui l’a si peu préparée à cette libération, instant aussi attendu que craint. Avec une sorte d’incandescence personnelle, la comédienne nous narre cette vie faite autant d’humiliation que d’infantilisation, privée de ce sentiment maternel qui seul la rattache à l’ailleurs de la prison, dans cette injonction paradoxale, entre “bordel et asile” qui transforme la punition sociale en mesquineries carcérales avec ses rituels et ses codes. Loin d’aider à se reconstruire, la prison apparaît ici comme une machine à broyer des individus jetés sur le pavé à l’issue de leur peine comme des sacs vidés de leur contenu.

Ce texte, qui n’est pas sans rappeler la magnifique Ballade de la Géole de Reading écrite par Oscar Wilde au début du siècle dernier et superbement interprétée par Denis Lavant lors des RAMI 2017, renouvelle la dénonciation d’une prison où la punition par la privation de liberté a trop souvent le pas sur la nécessaire dimension éducative de la réinsertion, beau plaidoyer pour une autre façon d’administrer la justice qui n’aurait pas déplu à Christiane Taubira, Garde des Sceaux tant décriée en son temps.

Mais au delà de ces questions sociales et/ou politiques, cette pièce se révèle aussi une puissante réflexion sur la vie, comme par le creux que suscite le néant de l’incarcération, de “ces matins qui sont déjà des soirs”, texte auquel l’interprétation de Nathalie Chouteau-Gilet donne une vérité brûlante, comédienne qui nous bouleverse autant par sa justesse de ton que par son engagement physique dans ce personnage déchiré, elle-même émue jusqu’aux larmes sous les applaudissements de cette brillante création.

GP

Le SAS

Création avril 2019 à Beaugency

Texte de Michel Azama (éditions Théâtrales)

Avec Nathalie Chouteau-Gilet

Mise en scène et scénographie de Christian Sterne

Musiques : Yann Tiersen

http://www.lesfousdebassan.org/

 

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