Pourquoi nous ne montons pas La Vie de Galilée de Brecht, un exercice du Conservatoire d’Orléans

La vie de Galilée est un classique. Qu’est-ce qu’une classe d’élèves du Conservatoire d’Orléans peut faire d’un classique ou faire avec lui ?

On peut le revisiter, selon l’expression consacrée, s’essayer à le monter en n’y touchant pas, comme pour faire de la maintenance patrimoniale. Ce geste en fin de compte touristique, Brecht ne l’aurait pas approuvé.

Comment se serait-il débrouillé pour ne pas laisser intact son chef-d’œuvre, comment il en aurait fini avec lui, difficile à dire aujourd’hui, plus de 60 ans après sa mort ?

L’époque scientifique” pour laquelle il rêvait un théâtre s’est bien compliquée. Mais lui qui invitait à ne pas se laisser intimider par les classiques, gageons qu’il aurait aimé que des jeunes comédiennes et des jeunes comédiens, s’emparent à leur manière de son texte, quitte à le mettre en pièces, pour aller y prendre ce dont on a besoin pour apprendre son métier, son art et à vivre dans de “sombres temps”, comme il aurait dit.

Prendre, c’est toujours apprendre.

Jean-François Peyret

Elèves du Conservatoire d’Orléans (Archive)

“Demander à Jean-François Peyret de diriger cet atelier à la fois sur la figure et le personnage brechtien de Galilée, c’était offrir la possibilité aux élèves d’entrer dans un processus de travail théâtral aux antipodes de « l’art dramatique » (personnage, fiction, narration). Le travail de Jean-François Peyret aborde la « scène » par une confrontation de discours interrogeant tout autant le théâtre (et avant tout l’acteur : « who’s there ? », comme le spectateur : « what are you looking for ? ») que la science ou la technique. On aura compris aussi qu’il ne s’agit donc pas de porter à la scène une « vérité » du discours scientifique, mais d’interroger ce que le travail de la science peut apporter à l’expérience théâtrale.

C’est la vertu de l’école, de l’espace pédagogique (ici du théâtre), que d’ouvrir le champ des possibles de la scène dans la gratuité de l’exercice, du brouillon, du crayonné, de l’esquisse, sans cesse recommencés.
Certes, l’étude du répertoire reste fondamentale (il y en eut de nombreux, rappelez-vous) ; il n’est pas moins nécessaire à l’artiste en herbe (comme à chacun) d’éprouver sa capacité créative au sein de processus de recherches et d’expérimentations ouvertes. Elargir l’éventail des possibles est la condition sine qua non pour que chacun apprenne à faire comme lui et non comme nous, artistes-enseignants. En effet, notre rôle ne consiste pas à donner une réponse unique et apaisante mais au contraire d’amener l’élève à acquérir une capacité de traduire et déplacer des savoirs et des savoir-faire d’un champ à un autre afin de devenir un sujet qui pense son propre domaine créatif. Et que, à son tour, il puisse lui-même “donner à voir”, pour paraphraser Paul Eluard.”

Fabrice Pruvost
Professeur d’Enseignement Artistique pour le Département Théâtre du Conservatoire d’Orléans.

Pourquoi nous ne montons pas La Vie de Galilée de Brecht, un exercice.

Travail des élèves du Cycle 3 et Cycle d’Enseignement Professionnel-Initial
Théâtre du CRD d’Orléans mené par Jean-François Peyret.

Samedi 4 mai à 20 h 30 au Théâtre d’Orléans (salle de l’Atelier du CDN).
Entrée gratuite.

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